• Une carte interactive pour les sociotopesToujours en pointe sur le sujet, la ville de Stockholm propose désormais une carte interactive de ses sociotopes. A la fois exhaustive et détaillée, périodiquement remise à jour, cette carte permet de se déplacer à travers le territoire communal et d'afficher (en suédois) les caractéristiques de chaque sociotope, notamment sous l'angle des "valeurs" qui leur sont associées au terme du travail d'observation et d'enquête.

    Une idée exploitable pour des villes françaises ?

    Service accessible ici.


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  • Sociotopes et solitudeDepuis plusieurs années, ce blog célèbre le sociotope en tant que lieu de rencontre, de convivialité et d'animation. Il ne faudrait cependant pas oublier que des gens peuvent rechercher hors de chez eux des possibilités de s'isoler pour différentes raisons, par exemple pour être au calme ou pour pouvoir profiter pleinement d'un lieu, sans être distrait par une conversation et en pouvant traîner ou s'arrêter où l'on veut, quand on veut.

    Nous ne parlons pas ici de la solitude subie et poisseuse, "avec sa gueule de carême, avec ses larges yeux cernés, (qui) nous fait le cœur à pleurer", comme disait Barbara, mais de celle que célèbre Montaigne (1) tout au long des Essais, celle de l'individu libre, capable de s'isoler du troupeau et des vains bavardages pour parvenir à "ramener et retirer son âme en soi". Cette solitude-là doit parfois se conquérir, à une époque qui valorise plutôt le grégarisme, l'agitation et la connexion permanente, c'est pourquoi il importe que les espaces ouverts offrent des possibilités de s'isoler tout en se sentant en sécurité. Pas besoin pour cela de grands espaces vides : comme l'indiquait déjà Montaigne dans la citation ci-dessous, on peut parfaitement se retirer en soi au sein de la multitude, ce que confirme l'étude de W.H. Whyte sur les parcs new-yorkais, montrant que les parcs perçus comme les plus propices à la détente sont comme par hasard les plus fréquentés. A l'inverse, le vide et le silence peuvent provoquer le malaise, comme le suggère ce texte de Lucile Desmoulins parcourant le parc de Sceaux en 1789 : "Je disois à maman : "Pourquoi nous ennuions-nous ici, est-ce parce qu'il n'y a personne, ceci est pourtant bien beau !" "Tu vois, me dit maman, qu'il est des genres de beautés qui ne plaisent pas, nous aimons la solitude mais celle-ci nous ennuie parce qu'elle ne dit rien à notre âme".

     

    (1) "La vraie solitude se peut jouir au milieu de villes et de cours de rois, mais elle se jouit plus commodément à part".


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  • Accès à la nature : toujours des blocages...Nous avons signalé ici, à plusieurs reprises, que les tentatives d'améliorer les conditions d'accès du public aux espaces naturels se heurtent souvent à des réticences voire à des oppositions de principe au nom de la défense de l'environnement. Une nouvelle illustration avec un projet de SCOT (Schéma de cohérence territoriale) en Bretagne, qui vient de passer le cap de l'avis de l'Etat et de l'enquête publique.

    Ayant remarqué qu'un tiers des bourgs de ce territoire rural n'offrent à leurs habitants aucune possibilité d'aller se balader dans la nature en partant de chez eux à pied, le document demande de planifier la réalisation de cheminements entre bourgs et nature. Constatant que certains grands ensembles naturels demeurent fermés au public, non pas du fait de leur intérêt écologique mais simplement parce qu'ils appartiennent à de grands propriétaires qui ne veulent laisser passer personne (sauf les chasseurs, bien sûr), il préconise aussi que la communauté de communes élabore un schéma des itinéraires de promenade, en vue de rendre mieux accessibles des espaces qui mériteraient de l'être.

    Dans l'avis de l'Etat et les dépositions à l'enquête publique, pas un mot en faveur de ces dispositions mais, comme on pouvait s'y attendre, de sérieuses réserves émanant même de trois associations environnementales. Extraits :

    - État : "Les continuités de déplacement doux pour l'homme ne sont pas nécessairement des continuités pour la faune et la flore. Pour être favorables à la biodiversité, la mise en place de ces liaisons doit obligatoirement (sic) être accompagnée de mesures de gestion du milieu et obligatoirement (re-sic) être réalisée par des personnes qualifiées en écologie capables d'étudier la compatibilité entre fréquentation du public et fonctionnalité écologique", etc, il y en a encore plusieurs lignes dans ce genre, et cette approche merveilleusement bureaucratique a sûrement de quoi encourager les élus qui voudraient réaliser une promenade.

