• C'est ici : https://sociotopes.home.blog/

    Vous y êtes les bienvenus, j'espère que cette nouvelle formule vous plaira. N'hésitez pas à me faire part de votre point de vue et d'éventuelles suggestions. Les articles seront désormais publiés sur cette nouvelle plate-forme, qui s'enrichira aussi d'anciens articles du présent blog. Ceux-ci seront progressivement retirés, et le blog d'origine disparaîtra alors. N'hésitez pas à diffuser cette nouvelle adresse et, si le sujet vous intéresse particulièrement, à vous abonner à l'infolettre. Merci !


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  • La vie dans les dents creuses (suite)Sous cet élégant titre, nous avons évoqué ici il y a deux ans un projet de modification de la loi Littoral, destiné à permettre d'urbaniser dans les interstices de secteurs déjà urbanisés des communes littorales. Cette modification ayant été votée, le sujet revient à l'ordre du jour car on me demande d'évaluer les incidences environnementales de la modification d'un SCOT (schéma de cohérence territoriale) afin d'intégrer ces nouvelles dispositions. Une quarantaine de lieux-dits ont été retenus, et il m'incombe dans les jours à venir d'analyser dans chaque cas les incidences de constructions supplémentaires dans ces fameuses "dents creuses".

    Le cahier des charges demande d'étudier les thèmes environnementaux habituels (milieux naturels, paysages, pollutions, nuisances, risques etc), mais il m'a semblé utile d'y ajouter deux autres thèmes : d'une part les déplacements, et d'autre part les conditions de vie de populations spécifiques (enfants, jeunes, personnes âgées, personnes handicapées) qui pourraient être amenées à vivre dans ces lieux. Selon les cas, on peut en effet avoir affaire à des environnements plutôt agréables et potentiellement épanouissants - avec par exemple de bonnes possibilités de vie sociale, de jeux, d'accès aux espaces naturels... - ou au contraire à des situations d'enfermement au milieu des champs de maïs. Relevons dans ce dernier cas que pas mal de gens sont prêts à aller s'enterrer dans de tels lieux pour profiter d'une opportunité foncière, sans réfléchir aux incidences sur la vie de leurs enfants ou sur la leur au cas où leur situation physique se dégraderait. Cette dimension sociale me semble importante en matière d'évaluation environnementale et voilà donc une occasion de l'aborder.

    A suivre !

    Photo : un des lieux-dits concernés par l'étude. Comme dans beaucoup de communes littorales de Bretagne, on a affaire à des agglomérats d'habitations récentes greffés sur de petits noyaux d'anciennes fermes. Y a-t-il un intérêt général à renforcer de telles formes d'urbanisation ? L'étude devrait aider à s'en faire une idée.


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  • Espaces privés-publics au JaponAvant de laisser la parole à Apus, qui a des informations pour nous sur les sociotopes japonais, intéressons-nous de plus près à la notion d'espace public au Japon. Nous avons vu, dans un récent article de ce blog, que la distinction entre espace public et espace privé y est non seulement assez récente, mais aussi fluctuante. Un article publié le 17 décembre par Margot Baldassi porte à notre connaissance les recherches de l'urbaniste Thomas Fontanet, qui a étudié les espaces privés ouverts au public à Tokyo.

    Ce cas de figure est différent de celui évoqué précédemment, puisqu'il n'y a ici aucune incertitude quant au statut privé de ces espaces dits "kōkai-kūchi". En fait, il s'agit de l'équivalent japonais des "plazas" américaines dont nous avons beaucoup parlé : en échange de droits à construire en hauteur (ou plus en hauteur que ce qui est fixé par les règlements), les aménageurs s'engagent à créer des espaces ouverts en pied d'immeubles et à les gérer de manière à y accueillir le public général. Il peut aussi s'agir d'espaces privés déjà constitués, mais qui peuvent s'ouvrir au public moyennant des allégements fiscaux. La délimitation physique des kōkai-kūchi est en général visible, même si elle est discrète, et les règles d'utilisation des lieux sont portées à la connaissance du public.

    L'auteur relève que la qualité d'aménagement de ces espaces est en général très supérieure à celle des espaces publics au sens strict, qu'il qualifie d'"assez minimalistes et relativement pauvres en aménités" et "qui ont tendance à négliger la question du confort d'usage". Il note aussi que la loi sur l'urbanisme de 1968 a eu pour effet non seulement de densifier fortement Tokyo, mais aussi, et simultanément, de "générer des espaces publics en quantité (élargissement des trottoirs, création de squares, d'espaces verts, de passages et autres atriums). On assiste alors progressivement à une verticalisation du bâti associée à une multiplication d'espaces privés ouverts au public, dont la vocation première est d'améliorer la qualité des espaces urbains tokyoites".

