• Pause estivaleDans l'émission de France-Culture citée par l'article précédent, il est demandé aux participants quelle est pour eux la plus belle ville du monde, celle dans laquelle ils préféreraient vivre. David Mangin évoque Melbourne, le journaliste Olivier Razemon cite Montréal, et l'anthropologue Eric Chauvier déclare sans ciller qu'il s'agit de Saint-Yrieix-la-Perche, un paisible chef-lieu de canton de 6800 habitants, situé en Haute-Vienne. On peut soupçonner M. Chauvier d'un léger parti-pris, du fait qu'il est natif de cette localité. Toutefois ma  curiosité s'est trouvée piquée, et je m'en vais donc visiter d'ici peu cette petite ville qui doit sûrement héberger des sociotopes incomparables, dont je vous rendrai compte.

    Avec quelques autres visites j'en ai en tout pour trois semaines, et comme je ne blogue pas pendant les vacances je vous donne rendez-vous à partir du 22 juillet. A bientôt !

    Photo : ville de Saint-Yrieix.


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  • Devoir de vacancesPour vous entraîner à la dissertation, je vous propose de commenter ce propos de l'urbaniste David Mangin, entendu dans une émission de France-Culture sur le thème de "la ville moche" (diffusion le 22 mai 2019) :

    "Il y a une idée reçue, c'est que dans une ville tout doit être animé, tout doit être sympa, rigolo... Or je pense que dans une ville, il y a des places ennuyeuses, et tant mieux. Même dans une place, il y a un côté ennuyeux et un côté au soleil. Donc ça fait partie d’une ville d'avoir des places animées et d'avoir des places pas animées".

    Vous avez deux heures.


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  • "Une vision pour le lieu"Une des idées les plus fortes portées par Project for Public Spaces et plus largement par le mouvement du Placemaking, c'est la nécessité de définir "une vision pour le lieu", lorsqu'il s'agit de réaménager et de mettre en valeur un espace public. En d'autres termes, il s'agit de proposer une idée autant que possible mobilisatrice, suffisamment séduisante et réaliste pour donner envie à des gens d'adhérer au projet et, mieux encore, de participer à le mettre en œuvre. Cette idée peut tenir en peu de mots, voire être un slogan, l'essentiel étant qu'elle donne un sens et qu'elle marque les esprits.

    Cette approche semble élémentaire, et pourtant, bien des "pros" croient pouvoir s'en dispenser, pressés qu'ils sont de montrer leur savoir-faire dans des considérations techniques. Lors de ma réunion publique de l'autre jour au sujet de l'aménagement d'un quai de ma ville, la présentation part immédiatement sur les divers matériaux (y compris les bancs en blocs de granite !) qui vont être mis en œuvre, et je m'étonne que l'on ne prenne pas une ou deux minutes pour rappeler à l'assistance quelle est l'idée forte du projet (faire une promenade piétonne agréable, créer un lieu de repos permettant le contact avec l'eau et la contemplation d'un paysage urbain, conserver la capacité de stationnement actuelle... ?). Plus récemment encore passe sous mon nez un projet d'aménagement d'un parvis de gare, avec des dessins techniques où les emplacements des bus et les places de parking sont bien dessinés, et tout cela est peut-être très bien, mais on a envie de demander "C'est quoi, l'idée" ? Et, par exemple, s'agit-il d'inciter les usagers à sortir de là le plus vite possible, ou de faire de ce parvis un lieu de vie avec des qualités spécifiques, susceptible de retenir ou d'attirer des gens qui pourraient participer à l'animation d'un quartier tombé en léthargie ? De la réponse à cette question découlent des choix importants dans les modalités d'aménagement de l'espace. Il restera à voir si lors de la réunion publique, on prendra la peine d'exposer l'esprit du projet, ou si on partira immédiatement dans de la gestion de flux, des dimensionnements de parkings et des rayons de giration des bus.


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  • Voilà 20 ans que l'urbaniste suédois Alexander Ståhle a mis au point et pratiqué la méthode des sociotopes, d'abord au sein des services de la ville de Stockholm où il travaillait, puis dans le cadre de son bureau d'études Spacescape, dont il est le directeur. Cette méthode est aujourd'hui utilisée par d'autres structures, publiques ou privées, mais il peut être intéressant de voir comment Alexander Ståhle et ses collègues ont fait évoluer la pratique depuis les origines. Pour cela, on peut prendre l'étude la plus récente (ville de Täby au nord de Stockholm, 60 000 habitants, rapport publié en mars 2019). Ce document est téléchargeable ci-dessous, j'en ai traduit les titres ainsi que quelques éléments de contenu.