    - État : "L'intégration des cheminements et de l'accessibilité dans cette prescription peut nuire à l'objectif de préservation de la trame verte et bleue en lien avec une certaine artificialisation possible et l'effet de perturbation".

    - Association 1 : "Sur la base de la perception des espaces naturels à ouvrir au public, (...) met en exergue au contraire un appauvrissement et un accroissement de leur vulnérabilité".

    - Association 2 : "Il est indispensable de réaliser un inventaire de la faune et de la flore avant d'élaborer un schéma des itinéraires de promenade".

    - Association 3 : "L'ouverture des espaces naturels au public conduirait à l'appauvrissement du milieu et à l'accroissement de leur vulnérabilité".

    Pour sûr, il y a des précautions à prendre dans ce genre de projets, et étant moi-même naturaliste je ne sous-estime pas les sensibilités écologiques, mais il ne vient à l'idée de personne qu'une manière efficace de sauvegarder les espaces naturels, c'est de les faire connaître, pratiquer et aimer du public - ce qui me renvoie à la lecture du passionnant livre "The Last Child in the Woods", dans laquelle je suis plongé et que je vous présenterai prochainement. Ma seule consolation par rapport à ces avis est que leurs auteurs adorent sûrement aller se balader dans la nature, sur des itinéraires qui n'ont probablement jamais fait l'objet de la moindre étude d'impact.

     

     

     


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  • Espaces pour les jeunes : des idées, des solutions !Après avoir travaillé sur les problèmes que connaissent les jeunes avec les espaces publics, les New-Yorkais du mouvement "Yes Loitering" arrivent aux préconisations suivantes, qui peuvent constituer une bonne base pour un cahier des charges :

    1) Impliquer les jeunes dans les projets portant sur des espaces publics. C'est bien le moins que l'on puisse faire, la question étant de savoir jusqu'où peut aller cette implication, de la consultation à la co-décision en passant par la co-construction.

    2) L'équité sociale : l'espace doit pouvoir convenir à des jeunes de tous horizons sociaux et permettre à chacun de ne pas être importuné du fait de son identité. Il est proposé d'éviter dans ce genre de lieu les politiques répressives de type "tolérance zéro", au motif qu'elles peuvent affecter certains groupes de façon disproportionnée... Un sujet particulièrement sensible et qui peut faire discuter, puisqu'il touche à la question de la sécurité, sur laquelle beaucoup de gens ont des idées très arrêtées. Plus consensuelle sans doute est l'idée d'offrir des espaces et des services d'accès gratuit, ou à coût minime, certains de ces services pouvant rester ouverts tard dans la nuit.

    3) La sécurité : nous y voilà. Il n'est pas question de patrouilles de police ou de vidéo-surveillance, lisons plutôt : "La sécurité commune règne quand les gens s'appuient mutuellement pour se protéger contre la violence, au lieu de solliciter la police. Les usagers de l'espace (le texte d'origine parle en réalité de "members of the community", mais c'est quasi impossible à transposer en français !) doivent intervenir pour désamorcer les conflits le plus vite possible. Cela suppose de faire confiance aux jeunes pour gérer leurs affaires, d'impliquer des habitants du voisinage, et si possible ou si nécessaire d'engager quelqu'un pour maintenir le calme par la médiation et non par la force ou la sanction. Il faut aussi un bon éclairage, ainsi que deux entrées et sorties au moins". On pourra évidemment taxer ces propositions d'angélisme ou d'idéalisme, d'autant que pour un lecteur français, elles se basent sur un "sens de la communauté" qui n'est pas vraiment dans notre culture, mais pourquoi ne pas essayer ?

    4) La localisation : plutôt que d'avoir un petit nombre d'espaces spécialement conçus pour les jeunes, il vaut mieux avoir à travers la ville un vaste réseau de lieux où ceux-ci se sentent bienvenus - pas seulement des parcs ou des places, mais aussi des trottoirs, des quais de gares, des espaces libres dans les quartiers d'habitat. Il est bien que ces lieux soient proches des transports publics et établissements scolaires ou d'attractions comme des restaurants, magasins ou cinémas.

    5) La nourriture : la possibilité de se restaurer est très importante pour l'attractivité - le food-truck, par exemple, est un facteur d'animation. L'espace environnant ne doit pas être réservé aux consommateurs, il faut pouvoir rester sans avoir à payer et sans limite de temps.

