• Les enfants dans la villeUn article paru en 2015 dans l'excellente revue en ligne "Métropolitiques" (Les enfants dans la ville) propose une synthèse intéressante sur ce sujet ainsi que diverses références permettant d'approfondir la question (par exemple l'article "Une ville pour les enfants", dans la même revue).

    Selon ce dernier article, "sans doute plus développées dans le monde anglophone que francophone, les new social studies of childhood s’attachent à produire une nouvelle visibilité de l’activité des enfants dans la ville. Elles prennent du même coup à revers « l’hypothèse répressive », celle d’une domination sans faille des enfants par les adultes, qui suppose des enfants « faibles », soumis et dépendants. Au contraire, elles visent à mettre en valeur des compétences enfantines et à les montrer à l’œuvre dans l’accès, l’usage et l’attachement aux espaces du quotidien. Elles accordent aux enfants un sens vécu et une maîtrise pratique de leur environnement, des compétences spatiales cognitives et cartographiques, pour traduire ici le terme anglais mapping abilities. Si ces compétences ne sont pas du même ordre que des représentations géométriques et projectives qui seraient celles d’une vision adultocentrique de l’espace, elles n’en sont pas moins partagées dès le plus jeune âge, donnant accès au propre point de vue des enfants sur les lieux qu’ils habitent". C'est bien le sens des initiatives suédoises que nous avons présentées ici ces derniers temps.

    Il est cependant dommage qu'au delà de savantes considérations, et de l'habituelle déploration du manque de place des enfants dans les politiques urbaines, ces publications ne proposent pas grand-chose en matière de réalisations et de méthodes de travail permettant d'impliquer les enfants. C'est pourquoi nous allons continuer à travailler là-dessus, en exploitant sans vergogne les méthodes suédoises et en essayant d'en mettre en œuvre certaines dans deux communes du Morbihan (dans le cadre d'un projet d'aménagement de bourg, et d'une révision de Plan local d'urbanisme). A suivre !


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  • Les exemples qui ont été présentés ces derniers jours nous suggèrent :

    - Que l'implication des enfants dans des projets ou opérations d'urbanisme peut concerner des collectivités de toutes tailles, puisque les communes citées vont de 7700 à 650 000 habitants.

    - Que le degré de participation peut être variable (plus faible et avec davantage d'implication des adultes s'ils sont très jeunes), mais sans que cela n'influe nécessairement sur la qualité du résultat.

    - Que les outils et méthodes de participation ainsi que le degré d'encadrement doivent être adaptés à l'âge des participants.

    Mais il serait intéressant de savoir, cinq ans après cette étude, ce qu'il est advenu de ces initiatives (quels ont été leurs résultats concrets, se poursuivent-elles actuellement, ont-elles fait école...?). Pour cela, il y aurait encore d'autres recherches à entreprendre sur le net, ce que je vais essayer de faire pour certaines communes (notamment la plus petite, Hällefors). Il serait bien de savoir également si, au-delà de ces quelques communes citées en exemples, la participation des enfants à la planification urbaine est véritablement répandue en Suède ou si elle n'a qu'un caractère ponctuel - et là dessus il y a des réponses, car l'étude de Stefanie Oestreich comportait également un chapitre analysant les pratiques de toutes les communes de la région de Stockholm. Enfin, le plus important serait peut-être de savoir comment ces initiatives trouvent leur place dans les procédures de prise de décisions par les autorités locales - les jeux de constructions ou les "ateliers post-it", c'est bien sympathique, mais qu'en reste-t-il lorsqu'il faut rendre des arbitrages et décider ?


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  • L'enfant et la planification urbaine : cas pratiques (2)Suite et fin de l'article précédent :

     

    Ville d'Örebro (130 000 habitants)

     

    Objet : Planification d'un nouveau centre d'échanges.

     

    La municipalité d'Örebro a elle aussi choisi d'impliquer les enfants dans la planification d'un nouveau centre d'échanges. L'accent est mis sur la participation des enfants plus âgés. Ceux-ci ont entre 16 et 19 ans et suivent des cours axés sur les technologies de l'information, le design, l'environnement ou l'entrepreneuriat. Le premier groupe de jeunes ayant eu l'occasion d'exprimer leurs pensées était des stagiaires qui travaillaient sur le projet. Le projet de participation a débuté avec des explications sur la structure et les responsabilités au sein de la municipalité et dans le domaine de l'aménagement, ainsi qu'avec une formation approfondie sur la Charte des droits de l'enfant. Un objectif est de développer et d'acquérir de l'expérience avec des méthodes impliquant les enfants dans les processus de planification. Le projet porte sur la refonte d'un centre d'échanges datant de 1860 qui coupe la ville en deux, ce qui est problématique pour les habitants et augmente les besoins de déplacements.

