• Toujours les bancsHier soir, j'assiste à une réunion publique sur le réaménagement d'un quai bordant l'estuaire qui traverse ma ville. Le projet est présenté par un collaborateur d'un bureau d'études techniques et par une architecte du patrimoine, associée à l'opération car on se trouve ici aux abords de monuments historiques. Arrive le moment où il est question du mobilier, et on nous fait voir un modèle de parallélépipède de granite qui est censé servir de banc.

    Vous devinez la suite : je demande si à la place, il ne serait pas possible d'avoir des vrais bancs, dotés d'un dossier pour offrir un minimum de confort, et on me répond que ces choses en granite ont été retenues pour des motifs d'harmonie paysagère. Je ne relève pas que les plantations d'arbres de Judée prévues par le projet peuvent paraître un peu singulières au bord d'un estuaire breton, et je reviens à la charge en demandant à l'architecte si elle aimerait s'asseoir sur un bloc de granite sans dossier pour lire au bord de l'eau. Elle botte en touche en me répondant que le projet prévoit non seulement des "bancs", mais aussi des linéaires de corniches "relativement confortables" pour s'asseoir. C'était l'adverbe de trop, qui suscite d'ailleurs quelques sourires dans l'assistance, car je suggère que tant qu'à faire, on pourrait offrir au public des sièges tout simplement confortables, et pas simplement "relativement".

    Le sujet revient sur le tapis au cours des échanges, un autre participant s'associant à ma demande de bancs confortables. L'architecte lui répond que "on l'a bien noté". Pourtant, quelque chose me dit que nous n'allons pas échapper aux blocs de granite, car le confort est une préoccupation triviale qui ne saurait prévaloir sur l'Esthétique, laquelle nous apporte des satisfactions autrement plus élevées. Si ce blog existe toujours en 2022, date à laquelle l'aménagement devrait être achevé, je ne manquerai pas de vous apporter l'information.

    Photo : une belle collection de "bancs" en granite au bord de l'Hudson à New-York.


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  • Du 3 au 7 juin avait lieu à Saint-Brieuc la "Breizh COP", sur le thème "La Bretagne s'engage pour le climat". La journée du 4 juin était consacrée au thème "Les territoires innovent", et dans ce cadre, le travail réalisé avec les enfants et les jeunes de Noyal-Muzillac autour de l'aménagement du bourg a fait l'objet d'un petit exposé. Le rapport entre cette expérience et le climat était a priori un peu tiré par les cheveux, mais c'est notre cher Pascal Bruckner qui nous l'a fourni - bien involontairement, d'autant que ce fut une occasion supplémentaire de lui donner une bonne claque.

    Le propos de cet exposé n'était pas de présenter cette opération comme exceptionnelle, mais au contraire de porter le message "Faites-le vous-même" en montrant que les méthodes à mettre en œuvre sont à la portée de tout le monde. Qu'on se le dise !

    La présentation est téléchargeable ci-dessous.


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  • Il y a quelques semaines, il fut question ici d'un projet de faire sortir les élus d'une commune, pour leur faire évaluer sur le terrain le fonctionnement d'espaces publics et cartographier les déplacements des piétons à travers ceux-ci. L'opération a dû être annulée faute d'un nombre suffisant de participants (ces gens-là sont très occupés), mais elle devrait avoir à nouveau lieu en septembre, probablement en s'ouvrant à d'autres publics. A suivre, donc.


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  • Les enfants et l'aménagement : retour à Noyal-MuzillacNous avons évoqué ici à plusieurs reprises les initiatives qui ont permis d'associer les enfants et les jeunes au projet de bourg de Noyal-Muzillac, une commune rurale du Morbihan. Nous avions souligné l'importance de revenir vers les publics ayant participé à une concertation, pour les informer de la manière dont leurs propositions ont été prises en compte - ce "retour" est la moindre des choses, pourtant il est souvent omis. Cette opération a été conduite le 11 juin à Noyal-Muzillac, d'abord avec les enfants scolarisés dans la commune (environ 80 CM1 et CM2 des écoles publique et privée), puis avec les adolescents.