    Thomas Fontanet ne voit pas d'équivalent aux kōkai-kūchi dans les villes européennes, même si bien entendu, les espaces privés ouverts au public n'y sont pas exceptionnels. Il signale le cas original de la Bücherplatz à Aachen (Aix-la-Chapelle), que nous avons présenté ici il y a plusieurs années comme un exemple plus ou moins convaincant de "partenariat public-privé". Et bien sûr il établit un parallèle avec les plazas américaines et plus généralement avec les "POPS" (privately owned public spaces), dont la carte interactive pour New-York est visible ici.

    Photo trouvée sur le site de Margot Baldassi, auteur non indiqué (Thomas Fontanet ?)


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    En direct du JaponNotre fidèle contributeur Apus s'envole ces jours-ci pour le Japon où il va passer un mois. Il nous communiquera de temps à autre ses observations illustrées sur les sociotopes locaux.

    A propos de Japon, une étude intitulée "Public Spaces in Asian Pacific Cities" nous apprend que "le concept occidental de "public" et "privé" n'existait pas dans la culture japonaise jusque tard dans le 20è siècle. Il en résulte que "l'espace public" est une notion flexible au Japon. C'est souvent un événement public, plus que toute forme de limite physique et permanente, qui détermine l'étendue d'un espace public à un moment donné. De nos jours, l'approche occidentale de  l'espace public a gagné du terrain au Japon. Toutefois, le concept traditionnel de l'espace public flexible pourrait être réintroduit afin de revitaliser l'esprit de communauté, qui tend à perdre du terrain dans les métropoles telles que Tokyo". Voilà une piste d'observation pour Apus, qui ne devrait pas en manquer par ailleurs.

    Photo : le carrefour de Shibuya à Tokyo. "No parking, more business" ? Auteur : Sean Pavone / archdaily.com


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  • Mesurer la multi-fonctionnalité des ruesBien que ce blog ne soit pas spécialement consacré aux rues et aux déplacements doux, un vaste sujet sur lequel il existe aujourd'hui d'abondantes ressources, il n'est pas possible de parler des sociotopes sans parler des rues. Celles-ci peuvent en effet être des lieux de vie accueillants et, à tout le moins, elles relient les domiciles des gens à des espaces de plein-air.

    Comme annoncé il y a quelques jours, je vous propose une grille de cotation qui vient d'être créée par des Suédois et est pour le moment en phase de test. Le propos est d'évaluer la capacité des rues à assurer des fonctions multiples, dont certaines peuvent évidemment être ou paraître contradictoires. Il ne s'agit pas, ou pas nécessairement, de déterminer quelles sont les rues les plus écologiques ou les plus agréables. Pour les techniciens qui ont conçu ce dispositif, l'objectif est d'avoir un outil d'analyse urbaine permettant de poser des diagnostics précis pour pouvoir, bien entendu, Mesurer la multi-fonctionnalité des ruesproposer des solutions précises.

    Vous pouvez télécharger cette grille aux formats PDF (non modifiable) et OpenOffice (modifiable). Ma traduction n'est pas d'une fiabilité absolue et, sur les cent rubriques, il y en a trois ou quatre pour lesquelles j'ai eu des difficultés, qui sont signalées. Au premier coup d'oeil, on devine que certains thèmes ne présentent pas d'intérêt chez nous (les trottoirs chauffants par exemple), ou qu'ils se réfèrent à des normes différentes des nôtres. Aucune importance, tout cela peut être modifié, on peut ajouter des rubriques ou en supprimer d'autres. Il est peut-être intéressant de conserver 100 rubriques, pour faciliter la présentation des résultats et la comparaison entre différentes rues.

    Je compte tester cette grille un jour ou l'autre, comme je l'ai fait avec plusieurs autres outils présentés ici ces dernières années. A vous de voir si elle peut vous être utile, sous cette forme ou sous une autre.

    Télécharger « Fonctions_rues.pdf »

    Télécharger « Fonctions_rues.odt »

    Photo du haut : rue à Lübeck (Allemagne). Photo du bas : rue à Anvers (Belgique).


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  • Un nouvel outil d'analyse urbaine : une cotation des fonctionnalités des ruesNos très créatifs camarades suédois du bureau d'études Spacescape, associés à d'autres organismes, sont en train de tester un outil qu'ils ont inventé récemment et qui vise à mesurer les fonctionnalités des rues. Ils ont retenu une liste de 100 fonctions regroupées dans cinq grands thèmes (social, économique, trafic, technique, écologique), eux-mêmes subdivisés en "types" (par exemple, pour le social, on trouve la vie urbaine, la récréation, la sécurité, la sûreté du trafic, etc).