     

    Les nouvelles idées sont d'un grand intérêt. Jusqu'à présent, les jeunes se sont concentrés sur le développement d'abribus utilisant la technologie informatique. Ils veulent avoir des contacts avec les autorités et sont motivés par le fait que la mission est connectée à la réalité. Il est donc important que les autorités soient ouvertes à l'influence des jeunes.

     

    Ville d'Östersund (50 000 habitants)

     

    Objet : Plan d'aménagement du quartier de Torvalla

     

    Le projet de participation porte sur un plan d'aménagement de détail dans le quartier de Torvalla. Le secteur d'étude est situé dans une zone naturelle populaire et très fréquentée. Des parties de la zone sont prévues pour être construites. Le but du projet est de sauvegarder les parties et fonctions de ce secteur qui sont importantes pour les enfants. Les écoles et les établissements préscolaires adjacents sont impliqués dans différentes activités afin d'analyser où les enfants jouent et quelles sont leurs idées pour le quartier. Des enfants de différents âges sont impliqués dans le projet et différentes méthodes sont utilisées telles que la peinture, le photomontage, le dessin sur des photos aériennes ou la construction de petites maisons.

     

    La participation des enfants d'âge préscolaire a été introduite par une promenade dans la forêt. Une mascotte, l'élan "Trampe", est devenue la figure centrale de la participation. "Trampe vit dans la forêt. Comment a-t-il envie que ce soit là-bas ?" Le travail a été conduit avec l'aide de cartes et de photos aériennes. 13 enfants ont été invités à présenter leurs idées aux architectes et aux cartographes de la ville.

     

    L'accès des enfants plus âgés à la participation et à des remue-méninges a été abordé dans une perspective historique : "Que se passait-il ici il y a cent ans et pourquoi ?" Le processus de participation s'est concentré sur la méthode de construction du modèle. Les modèles ont été présentés au public, y compris les fonctionnaires et les élus. Les médias ont également été impliqués et ont soutenu l'attention portée au projet. Le but final est de créer un plan de projet dont les enfants soient satisfaits. Il est prévu une journée d'évaluation des résultats de la participation.

     

    Résumé / réflexions

     

    Toutes les municipalités axent leur projet de participation sur différents aspects de la planification urbaine. Les groupes cibles sont choisis en fonction de la nature du projet. Il est important que les enfants puissent s'appuyer sur le sujet. Plus un sujet est abstrait, plus les enfants impliqués doivent être âgés. Le groupe d'enfants impliqués à Örebro, par exemple, est limité aux plus de 14 ans. Cela peut s'expliquer par l'objectif du projet, qui traite d'un sujet assez abstrait : il s'agit de trouver des idées pour améliorer une gare existante, et pour relier deux parties de la ville entre elles. La ville de Trelleborg traite également d'un sujet similaire, mais elle a choisi d'impliquer les enfants d'un groupe d'âge plus large. Par conséquent, il y avait des questions très concrètes dans lesquelles des jeunes enfants pouvaient se retrouver, comme «Imaginez que vous alliez chercher vous-même votre grand-mère à la gare.»

     

    Si l'on veut situer ces deux projets sur une échelle de la participation, on peut les mettre à différents niveaux. Tandis que les enfants d'Örebro se tournent eux-mêmes vers les autorités et lancent leurs propres projets, le projet de participation à Trelleborg est entièrement guidé et organisé par des adultes, ce qui a priori n'est pas un indice de qualité ni de succès pour un projet de participation avec des enfants. Il faut souligner que, pour chaque projet, le degré de participation mérite réflexion : un degré plus élevé de participation ne signifie pas que le projet est meilleur. Ce qui compte, c'est le résultat, et il peut être préférable de diminuer l'indépendance des enfants si on se rend compte qu'on leur en demanderait trop. Lorsque les très jeunes enfants sont impliqués, le degré ne peut pas être trop élevé, et le soutien d'un adulte est nécessaire pour travailler avec eux. Mais comme le montrent les exemples, cela ne signifie pas qu'il n'est pas possible d'atteindre de bons résultats avec des méthodes très ludiques. C'est seulement une façon de classer les projets et cela ne préjuge pas de leur succès.