    6) Les sièges : ils peuvent être formels (bancs, chaises...) ou informels (marches, murets...) et doivent être placés au plus près des flux de passants. La conception des sièges doit permettre à des groupes de converser, d'où l'intérêt des formes en U ou en L. Des chaises déplaçables, des pelouses où on peut s'étendre sont particulièrement appréciables.

    7) Les abris : "pour créer des espaces vraiment inclusifs pour les jeunes, nous devons considérer la manière dont les saisons affectent les lieux où l'on peut aller ou non. Que se passe-t-il s'il pleut ou s'il fait trop chaud ou trop froid dehors ?" Des espaces abrités voire fermés (des locaux dans des bibliothèques ou des écoles, où l'on peut discuter, jouer, écouter de la musique...) sont utiles.

    8) Les activités et événements : il ne suffit pas d'avoir des lieux où aller, il faut aussi avoir des choses à faire, d'où l'utilité des espaces capables d'accueillir des événements spontanés ou organisés, voire aptes à être transformés en fonction des besoins plutôt que d'être assignés à des fonctions pré-déterminées.

    9) Les technologies : un lieu idéal pour des jeunes devrait disposer de la WiFi gratuite et de prises de recharge d'appareils.

    10) Les sports : certains sont particulièrement appréciés des jeunes dans les espaces publics, notamment le skate, qui doit être favorisé et non découragé. Par ailleurs les espaces doivent être conçus pour un usage polyvalent, autorisant plusieurs activités en même temps plutôt qu'une seule.

    11) L'art et la culture : donner aux jeunes la possibilité de créer eux-mêmes - des murs ou des panneaux pour dessiner ou peindre, des possibilités de construire des objets, des espaces pour la musique et la danse...

    12) La maintenance : des poubelles bien visibles, accessibles et attractives, des possibilités de recyclage, des toilettes, des points d'eau - il n'est pas acceptable d'obliger des jeunes à prendre une consommation dans un café juste pour pouvoir accéder aux toilettes.

    Photo : West Side Story

     

     

     


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  • "On a coupé les enfants de la nature"Un bon article est paru le 4 mai sur le site du Monde, au sujet des tendances à l'enfermement des enfants, à la normalisation de leurs activités et à la perte de leurs liens avec la nature - tout au moins l'article semble intéressant pour ce que les non-abonnés dont je suis peuvent en lire, j'essaierai de proposer plus tard la version papier complète. Le plus intéressant est peut-être le lien vers l'ouvrage "Last Child in the Woods", que je viens de commander et dont je rendrai compte ultérieurement :

    "Dans son ouvrage Last Child in the Woods (« Dernier enfant dans les bois », Algonquin Books, 2005, non traduit), le journaliste américain Richard Louv cite deux études. Selon l’une, issue du Manhattan College, à New York, si 71 % des mères jouaient dehors chaque jour quand elles étaient petites, seuls 26 % de leurs propres enfants en font autant. Soit quasiment trois fois moins".

    Parmi les (nombreux) commentaires des lecteurs sous l'article, quelques-uns valent le détour, comme celui-ci : "Malheureusement les écolos façon Duflot leur font beaucoup de mal en encourageant l’empilement résidentiel dans les zones encore vertes. Une clairière où tous les enfants de mon village allaient jouer va être transformée en lotissement bétonné avec la loi ALUR". Le problème est crûment posé, il mérite la réflexion car il ne suffit probablement pas de parsemer d'"espaces verts" les quartiers densifiés pour offrir aux enfants des expériences riches. Mais on pourrait aussi se demander si les énormes superficies affectées au stationnement et aux voiries (souvent plus de 40 % de certains quartiers récents) ne participent pas au "bétonnage" au moins autant que les logements à proprement parler, et là il est difficile d'en faire porter la responsabilité aux "écolos façon Duflot".

    Photo : Ludovic Devernay, 6 mai 2018.


