• De l'importance de la boulangerieLes études en cours sur un bourg rural du Morbihan, dont il était question ces dernières semaines, soulignent le rôle capital de la boulangerie dans la vie quotidienne des habitants. Lorsque le pain est bon et que les patrons sont avenants, ce qui est le cas dans notre commune, leur magasin devient un facteur essentiel d'animation des espaces publics environnants. Mais nous allons voir que la présence d’une boulangerie dans un bourg n'a rien d'évident, et qu'elle soulève des problèmes d'aménagement très actuels.

    Circulant l'été dernier dans les communes du pays de Vitré (Ille-et-Vilaine), j'ai été frappé par la tendance actuelle à sortir les boulangeries des centres-bourgs pour les placer en périphérie, de préférence sur un giratoire permettant de capter les flux de voitures en transit, et sur une vaste parcelle permettant d'offrir un "grand parking" (voir photo du haut). Dans certains cas, on peut aller jusqu'à la boulangerie "drive-in" qui évite de sortir de sa voiture (photo du bas, à Châtillon-en-Vendelais) . Les avantages de ce genre d'implantation sont évidemment de taille : excellente accessibilité pour les "gens normaux" que sont les automobilistes, pas de problème pour se garer, possibilité pour le boulanger de moderniser et agrandir son magasin... Mais en sens inverse, il y a la dévitalisation commerciale du cœur du bourg, le déclin de la vie sociale dans les espaces publics, les difficultés accrues pour les personnes non motorisées... et l'évolution des pratiques de courses vers un cabotage automobile quotidien. Et comme notre pays déploie des efforts apparemment couronnés de succès pour augmenter ses émissions de gaz à effet de serre (voir Le Monde aujourd'hui), on attend d'ailleurs une prochaine étape du processus, qui consisterait  à sortir aussi les écoles des bourgs pour les rendre plus aisément accessibles en voiture.

    De l'importance de la boulangerieLa boulangerie dans le bourg pose également des problèmes - la mauvaise adaptation des locaux, par exemple, mais aussi le stationnement des voitures, car dans un bourg rural il est hors de question de marcher, c'est pourquoi dans le bourg que nous étudions, il est admis que l'on se gare n'importe comment autour de la boulangerie, quitte à bloquer le trottoir et à encombrer la place centrale. Il est sans doute possible de maintenir des boulangeries dans les bourgs, mais cela nécessite tout à la fois que la commune soit capable de contrôler les implantations commerciales périphériques, d'avoir si nécessaire une stratégie foncière pour récupérer les locaux les mieux adaptés à cette activité, et de promouvoir les déplacements quotidiens à pied ou à vélo pour éviter que la boulangerie participe à l'engorgement automobile.

     


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  • "Une ville plus accueillante pour les femmes"Notre premier article spécifiquement consacré à la place des femmes dans les espaces publics urbains date de 2015, et faisait référence à une étude réalisée à Bordeaux en 2011. A l'époque, il y a seulement trois ans, il n'était pas courant en France de lire des articles ou des études sur ce sujet. Depuis, bien des choses ont changé - pas forcément sur le terrain pour les femmes, mais au moins dans les médias et dans la sphère politique. Même madame Le Pen s'y met, car il est notoire que le Français de souche est un parfait gentleman qui ne pratique pas le harcèlement, lui. Dans les villes, on a vu se multiplier ces dernières années les "marches exploratoires des femmes", dont on ne sait pas toujours si elles produisent grand-chose de concret, mais qui ont au moins le mérite d'éveiller les consciences.

    Sous le titre "Une ville plus accueillante pour les femmes", le site Millénaire3 propose un entretien d'un grand intérêt avec le géographe bordelais Patrick Raibaud, auteur de "La ville faite par et pour les hommes" (Belin, 2015). On y retrouve, clairement exposés, beaucoup de sujets évoqués ici ces dernières années, mais un angle d'approche peut retenir particulièrement notre intérêt, c'est l'idée que "moins on est conforme à la norme virile hétérosexuelle dominante, et moins on a d'emprise sur la ville". Dans cette perspective, la question de la "ville inclusive" ne concerne pas seulement les femmes, elle s'adresse plus largement toutes les personnes non conformes à ladite norme - y compris donc des hommes moins machos ou plus fragiles que la moyenne admise, et bien sûr les homosexuels, soumis à la "police du genre" exercée par les mâles dominants. Les propos de Patrick Raibaud me sont revenus en mémoire en écoutant il y a quelques jours (le 8 octobre, dans l'émission "L'Heure bleue" sur France-Inter), le sociologue Didier Eribon qui évoquait la dureté, voire les dangers, des espaces publics pour les homosexuels.