    Cet outil se présente sous la forme d'un tableau comportant 100 lignes. Il s'agit simplement de mentionner la présence ou l'absence de telle fonction, puis on totalise et on voit si la rue assure des fonctions multiples ou si elle est plutôt du genre mono-fonctionnel (un tuyau tout juste bon à faire passer des voitures de A à B). A première vue (je vous proposerai ce tableau plus tard quand je l'aurai traduit et remis en forme), Un nouvel outil d'analyse urbaine : une cotation des fonctionnalités des ruescertaines rubriques sont très compliquées à remplir par des non professionnels, notamment celles qui ont trait à la présence de divers réseaux, mais la majorité sont simples à renseigner. Quelques exemples de critères : présence de lieux pour s'asseoir (bancs, murets, escalier...) ; abris contre le soleil ou les intempéries ; espaces de jeux ; lieux de rencontre ; aménagements garantissant la sécurité d'enfants à vélo ; aménagements pour les personnes présentant des déficiences visuelles ou auditives ; biotopes pour la faune ; présence de cafés ou de restaurants ; etc, etc.

    On aperçoit évidemment l'intérêt d'un tel outil de diagnostic pour quiconque Un nouvel outil d'analyse urbaine : une cotation des fonctionnalités des ruess'intéresse à la rue comme sociotope. J'envisage pour ma part de le tester dans ma commune, en supprimant des rubriques trop compliquées ou sans intérêt dans le contexte local, et en ajoutant éventuellement des rubriques qui n'y figurent pas (je pense en particulier à la présence de "façades actives"). A suivre, donc.

    Photo du haut : une rue pas tellement multi-fonctionnelle dans la toute nouvelle ZAC de Clichy-Batignolles. En bas : une rue à Die (Drôme).


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  • Skateparks & Co., la suiteMon article de ce matin, ainsi que l'article de Ouest-France qu'il commentait, ont suscité dans la journée d'intéressants échanges entre des professionnelles de l'aménagement concernées par le projet de skatepark dont il était question. Je vous en livre l'essentiel ici :

    1) "Ma question est simple : que demandent les filles ? Je reconnais que la fréquentation de tels équipements est plus forte par les garçons que par les filles, mais je me demande ce que voudraient celles-ci du point de vue des équipements. Mon sentiment personnel est que (les filles) recherchent des lieux pour se retrouver, discuter et potentiellement entrer en contact avec la gent masculine. Peut-être faudrait-il à proximité directe de ces équipements une sorte de petit kiosque avec des tables et des chaises ? "

    2) (la même intervenante, après avoir lu mon article) : "proposer des équipements "genrés", n'est-ce pas la pire réponse ? Par ailleurs je ne suis pas tout à fait d'accord avec les remarques du géographe relatives aux effets des stades de foot… On sent à travers ses propos tout son désamour pour ce sport. En ce qui concerne les enfants, je constate un réel bénéfice à laisser mon second fils gambader sur le stade et surtout, une grande différence les jours de pluie où l’entrainement est annulé. Après l’entrainement, j’ai un petit garçon serein et heureux alors que s’il ne court pas, il saute partout dans le salon et attaque ses frères avec les coussins du canapé… L’effet sport bénéfique et défouloir existe bel et bien et le fait de focaliser sur les débordements de certaines équipes sportives me semble  réducteur.

    (...) Le foot féminin progresse largement (il était temps) : partout dans les petites communes, des équipes féminines apparaissent et pour la première fois en 2018, un ballon d’or a été attribué à une femme ! Quant aux sports de glisse, c’est vrai on y voit encore beaucoup d’hommes, mais le pilote de BMX le mieux payé au monde est quand même une femme… Et la France brille plus par ses féminines que par les masculins en compétitions…  Alors même si les propos du géographe sont intéressants et à prendre en compte, nous ne devons pas culpabiliser de proposer de tels équipements sur une commune. Il faut en revanche proposer des alternatives" (suivent diverses propositions concrètes concernant la commune en question). 

    3) Les street parks sont beaucoup plus accessibles que les skateparks, donc ils sont adaptés au plus grand nombre. Quand j'étais ado je rêvais de faire du skate. Je n'en ai jamais fait car c'était considéré comme un sport de garçons. Une fille ne pouvait pas faire de skate ! Je ne pense pas que ce soit le skatepark le problème. Je pense que plein de filles veulent en faire, mais le problème est que c'est acté comme sport masculin et donc les filles s'auto-censurent. Le top serait de faire ce street park accompagné de cours exclusivement féminins pour inciter les filles à y aller.