     On note d'abord qu'il n'est pas question ici de sociotopes, mais de "valeurs sociales des espaces verts", ce qui est à première vue la même chose. Toutefois, à la différence des "études de sociotopes" au sens strict, que Spacescape continue à produire (commune de Lidingö, 2014 ; commune de Lund, 2018), il n'y a pas eu ici de travail de terrain, mais uniquement un travail d'enquête. Ceci illustre une tendance à rechercher des économies sur le travail de terrain et à privilégier les nouvelles technologies, dans un pays très avancé en la matière.  On relève également que l'enquête a privilégié l'outil de la cartographie participative, que Spacescape a fortement développé ces dernières années : les habitants étaient invités à repérer sur carte leur espace extérieur favori, à le décrire et à apporter diverses informations ou propositions. Les 1025 réponses obtenues (dont 20% émanant de moins de 20 ans) ont permis d'avoir un bon échantillonnage. Cette enquête a été complétée par des entretiens avec six groupes-cibles, composés d'habitants et de représentants d'organisations diverses.

    Au plan de la présentation, le rapport est nettement allégé et plus "visuel" que dans les débuts. C'est le cas également pour les études réalisées à Lund et Lidingö. Des grandes photos, des graphiques simples, des cartes claires, des paroles d'habitants permettent d'aller à l'essentiel. Cela va à l'encontre de la tendance actuelle à l'inflation des rapports d'études et c'est une bonne chose. On relève également que l'austère système de lettres-codes désignant les "valeurs de sociotope" (ici les "valeurs sociales") est remplacé par 15 pictogrammes de cinq couleurs différentes, ce qui est plus pratique et agréable. Soit dit en passant, le fait d'avoir à classer dans ces catégories les réponses des participants peut nécessiter un substantiel travail de "recodage", comme disent  les sociologues.

    Ce rapport constitue un des deux piliers du nouveau "plan vert" de la commune de Täby, l'autre étant une étude sur la biodiversité et les réseaux écologiques. On soulignera que les deux thèmes sont traités sur le même plan. Confrontée à une forte croissance de sa population et donc à une pression accrue de l'urbanisation, cette commune de la périphérie de Stockholm a besoin de savoir avec précision ce qui mérite d'être préservé ou développé en matière d'écologie et d'espaces verts, et ces deux études le permettent.

    La tendance à privilégier l'enquête en ligne dans les études suédoises de sociotopes, et à réduire le travail d'observation sur le terrain, présente l'avantage de réduire les coûts et donc de faciliter la généralisation de telles études. En revanche, la réduction ou la disparition du travail du terrain prive d'informations précieuses - tout comme en écologie, où la tendance est aux études "hors-sol" sur un écran d'ordinateur. L'enquête en ligne a aussi l'inconvénient de ne s'adresser qu'à un public "connecté", alors que le travail sur le terrain permet de contacter des gens "non connectés", ou pas spécialement désireux de participer à des enquêtes.


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  • "Parkulator", du parking au parc urbainSi le risque de vous faire lyncher en réunion publique vous procure des frissons agréables, voici un outil qui peut vous intéresser : il s'agit de Parkulator, qui calcule automatiquement les surfaces de parcs publics - et aussi le nombre de logements - qu'il serait possible de créer sur les espaces de stationnement dans le territoire de votre choix.

    Vous déterminez la localité qui vous intéresse n'importe où dans le monde, vous entourez de quelques points l'aire que vous voulez analyser, et Parkulator vous donne les résultats immédiatement. L'outil est basé sur les informations fournies par OpenStreetMap, et d'après mes essais il est globalement fiable. De toute façon le propos n'est pas d'être précis au mètre carré près, mais de donner une idée de la place consommée par les parkings et de suggérer qu'elle puisse être utilisée autrement. C'est là que les choses se corsent, bien sûr, car quand on voit de temps à autre dans les faits divers que des gens se font tuer ou tabasser pour un conflit autour d'une place de parking, on se dit que pas mal d'automobilistes deviendraient fous de rage à la simple idée que l'on puisse convertir "leurs" parkings en espaces verts. A vous, donc, de faire preuve de tact et de pédagogie dans l'utilisation de cet outil, de manière à ce qu'il aide à réfléchir et qu'il ne vous explose pas à la figure.

    Merci à Simon Georget pour l'information.


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  • L'architecte et la rueLes architectes, c'est comme les paysagistes évoqués ici il y a quelques semaines : nous avons bigrement et plus que jamais besoin d'eux, mais il peut leur arriver de faire de grosses boulettes, qui ont l'inconvénient de rester longtemps dans le paysage. Et puisque le commentateur du précédent article me tend la perche, c'est le moment de rappeler que certains ont suffisamment d'humour pour se moquer un peu d'eux-mêmes ou de leur profession. C'est le cas de Philippe Trétiak, auteur de "Faut-il pendre les architectes ?", c'est aussi celui de l'architecte lettone Evelina Ozola, dans une excellente conférence TedX intitulée "Architect's hands : how can we design better streets ?".