    L'auteur est par ailleurs très critique sur les effets de la promotion des "déplacements doux" (marche à pied, vélo) qui, dans le contexte culturel que nous connaissons, tendent à pénaliser les femmes parce que ces modes de déplacement leur posent des problèmes spécifiques, au moins le soir et la nuit, ce qui n'est pas le cas avec la voiture.

    Patrick Raibaud trouve toutefois des raisons d'espérer dans la mise en place de budgets municipaux "genrés" (intégrant la perspective de genre dans l'allocation de budgets à des équipements publics). Il prend également en exemple les résultats obtenus en Suède, notamment à Malmö, où des actions volontaristes font évoluer les comportements des filles et des garçons dans l'espace public. Il cite enfin une expérience instructive qui s'est déroulée dans le quartier de Mérignac, près de Bordeaux : " Il était question de déplacer un terrain de boules occupé par des hommes décrits comme envahissants et vulgaires.  À la place, l’urbaniste envisageait un skatepark. Ce qu’ont proposé les femmes après une marche exploratoire c’est de ne rien mettre du tout, de façon à ce que le terrain soit libre, qu’on puisse garder la possibilité de mettre des tables avec des tréteaux ou une scène, pour faire des bals, une brocante, des repas de quartiers. Les propositions des femmes sont le plus souvent inclusives : d’une part parce qu’elles sont majoritaires lorsqu’il s’agit de s’occuper des enfants, des personnes âgées ou en situation de handicap, ensuite car elles ont des engagements généralement plus altruistes du fait de leur éducation".

    Merci à Katell Chomard pour l'information.

     


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  • Exploiter des cartes mentalesEn mars 2017, nous avons présenté ici l'outil de la carte mentale et montré en quoi celle-ci peut aider à comprendre les relations entre des habitants et un territoire qu'ils fréquentent, quelle que soit sa taille. Mais il n'a pas tellement été question de la manière d'exploiter ces documents pour en retirer des informations utiles.

    S'agissant de cartes mentales d'enfants, par exemple, on peut toujours les accrocher à un mur comme un dessin de fête des mères et trouver que c'est joli et attendrissant, mais cela ne nous avance pas tellement  quand on travaille sur un projet urbain. Il y a des gens dont c'est le métier d'interpréter des travaux d'enfants, mais quand on n'en fait pas partie, et qu'on n'a pas envie de jouer au psychanalyste du dimanche en cherchant des significations cachées dans les dessins des arbres et des maisons, mieux vaut avoir des éléments de méthode basiques. Voici quelques suggestions.

    Exploiter des cartes mentales1) La première chose à faire, pendant le dessin des cartes, est de noter l'ordre dans lequel sont placés les éléments, et éventuellement les débats qui peuvent avoir lieu entre les participants. Cela permet de voir immédiatement les lieux ou les thèmes qui paraissent prioritaires, parce qu'ils viennent tout de suite à l'esprit.

    2) Une fois les cartes terminées, on peut rechercher s'il existe des éléments centraux, autour desquels la carte s'organise. Là aussi, l'observation du processus de construction peut apporter un éclairage. S'il n'y a pas d'élément central (par exemple l'église ou la mairie), il peut y avoir des éléments structurants. Ainsi, les adultes déploient souvent beaucoup d'efforts pour dessiner le réseau des routes et des rues, parfois même avec les giratoires. A l'inverse, les enfants négligent généralement cet aspect : les éléments figurés semblent "flotter" dans l'espace, seuls figurent quelques trajets qui leur sont familiers.