    4) Je suis tout à fait d'accord avec (3)  sur le fait que l'idéal serait Street Park + cours pour tous ou intervention pour expliquer que les filles aussi y ont leur place ! Le problème n'est pas que ce type d'équipement soit pour les garçons, c'est qu'on laisse croire aux filles que ce ne soit pas pour elles ! Et elles-mêmes sont intègrent ce discours et se limitent. Cela dit, il existe des ouvertures, par exemple sur le patin avec le patinage de loisir, artistique ou le roller derby qui sont plus "féminins".  Peut être penser à des espaces pour les pratiquer ? Ou plus largement un espace libre pour que les enfants pratiquent d'autres types de jeux : balle au prisonnier, élastique, corde à sauter... Qui peuvent traditionnellement être plus pratiqués par les filles. Mais effectivement, des espaces pour discuter avec des bancs, des tables, des mobiliers moins formels, exposés au soleil et ombragés (des balancelles, j'adorais les balancelles gamine) bénéficieraient pas mal aux filles (et au garçons. Et aux rencontres !) Avec des toilettes et un point d'eau, si vous voulez des filles, des toilettes, c'est important. Enfin je pense que beaucoup vient aussi de la manière dont c'est vendu par la ville : parler des filles dans le projet, car souvent quand on parle d'"enfants", on entend "garçons", finalement... Et éviter les discours du genre "surtout les garçons, ils ont besoin de bouger" . Si on inclut bien les filles dans la démarche, dans les actes et dans le discours, je suis persuadée que ça renforcera leur légitimité au moment d'utiliser les équipements !

     

    Bien, alors voici où nous en sommes à la fin de cette journée :

    1) Yves Raibaud a tort de démolir le foot et ferait mieux de promouvoir le foot féminin (entre parenthèses, je n'aurais jamais imaginé que je défendrais le foot une seule fois dans ma vie... ce jour est arrivé !)

    2) Ses propositions sont un peu courtes : la parité (qui existe déjà dans les conseils municipaux) n'est sûrement pas la panacée et les "budgets genrés" ne suffisent pas.

    3) Plutôt que de chercher à faire des "aménagements genrés", mieux vaut aider les filles à investir des activités et des lieux jusqu'ici considérés comme réservés aux garçons. L'exemple du foot montre l'efficacité pratique des actions de formation. Mais ces lieux d'activités sportives doivent absolument être dotés d'aménagements de confort et d'espaces de sociabilité. Pour être parfaitement clair, je rappelle que si des garçons peuvent pisser en public contre la haie du terrain de foot, c'est plus compliqué pour les filles.  Il faut aussi que les éducateurs (enseignants et encadrants d'activités extra-scolaires) veillent à l'égalité d'accès aux activités et de partage de l'espace.

    4) Dans cette commune de N. où nous travaillons, et même si cela ne plaît pas à notre géographe, nous appuierons le projet d'équipement quelle que soit sa nature exacte, mais nous veillerons aussi à ce que soient prévues des mesures d'accompagnement pour inciter les filles à en profiter au maximum.

    Illustration extraite de la BD "Cédric / Comme sur des roulettes", dessin : Cauvin.


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  • Les enfants et l'urbanisme : travaux pratiquesNous avons exposé ici  (et surtout ici) l'initiative conduite dans la petite commune morbihannaise de Le Saint (600 habitants), afin d'associer les enfants au diagnostic et au projet d'aménagement du bourg. Certaines propositions des enfants ont été intégrées dans le projet qui vient d'être présenté aux élus, notamment des dispositifs de sécurisation de parcours et de traversées de voies, ainsi que l'amélioration des conditions d'accès au terrain de jeux. Cet automne, les élèves de l'école communale ont même mis la main à la pâte, en matérialisant au pochoir leur tracé d'accès à la cantine ainsi qu'un espace actuellement en parking et partiellement reconverti en espace piétonnier, avec un coin qui sera affecté au stationnement des chevaux. Le travail sur les sociotopes des enfants ainsi que l'étude spécialement réalisée sur leurs pratiques des espaces extérieurs auront ainsi participé à améliorer l'attractivité du bourg, sachant que le projet comporte des volets plus "lourds" concernant la mise en valeur du potentiel foncier pour la création de nouveaux logements, ainsi que l'implantation de nouveaux commerces.

    Les enfants et l'urbanisme : travaux pratiquesMerci encore à la municipalité et au directeur de l'école Jacques Prévert, Cédric Le Page, pour leur forte implication dans ce projet, qui a par ailleurs suscité l'intérêt de nombreux habitants.

    Le rapport de l'étude sur les enfants et les espaces extérieurs :

    Télécharger « LS_enfants_rapport.pdf »

    Photos : Magali Touati et Cédric Le Page.


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