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  • Quand les hirondelles mènent aux jeunes...L'autre jour, je racontais comment la recherche d'une colonie d'hirondelles de rivage m'a conduit à... une exposition sur les jeunes. Quatre jours plus tard, me voici dans un friche industrielle et portuaire d'une commune littorale proche de Lorient, au milieu d'anciens dépôts sabliers dont il s'agit d'évaluer l'intérêt écologique et social. Coup double dès l'arrivée : une belle colonie d'hirondelles de rivage est installée dans une petite falaise sableuse, et juste derrière le promontoire s'élève une colonne de fumée prometteuse de riches observations sociotopiques. Un groupe de cinq jeunes de 14/15 ans, bien dissimulé dans un creux de terrain, est en train de faire griller des saucisses. Ils sont tous venus à vélo depuis les quartiers environnants pour profiter du soleil dans leur coin favori, et comme ils sont d'humeur causante, la conversation s'engage facilement et mon questionnaire est vite rempli. On est typiquement là dans un espace de liberté : pas de statut foncier bien déterminé, accès ouvert, proximité de la ville tout en étant à l'abri des regards, possibilité de nombreuses activités informelles (dévaler les pentes sableuses à VTT... ou avec des motos de cross), pas de risques de déranger le voisinage...) Mes ados sont du genre "gentils" : "on fait attention à ne pas déranger, on reste à l'écart de la colonie d'hirondelles, on ramasse nos déchets... et même ceux des autres". Il va falloir que le plan de gestion du site compose avec ces usages informels... Pas simple, mais ce n'est pas le propos pour le moment.

    Je décline l'offre d'une saucisse, sympathique mais pas vraiment ce qu'il me faut par cette chaleur, pour me rendre un peu plus loin, le long d'un chantier naval actuellement fermé. Là encore, un groupe de cinq jeunes, mais plus âgés (dans les 18 ans), tous venus à moto et assis à l'ombre d'un bâtiment. L'ambiance est un peu plus dure et les attitudes sont plus méfiantes, mais une certaine confiance finit par s'installer. J'apprends que c'est ici le lieu favori de ce groupe, parce qu'il s'y trouve une section de voie quasi inutilisée sur laquelle il est possible de faire pas mal de choses plus ou moins légales à moto, ce qui offre de temps à autre de franches parties de rigolade avec les "schmitz" (les keufs, quoi, dans le langage des vieux) : "Quand ils arrivent, on a nos coins pour se cacher, et on attend jusqu'à ce qu'ils soient partis". Les propositions pour le site se mettent à fuser, pas toujours très adaptées au futur plan de gestion ("Un champ de cannabis !", "Des putes, ouaah, nous on veut des putes !), mais aussi beaucoup plus réalistes ("aménager un accès à la plage pour pouvoir aller se baigner, nettoyer la plage, installer un coin pour les grillades dans le genre buses en ciment"). De quoi alimenter le diagnostic d'usage social, donc, mais aussi un aperçu des difficultés de "normer" l'usage d'une friche péri-urbaine qui, d'espace de liberté, peut vite dégénérer vers une zone de non-droit.

     


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  • L'arbre de l'amitié et le rocher kitkatLe 30 avril, je conclus une soirée ornithologique en allant rendre visite, dans la petite ville de Lochrist (Morbihan), à une colonie d'hirondelles de rivage installée sur la berge du Blavet. Comme la nuit tombe, les oiseaux ont dû aller se coucher, par contre je remarque au bord de la rivière de grands panneaux blancs posés çà et là par les services de la commune. Sur le premier figure une belle photo d'un groupe de quatre adolescentes, dont trois juchées dans un arbre, avec cette légende : "Ça fait huit mois qu'on se retrouve dans notre arbre de l'amitié au square Lenglier avant de prendre chacune son bus. On parle de tout, de fringues... la mode en ce moment, c'est les clous et la dentelle !". Que viennent faire ici ces collégiennes de Pontivy ? Les autres panneaux présentent de tout aussi belles photos de collégiens morbihannais et m'intriguent : qui donc s'intéresse ainsi à des jeunes, à des ados ?

    L'arbre de l'amitié et le rocher kitkatJe reviens le lendemain pour voir la chose en plein jour, et là je découvre une vaste exposition en plein-air, œuvre de la photographe Stéphanie Tétu, intitulée "Le chemin des écoliers" et commandée par le Conseil Départemental du Morbihan. Cette approche me va droit au cœur, car nous sommes en plein dans les sujets qui nous occupent ici - les enfants, les jeunes, les trajets et activités entre le domicile et l'école, etc. Les photos, toutes très belles et pleines de vie, témoignent avec beaucoup de sensibilité du quotidien des élèves - des villes, des campagnes, des îles... - qui doivent pour certains faire de long trajets pour se rendre au collège. Elles nous montrent des univers d'arrêts de bus, de squares, de routes de campagnes, de cours de collèges, de parkings, de bouts de paysages entrevus à travers la vitre d'un autocar... Sur chacune d'elles apparaissent des jeunes qui n'ont pas L'arbre de l'amitié et le rocher kitkatforcément la vie facile, mais arrivent toujours à se trouver des espaces de liberté pour bavarder, rire, jouer, bouger, se bécoter... On y entrevoit l'importance sociale de l'arrêt de bus pour causer, du vélo et du scooter comme moyens d'autonomie, ainsi qu'une capacité confondante à s'approprier des lieux ingrats ou quelconques - "l'arbre de l'amitié", bien sûr, mais aussi cette grosse pierre à un carrefour, assortie de ce commentaire : "Après l'école, on va discuter sur notre rocher kitkat".