    3) L'essentiel du travail d'analyse consiste à recenser, pour chaque carte, les éléments représentés, ce qui permet de comparer les cartes et de voir se dégager de grandes tendances, avec des éléments que l'on trouve partout ou souvent, et d'autres qui sont mentionnés rarement. Dans la commune sur laquelle je travaille actuellement, l'église apparaît quasiment partout (17 cartes sur 18), sans doute pas parce qu'elle correspond à une pratique particulière mais parce qu'elle est un point de repère et un élément de centralité évident. Le fait que la mairie apparaisse sur les 18 cartes semble nettement plus intéressant, car le bâtiment n'est pas spécialement remarquable. Pourquoi les enfants la connaissent-ils si bien ? A l'opposé, la bibliothèque n'apparaît que trois fois : cela reflète un réel problème, confirmé tant par les entretiens que par l'analyse de visibilité. Cet équipement est placé dans un recoin peu visible, ce qui n'incite pas à le fréquenter.

    4) Lorsqu'on a fini de recenser ce qui figure sur les cartes, on peut s'intéresser à ce qui n'y figure pas, et que l'observateur pourrait s'attendre à trouver. Tout comme le "non-dit" du langage, le "non-montré" des cartes mentales peut être éloquent.

    Parce que les cartes mentales ne parlent pas toutes seules, il faut les interpréter. Le principal danger serait de les "surinterpréter", en prétendant voir dans les dessins ce que les participants n'ont pas forcément voulu y mettre. A cet égard, la méthode proposée peut sans doute paraître simplette à des spécialistes, mais elle permet au moins d'éviter de tels dérapages. Cela n'interdit évidemment de compléter l'analyse par d'autres approches.


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  • Mieux vaut être un garçon au bourg qu'une fille en campagneL'exploitation des questionnaires et cartes mentales auprès de 87 élèves de primaire dans une commune rurale du Morbihan se poursuit. Comme nous l'avons vu précédemment, l'expérience qu'ont les enfants de leurs espaces extérieurs a été classée dans trois catégories (riche, pauvre et moyenne), en fonction de la diversité des activités et des lieux pratiqués. Par "activités", nous n'entendons bien sûr pas seulement ce que les parents considèrent usuellement comme "activités" (sports, musique, théâtre etc), nous y incluons aussi les interactions sociales à l'extérieur (rencontrer des copains), et les jeux informels (taper le ballon ou faire des tours à vélo dans un lotissement).

    Le graphique ci-contre en haut, extrait d'un document qui sera prochainement présenté à la population, montrent que les garçons ont dans l'ensemble une expérience plus riche des espaces extérieurs que les filles, dont les possibilités de déplacement sont nettement plus réduites. Cela ne surprendra malheureusement pas grand-monde, mais on pourra se demander s'il existe à cela des raisons objectives dans une commune rurale, et si les parents comme la collectivité ne doivent pas essayer de réduire ou de compenser cette inégalité. Toutefois, en sens inverse, on peut remarquer empiriquement, quand on circule dans les bourgs de la France rurale, que l'on voit en général bien plus de filles que de garçons à se balader dans les espaces publics  - mais elles sont un peu plus âgées que nos élèves, et elles sortent en groupes, prenant alors une petite revanche sur des garçons enfermés Dieu sait où,  peut-être dans leur chambre devant des jeux vidéo.

    Mieux vaut être un garçon au bourg qu'une fille en campagneQuant au graphique du bas, il confirme que le fait d'habiter dans un bourg peut faciliter la pratique des espaces extérieurs - y compris des espaces naturels, en l'occurrence, puisque notre bourg a la chance d'être directement relié à une superbe "trame verte et bleue" pleine de bois et de chemins libres d'accès, ce qui ne se trouve pas partout en campagne.

    Documents JP Ferrand. Le graphique du bas à droite comporte une erreur, il faut lire 54% et non 50%.


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  • Sur le port de Lorient......y'a des pêcheurs qui déchantent, car ne voilà-t-il pas que quelques jours après notre article intitulé "Tout est permis, même ce qui est interdit", Ouest-France d'aujourd'hui nous apprend que la "tolérance" (c'était donc ça) de la pratique de la pêche depuis les quais va cesser, suite à des problèmes entre pêcheurs professionnels et pêcheurs à la ligne. Le journal nous raconte que "pour un retraité, jeter l'ancre à Keroman, c'est un rituel entre habitués de longue date, "40 ans que je viens ici !". On y taquine le maquereau, on y taquine aussi le vieux copain que l'on retrouve tous les jours ou presque. Pour parler de tout et de rien. C'est leur plaisir." Voilà donc un sociotope vrai de vrai, ou je ne m'y connais pas. Désormais, "finie la tolérance, retour au respect pur et dur du règlement de police dans les ports de pêche qui interdit d'y pêcher". Mais on apprend aussi que "par le passé, les anciens avaient déjà alerté le maire sur cette tolérance remise en cause. L'élu, conscient des us et coutumes, avait rappelé que la Ville n'y pouvait pas grand-chose".