    Dans les deux cas, la présentation a respecté la trame suivante :

    - "Voici ce que vous nous avez dit"

    - "Voici ce que vous avez proposé ou demandé"

    - "Voici le projet, et la manière dont vos idées ont été intégrées"

    - "Voici pourquoi certaines idées n'ont pas pu être intégrées".

    C'est le maire lui-même qui a présenté le projet aux enfants et répondu à leurs nombreuses questions. Au cours des derniers mois, la municipalité a été très attentive à apporter des réponses concrètes aux idées des enfants, principalement sur la sécurité des déplacements dans le bourg et l'équipement des espaces de jeux et de loisirs, et des engagements précis ont donc été pris. Il était également important que les enfants comprennent que tout ne peut pas être réalisé (une piscine, par exemple) dans une commune de cette taille, et que les aménagements ne tombent pas du ciel, mais qu'ils sont payés par les impôts de leurs parents... c'est le b-a-ba de l'éducation à la citoyenneté.

    S'il est facile de contacter les enfants dans le cadre scolaire, les choses sont notoirement plus compliquées avec les ados. La première opération avait été un succès, avec 30 participants en mairie un samedi matin. La seconde a bien marché aussi, puisque 27 jeunes étaient au rendez-vous en soirée. Il est vrai que la commune s'était montrée généreuse en pizzas, mais c'est surtout l'"effet réseau" qui a fonctionné, comme le fait que la municipalité avait déjà associé les jeunes à des projets sur les équipements sportifs. A la différence des enfants, les participants ne se sont guère manifestés oralement durant la réunion, mais les propos entendus après celle-ci et autour des pizzas ont permis de constater leur satisfaction au regard des engagements pris. Ceux-ci ne portaient d'ailleurs pas seulement sur des sujets supposés "pour jeunes", du genre city stade ou skate park, mais aussi sur l'offre commerciale ou les conditions générales de déplacement. La question de la place des filles dans l'aménagement des espaces publics a aussi été abordée.

    Notre propos, en relatant cette expérience, n'est pas de flatter les merveilleux bureaux d'études qui l'ont conduite ni les formidables élus qui l'ont encouragée, mais de rappeler que la collectivité a tout à gagner à associer ces publics trop souvent négligés, et que pour cela, il n'y a pas besoin de méthodes compliquées, mais plutôt d'une forte implication de tout le monde.

    Photo : monsieur le maire échange avec les enfants.


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  • Densification urbaine et espaces verts : un exemple instructifOuest-France du 4 juin 2019 relate un cas intéressant de polémique au sujet de la possible urbanisation d'un espace vert de quartier, dans le cadre de la révision du Plan local d'urbanisme (PLU). L'affaire se passe dans une ville bretonne de 22 000 habitants, où ledit projet de PLU prévoit des "orientations d'aménagement et de programmation" (OAP) sur un secteur de 2 ha comportant d'une part un ancien parc de manoir, et d'autre part un jardin public de 6450 m². Les terrains du manoir doivent accueillir un établissement d'hébergement spécialisé, tandis que le jardin public est affecté à de l'"habitat individuel dense à intermédiaire", avec une densité d'une quarantaine de logements à l'hectare.

    La partie du projet concernant le jardin inquiète les riverains, dont l'argumentation ne manque pas d'intérêt : "La qualité de vie dans ce lieu de détente et de repos est à préserver". "C'est un lieu intergénérationnel, qui a du sens. Les enfants y font du vélo, de la trottinette, des jeux collectifs. Les adultes y jouent à la pétanque ou viennent pique-niquer." "Et moi je suis un homme heureux, qui passe son temps à regarder les gens. J'irai où si ce jardin disparaît ?". Il est également indiqué que "ce lieu est considéré comme le seul espace vert arboré et sécurisé" d'un secteur urbanisé de près de 7 ha et, si l'on se réfère à l'outil "isochrones" de Géoportail, on constate que ce jardin est à moins de 10 minutes de marche pour 80 à 90% des habitants du quartier. Pas besoin d'outils d'analyse urbaine sophistiqués pour constater que ce lieu a un fort potentiel social.