    Par une étonnante coïncidence, cette exposition est présentée dans la commune même où j'ai entendu tout récemment (voir ci-avant dans ce blog) des propos d'adultes sur "les-jeunes-qui-ne-sortent-plus-de-chez-eux", tandis que dans une commune limitrophe est présentée une autre exposition photo L'arbre de l'amitié et le rocher kitkatde plein-air consacrée aux quartiers HLM de la ville et dans laquelle n'apparaît aucun jeune. Voilà qui rétablit un peu l'équilibre. Merci à la commune d'Inzinzac-Lochrist, à Stéphanie Tétu et au Département du Morbihan d'ouvrir notre regard sur cet univers des ados, si souvent méconnu ou méprisé.


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  • Oui aux jeunes !Nous avons beaucoup parlé des enfants ces derniers temps, et c'est là un sujet plutôt facile car chacun sait que jusque vers 12 ans ils sont gentils mignons tout plein, tandis qu'avec les ados c'est une autre paire de manches : ils glandent, quand ils ne sont pas devant leur ordi c'est qu'ils sont dehors à faire des c...ries, on leur propose des activités et ça ne leur plaît pas, bref, rien que des des problèmes.

    En Amérique du nord, on voit aujourd'hui fleurir dans les espaces publics les panneaux "No loitering" (traduit par "défense de flâner" au Québec, comme le savent nos lecteurs), censés tenir à l'écart et repousser plus loin tous ceux qui aiment traîner ("hang out"*), notamment les jeunes et les marginaux. Mais c'est aussi aux Etats-Unis qu'est né le projet "Yes Loitering", pas facile à traduire autrement que par "Oui, vous êtes les bienvenus à traîner ici". Le site américain Urbanomnibus nous apporte des informations très intéressantes sur ce projet. Un petit aperçu :

    "Rappelez-vous quand vous étiez un ado. Où aimiez-vous traîner ? Vous alliez peut-être chez des amis, ou dans un centre commercial, ou peut-être aviez-vous un lieu secret à l'abri du regard suspicieux des adultes. Sans doute n'y avait-il pas à cette époque tellement d'endroits où vous puissiez vous sentir indépendant et comme chez vous. C'est un sentiment répandu quel que soit l'endroit où vous ayez grandi. Les jeunes gens ne sont pas seulement les oubliés de nos villes : nous les en rejetons. Qu'ils soient considérés comme des nuisances ou des menaces pour la sécurité, les jeunes sont souvent victimes de restrictions légales, spatiales et sociales qui limitent nos possibilités de "traîner" - d'être nous-mêmes dans l'espace public.

    Nous, au Projet Yes Loitering, sommes un groupe de six jeunes de 15 à 18 ans du South Bronx, travaillant avec l'artiste et designer Chat Travieso pour faire des recherches sur les rapports entre jeunes et espace public. Sur quatre mois de 2017, nous avons conduit des entretiens en groupes, des interviews avec des experts du développement des jeunes, de l'aménagement d'espaces publics et du monde de la Justice. Nous avons observé des lieux que les jeunes aiment fréquenter, mené des conversations, des enquêtes et des ateliers avec nos amis et d'autres jeunes. Nous avons étudié les manières dont les jeunes sont visés dans les espaces publics et développé des idées sur les manières d'associer les jeunes à la création d'espaces publics qui leur soient sûrs et accueillants".

    La suite  au prochain épisode... mais d'ici là, allez voir le très stimulant article sur Urbanomnibus, qui ne se contente pas de déplorer mais propose des méthodes de travail.

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    * Quelques considérations linguistiques : on notera que "to hang out" n'a pas de connotation péjorative à la différence de sa traduction française "traîner". A l'inverse, le terme québécois correspondant, qui est "flâner", est très négatif, à la différence du même mot en "français de France", qui évoque une activité agréable et innocente.

    Illustration extraite du site Urbanomnibus.

     


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