    Quel merveilleux pays où l'on interdit mais on tolère, où la remise en cause de la tolérance fait que rien ne change, et où il faut à nouveau taper du poing sur la table en s'imaginant (sans illusions peut-être ?) que la Loi aura raison des "us et coutumes". Le "respect pur et dur du règlement de police", vous avez déjà vu ça ? Maintenant, il va être très intéressant d'observer si l'hypocrite clôture entrebâillée va être fermée, si elle va ensuite résister aux probables assauts des tenants du droit coutumier, et si les pêcheurs vont retrouver leur place le long des quais. Le feuilleton est loin d'être terminé...

    L'article ici pour ceux que cette histoire intéresserait : Télécharger « port_lorient.jpg »


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  • De la chaise au bancL'imagination des créateurs de siège n'a pas de limites. Aujourd'hui, nous découvrons ces modèles de bancs fabriqués à partir de chaises, fabriquées par Luc Bienvenu et visibles aux Jardins Rocambole à Corps-Nuds (Ille-et-Vilaine). Comme toujours avec ce genre de créations, il faudrait savoir si ça fonctionne vraiment dans un espace public. Ici, l'ambiguïté même de l'objet peut éventuellement perturber les utilisateurs potentiels, mais une fois que ceux-ci sont familiarisés avec la chose, il n'y a pas de raisons que ça ne marche pas... à moins d'un problème de "distance sociale" du fait de la proximité des dossiers ? Retenons également l'idée de recycler astucieusement des vieilles chaises dépareillées.

    Merci à Florence Devernay, architecte à Inzinzac-Lochrist (Morbihan), pour l'information et les photos.

     

    De la chaise au banc

     


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  • Peugeot flatte l'agressivité"A quoi bon tenir un blog si ça ne permet pas de vider son sac de temps à autre ?" (air connu). Aujourd'hui, c'est Peugeot qui va prendre. Car je suis en train de consacrer ma journée à exploiter les résultats des entretiens avec 87 enfants de primaire d'une commune morbihannaise, et je découvre que 66 % d'entre eux se plaignent des voitures et du comportement des automobilistes, que la majorité sont d'une manière ou d'une autre limités dans leur liberté de déplacement par la voiture, que 21% demandent spontanément des dispositifs de ralentissement des voitures. Et voici que je trouve dans ma boîte à lettres une luxueuse publicité de Peugeot pour leur dernier tas de ferraille (la 508), et que là-dedans il y a une photo de la ferraille en question assortie de ce texte : "Imposante et sportive, la calandre de la 508 souligne son caractère agressif".

    Dans les années 1970, Hara-Kiri fit sa "une" avec ce slogan de Cavanna : "La publicité nous prend pour des cons, la publicité nous rend cons". La pub de Peugeot en est une remarquable illustration. Grâce à ces sombres crétins, ainsi qu'aux abrutis que de tels arguments caressent dans le sens du poil, la violence routière a encore de beaux jours devant elle, de même que le mépris du piéton et du cycliste.

    Et tant que j'y suis, à propos de calandres agressives, on apprend ici que les SUV sont des engins très efficaces pour tuer des enfants, parce que leur gros nez rend ceux-ci moins visibles et risque davantage de rendre le choc mortel qu'avec un avant plongeant. En outre, comme le déclare lui-même David Bostwick, directeur d'un service chez DaimlerChrysler, "ce n'est pas la sécurité qui motive les clients, c'est l'agressivité", l'article en lien indiquant par ailleurs que "des recherches ont montré que les conducteurs de SUV conduisent plus vite et attachent moins d'importance à la courtoisie sur la route". La Peugeot 508 (à la différence de la 5008) n'est pas un SUV, mais la référence à l'agressivité méritait d'être signalée.