    La réponse de la Ville est que le projet d'hébergement spécialisé est prioritaire et que "les autres orientations inscrites dans l'OAP pour la place de la Libération (= le jardin public) ne font aujourd'hui l'objet d'aucun projet. La Ville invite également les riverains à s'exprimer lors de l'enquête publique qui s'ouvre le 12 juin. On comprend que "le coup est rattrapable", mais n'aurait-on pas pu faire l'économie de cette polémique si le PLU avait commencé par identifier clairement la valeur d'usage social du jardin public, et en avait tiré les conséquences en préservant cet espace ? On constate ici, une fois de plus, que l'offre d'espaces verts et plus largement le potentiel d'usage social des espaces ouverts demeurent des questions très largement ignorées des documents de planification - sans doute, nous l'avons déjà souligné, parce qu'aucune disposition légale n'impose de s'y intéresser, et aussi parce qu'en l'absence de données disponibles, il y a du travail de terrain à faire, ce qui prend un peu de temps. Le cas exposé a l'intérêt de rappeler que de telles économies peuvent avoir un coût.

    Illustration (source : GoogleEarth) : l'emprise totale de l'OAP en jaune, celle de l'espace vert en violet.

     


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  • Sociotopes d'un éco-quartierPuisque nous étions à Saint-Nolff (Morbihan) ces jours-ci, restons-y un peu pour aller faire un tour dans l'éco-quartier du bourg, qui porte manifestement l'empreinte du précédent maire Joël Labbé. C'est du vrai de vrai, pas le genre de pâle succédané qui sert trop souvent de caution écologique à certains élus : des maisons en bois, en paille et même en roseaux, pas ou peu de clôtures, pas de rues à voitures mais des petites venelles pour les piétons... Curieusement, il ne semble pas y avoir d'espace vert, mais une petite fille qui promène son chien nous explique que "c'est prévu" et qu'en attendant, des habitants acceptent que des enfants utilisent leurs jeux. Un peu plus loin, une habitante nous fait part de son bonheur de vivre ici et nous raconte que lorsque son mari sort la poubelle le soir, elle prend soin de lui rappeler l'heure du dîner, car il a tendance à rester bavarder tard avec les voisins rencontrés dans la ruelle. C'est donc ça, le principal Sociotopes d'un éco-quartiersociotope du quartier : un réseau de rues piétonnes et des clôtures réduites à leur plus simple expression, incitant les gens à se parler.

    Mais il ne faut quand même pas abuser des bonnes choses, et la nouvelle municipalité, désireuse de remplir plus rapidement les lots et pas spécialement portée à promouvoir les mauvaises herbes, a lancé une nouvelle tranche qui tourne le dos à l'esprit originel du quartier : des rues asphaltées, les voitures garées devant les maisons, des clôtures en parpaings et en tôle d'alu laqué anthracite... Ce spectacle m'évoque étrangement le "retour à la normale", cette célèbre affiche de juin 1968 représentant un troupeau de moutons.

     


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  • De Stockholm à Saint-Nolff, une idée qui a fait son cheminSaint-Nolff est une verdoyante petite commune de l'arrière-pays de Vannes (3700 habitants), où se déroule ce dimanche 12 mai 2019 la fête de Gourineg. Il ne s'agit pas de célébrer le saint local, bien qu'on soit en Bretagne, mais d'offrir une vitrine à diverses associations locales plutôt dans la mouvance écolo-alternative, tout en remettant en fonction un four à pain reconstruit par de valeureux bénévoles. Les réfugiés de la région proposent des pains et des pâtisseries de leur pays, les enfants peuvent visiter la ferme pédagogique, s'initier au poney ou participer à un atelier de maquillage, il y a aussi une fanfare, la LPO, un stand de troc, un salon de thé sous chapiteau, des jeux traditionnels bretons et j'en passe. Il fait beau, la foule est au rendez-vous, les élus de la municipalité actuelle brillent toutefois par leur absence car l'écolo-alternatif, ce n'est pas trop le genre de la maison, et tout cela se déroule dans une somptueuse coulée verte publique qui, De Stockholm à Saint-Nolff, une idée qui a fait son cheminpartant du cœur du bourg, longe un ruisseau et le plan d'eau d'un moulin en s'appuyant sur un ruban de prairies fleuries et de talus surmontés de grands chênes.