    Elle commence son exposé ainsi : "Pendant très longtemps, nous avons cru que la main d'un architecte devait ressembler à ceci", et elle désigne sur l'écran une main surplombant la maquette d'un quartier moderniste, avec des tours d'immeubles et de larges avenues. Cette main - sa forme, son geste - nous fait tout de suite penser à celle de Dieu, au plafond de la chapelle Sixtine. On est là dans une représentation symbolique de l'architecte-démiurge, qui de ses mains expertes pétrit la pâte informe de la ZAC pour en faire surgir la Ville. Et Mme Ozola poursuit : "Les architectes sont toujours habillés de noir [comme elle !], et ils savent mieux que quiconque comment nos villes doivent fonctionner. Ils construisent des maquettes, et ils les regardent d'en haut. Une main d'architecte est comme la main d'un dieu. Celle-ci appartient à Le Corbusier, et sur cette photo iconique, il présente une maquette du plan Voisin [projet pour le centre de Paris, financé par un constructeur d'automobiles]". S'ensuit une critique du mouvement moderniste, rappelant au passage que les urbanistes d'aujourd'hui doivent essayer de réparer les erreurs propagées par "ce type" et surtout par ses doctrines.

    L'intérêt principal de cette conférence n'est pas dans cette énième dénonciation des thèses de Le Corbusier,  mais dans la relation de l'engagement de Mme Ozola en faveur de rues agréables à vivre, et plus encore d'une expérience de transformation de rue qu'elle a conduite à Riga. A la manière de l'architecte danois Jan Gehl, elle promeut l'observation de terrain et les approches "hands-on", qu'on pourrait traduire par "mettre les mains dans le cambouis". Elle exprime également sa dette à l'égard de Rotterdam, qui lui a apporté des quantités d'idées pour sa ville. Je ne vous en dis pas plus sur la suite de cet exposé qui est limpide et enthousiasmant. Je précise seulement que la conférencière appelle les architectes à changer de temps en temps de posture pour devenir des facilitateurs et des formateurs, et pour expérimenter eux-mêmes sur le terrain au moyen d'aménagements réversibles - une posture à la fois plus humble et plus proche des gens, à l'opposé de cette "main de Dieu" qui ouvre l'exposé. Sa conclusion : "Je souhaite vraiment qu'à l'avenir, il y ait plus d'architectes et d'urbanistes à se référer moins à des visions mégalomaniaques et davantage à leur humanité".


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  • Toujours les bancsHier soir, j'assiste à une réunion publique sur le réaménagement d'un quai bordant l'estuaire qui traverse ma ville. Le projet est présenté par un collaborateur d'un bureau d'études techniques et par une architecte du patrimoine, associée à l'opération car on se trouve ici aux abords de monuments historiques. Arrive le moment où il est question du mobilier, et on nous fait voir un modèle de parallélépipède de granite qui est censé servir de banc.

    Vous devinez la suite : je demande si à la place, il ne serait pas possible d'avoir des vrais bancs, dotés d'un dossier pour offrir un minimum de confort, et on me répond que ces choses en granite ont été retenues pour des motifs d'harmonie paysagère. Je ne relève pas que les plantations d'arbres de Judée prévues par le projet peuvent paraître un peu singulières au bord d'un estuaire breton, et je reviens à la charge en demandant à l'architecte si elle aimerait s'asseoir sur un bloc de granite sans dossier pour lire au bord de l'eau. Elle botte en touche en me répondant que le projet prévoit non seulement des "bancs", mais aussi des linéaires de corniches "relativement confortables" pour s'asseoir. C'était l'adverbe de trop, qui suscite d'ailleurs quelques sourires dans l'assistance, car je suggère que tant qu'à faire, on pourrait offrir au public des sièges tout simplement confortables, et pas "relativement".

    Le sujet revient sur le tapis au cours des échanges, un autre participant s'associant à ma demande de bancs confortables. L'architecte lui répond que "on l'a bien noté". Pourtant, quelque chose me dit que nous n'allons pas échapper aux blocs de granite, car le confort est une préoccupation triviale qui ne saurait prévaloir sur l'Esthétique, laquelle nous apporte des satisfactions autrement plus élevées. Si ce blog existe toujours en 2022, date à laquelle l'aménagement devrait être achevé, je ne manquerai pas de vous apporter l'information.

    Photo : une belle collection de "bancs" en granite au bord de l'Hudson à New-York.


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  • Du 3 au 7 juin avait lieu à Saint-Brieuc la "Breizh COP", sur le thème "La Bretagne s'engage pour le climat". La journée du 4 juin était consacrée au thème "Les territoires innovent", et dans ce cadre, le travail réalisé avec les enfants et les jeunes de Noyal-Muzillac autour de l'aménagement du bourg a fait l'objet d'un petit exposé. Le rapport entre cette expérience et le climat était a priori un peu tiré par les cheveux, mais c'est notre cher Pascal Bruckner qui nous l'a fourni - bien involontairement, d'autant que ce fut une occasion supplémentaire de lui donner une bonne claque.

    Le propos de cet exposé n'était pas de présenter cette opération comme exceptionnelle, mais au contraire de porter le message "Faites-le vous-même" en montrant que les méthodes à mettre en œuvre sont à la portée de tout le monde. Qu'on se le dise !

    La présentation est téléchargeable ci-dessous.


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