     


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  • Cartographier la sociétéC'est le titre d'un ouvrage en anglais sorti le 24 septembre, avec le sous-titre "Les dimensions spatiales de la cartographie sociale". Il est l’œuvre de l'urbaniste britannique Laura Vaughan - qui est d'ailleurs, à proprement parler, une spécialiste en "urban design", et non une "architecte-urbaniste" au sens où on l'entend en France.

    Ce livre, qui présente une forte dimension historique, expose la manière dont les phénomènes sociaux ont été cartographiés. Il aborde notamment les thèmes de la maladie, du logement, de la pauvreté, de l'ethnie, de la nationalité, de la religion, ainsi que de la criminalité et du "désordre" sous toutes ses formes . On y trouve même des développements sur la cartographie de la morale publique avec (page 180) une carte de 1884 intitulée "Le fléau moderne de Londres", dressée par la Ligue nationale de tempérance et répertoriant les débits de boissons. A la suite de ce document figure (page 182) une autre carte, réalisée en 1900 par le sociologue Charles Booth, qui localise non seulement les débits de boissons, mais aussi les lieux de culte et les établissements scolaires, posant ainsi les bases d'un travail d'analyse géographique des conditions de vie par l'intégration de plusieurs types de données. Aux pages 195 et suivantes, on a aussi des exemples de cartographie de la criminalité à Chicago, un excellent endroit pour traiter ce genre de sujet dans les années 1920.

    Il n'est pas particulièrement question des sociotopes dans ce livre, mais les liens avec notre sujet sont multiples. La carte de la page 213, intitulée "15 minutes de marche autour d'une gare ou d'une station de métro : les inégalités spatiales dans les banlieues parisiennes", nous renvoie à des thèmes souvent évoqués ici (les distances réelles de marche, les inégalités spatiales en matière d'accès aux espaces verts...). La carte de la page 51 (enfants victimes d'accidents causés par des voitures à Detroit, 1970) aborde un sujet également important pour nous (1). Enfin, une partie annexe intitulée "L'analyse spatiale de la société" souligne l'intérêt des outils de syntaxe spatiale (dont le logiciel DepthMap, plusieurs fois présenté ici) pour analyser des sujets tels que la connectivité des réseaux de rues, la visibilité des espaces, la complexité des parcours ou le degré d'intégration d'un  lieu par rapport à un autre. L'auteur rappelle que la notion géométrique d'intégration spatiale est fortement liée à celle d'intégration sociale. Appliquant l'outil DepthMap à une carte de la pauvreté à Londres en 1889 (page 228), elle montre que les rues les mieux intégrées géographiquement sont aussi les plus prospères, tandis que la pauvreté se concentre dans les secteurs les moins bien desservis et connectés à l'ensemble de la ville. Cette approche peut s'appliquer à des domaines multiples, de l'urbanisme à la science politique, pour comprendre par exemple les rapports entre la relégation spatiale et des comportements politiques.

    Ce livre, agréable à lire et bien illustré (voir par exemple l'exceptionnelle carte "moderne" d'Imola par Léonard de Vinci en 1502, page 3), peut intéresser toute personne curieuse d'urbanisme, de géographie et de sociologie. La version en ligne (voir ci-dessous) est aisée à parcourir grâce à un sommaire interactif.

    Références : Mapping Society / The Spatial Dimensions of Social Cartography, par Laura Vaughan, UCL Press (University College London), 2018, 270 pages, téléchargeable gratuitement ici.

    Illustration : pauvreté, crime et immoralité à Liverpool, d'après Abraham Hume en 1858 (Conditions of Liverpool, Religious and Social). Image extraite de l'ouvrage.

    (1) La légende de la carte d'origine ne manque pas d'intérêt : "Aller à l'école oblige les enfants à traverser des rues dangereuses. Devant les écoles, pas moins de cinq ou six "accidents" surviennent chaque année. Si vous pouvez prédire un événement, pourquoi le qualifier d'accident ? Si vous pouvez pointer un lieu et dire "ici, cinq autres enfants seront touchés l'année prochaine", c'est la configuration des rues, et pas des mères négligentes, qui sont la cause de morts et de blessures".


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