    A midi, les visiteurs se voient proposer un "couscous solidaire", confectionné à partir d'invendus de grandes surfaces, et parmi les grandes tablées je repère le sénateur local (et ex-maire) Joël Labbé, qui fut de notre voyage d'étude à Stockholm en 2008. Nous évoquons ce souvenir commun, et il m'apprend que c'est ce voyage sur le thème des trames vertes urbaines qui l'a déterminé, à l'époque où il était maire, à aménager en parc public des réserves foncières qui auraient pu servir à faire de l'urbanisation - car on est proche du bourg De Stockholm à Saint-Nolff, une idée qui a fait son cheminici, et l'idée d'urbaniser pouvait se défendre. C'est d'après lui la référence aux sociotopes, en plus sans doute d'un engagement personnel pour l'écologie et d'un "sens du lieu", qui l'a déterminé à protéger ce territoire pour l'ouvrir à tout le monde. Le succès de la fête de Gourineg, tout comme les multiples usages du site tout au long de l'année, confirment que c'était sûrement le bon choix.


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  • "Radio Lavoir" n'est pas encore morte !Il fut un temps où le lavoir était un haut-lieu de la sociabilité féminine dans les campagnes, à l'image du café pour les messieurs. Aujourd'hui, la plupart des lavoirs sont dans un triste état : le bassin, alimenté par un filet d'eau anémique, est recouvert d'algues filamenteuses brunâtres à l'aspect pustuleux, les murs en ciment se lézardent, les orties envahissent les abords... et il faut aller en Finlande pour trouver des lavoirs encore bien vivants, en général implantés sur des lacs et spécialisés dans le nettoyage des tapis. Pourtant, en cherchant bien, on trouve encore des lavoirs actifs chez nous - comme celui de la photo ci-contre, prise récemment dans la commune morbihannaise de Riantec, mais où il n'y a qu'une seule personne.

    Il y a quelques jours, à l'occasion de prospections naturalistes, je découvre près de chez moi un lavoir dont je ne connaissais pas l'existence. Caché dans un vallon arboré, au fond d'un chemin creux à l'écart d'une route de campagne, il n'est signalé sur aucune carte. Pourtant, il y a là une dame, 80 ans bien sonnés, occupée à laver son linge. J'engage la conversation avec elle et je lui demande si elle ne se sent pas un peu seule dans cet endroit retiré. Elle me répond qu'elle aime bien être tranquille, mais que pour la conversation, il faut venir le mardi où quatre personnes ont l'habitude de se retrouver ici. Elle m'explique qu'elle pourrait faire la lessive chez elle mais qu'elle aime bien être ici dans la nature, même en hiver. Ancienne aide-soignante, elle a les moyens d'avoir un lave-linge mais cet ustensile ne l'intéresse pas. Voilà qui relativise un peu les propos d'un élu local, qui me disait récemment que les lavoirs ne sont plus utilisés que par des personnes du "quart-monde".

    Quelques jours plus tard, je retourne sur les lieux en soirée. Pas de lavandière, mais trois adolescentes du village d'à côté, qui ont l'habitude de venir ici pour bavarder tranquillement - c'est leur "tiers-lieu" à elles, pour reprendre le jargon à la mode. L'endroit n'est pas trop mal : entouré de talus et de grands arbres, le lavoir est clair, l'eau glougloute joliment et les petits oiseaux chantent à qui mieux mieux - je relève d'ailleurs 20 espèces nicheuses dans les haies environnantes, probablement un record pour la commune, ce qui tend une fois de plus à confirmer qu'un bon biotope peut faire un excellent sociotope.


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