     

    Photo : atelier d'enfants dans le quartier de Torvalla à Östersund. Source : öp.se.


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  • L'enfant et la planification urbaine : cas pratiques (1)Voilà comment ils s'y sont pris dans six communes suédoises pour associer les enfants et jeunes à des projets d'aménagement urbain (extrait du rapport de Stefanie Oestreich, 2012, mentionné antérieurement). Pour l'instant, je vous livre le matériau brut (traduit avec quelques coupes), pour que vous puissiez y piocher des idées - ce que je manquerai pas de faire pour ma part. Je vous livrerai ensuite un résumé et des commentaires.

    ______________________________________

    Actuellement [2012], le Département suédois de la circulation et le Service suédois du logement mènent un projet pilote visant à promouvoir le rôle des enfants dans les projets communaux d'aménagement. Ils en attendent de nouvelles pratiques dans le domaine de la planification des gares, des quartiers d'habitat et des voies de circulation. Six municipalités ont été choisies pour cette étude pilote : Borlänge, Göteborg, Hällefors, Trelleborg, Örebro, Östersund.

     

    Les municipalités sont chargées d'initier les projets et de coopérer avec les écoles et les garderies pour donner aux enfants la possibilité de participer et d'exprimer leurs idées et réflexions. Le rôle des administrations d'Etat se situe dans la gestion globale du projet. Il leur appartient de coordonner les projets, d'aider la municipalité à les conduire et d'apporter un soutien financier et technique. Les résultats feront l'objet d'un rapport au gouvernement à l'automne 2012.

     

    Ville de Borlänge (42 000 habitants)

     

    Objet : Plan d'aménagement du quartier "Jakopsgården"

     

    C'est un projet de développement et de transformation à long terme comprenant une analyse de la structure du trafic, des voies piétonnières et cyclables, des zones de loisirs, des bâtiments et des lieux de rencontre. Il est réalisé par la société communale de logement. Environ 40 % des habitants de la région sont des enfants et des jeunes de moins de 19 ans, et il s'agit de les impliquer activement dans le processus de planification.

     

    La municipalité a choisi de coopérer avec deux classes d'une école ainsi qu'avec un professeur d'un collège/lycée. Les deux classes de quatrième année (env. 10 ans) travaillent sur le chemin de l'école et les endroits où les enfants jouent. L'enseignant travaille avec les élèves de la septième à la neuvième année (env. 13 à 16 ans) sur la question de savoir où les jeunes se rencontrent et se déplacent dans le quartier. Les méthodes choisies sont, entre autres, le dialogue avec les habitants, les sorties à pied avec les enfants, la construction de maquettes, le théâtre et l'analyse de l'impact des projets sur les enfants.

     

    Ville de Hällefors (7700 habitants)

     

    Objet : Amélioration de la sécurité des écoles primaires et leurs abords

     

    Le but de ce projet est d'analyser avec les enfants leur école primaire et les lieux qu'ils visitent avant et après l'école. En outre, il s'agit d'identifier les méthodes qui peuvent être utilisées dans la planification du trafic afin de pouvoir les utiliser de manière régulièrement par la suite.

     

    La municipalité travaille sur ce projet en coopération avec le service de l'environnement et du logement du comté. Les enfants participants sont âgés de 7 à 16 ans, donc les méthodes doivent être adaptées à l'âge. Celles-ci comprennent les dialogues en classe, la communication via les pages Web, les réseaux sociaux et les outils informatiques tels que les SIG.

     

    Ville de Göteborg (640 000 habitants)

     

    Objet : Un réseau d'enfants dans l'aménagement du territoire

     

    La commune de Göteborg crée chaque année environ 2000 nouveaux logements, la plupart situés dans des zones centrales. Le projet vise à dialoguer avec les enfants sur les développements futurs afin d'obtenir entre autres des modèles utilisables pour les études d'impact des projets sur les enfants. Un autre objectif est de disposer d'outils et de méthodes éprouvées pour impliquer les enfants en amont des processus de planification.

     

    Les enfants participent à des projets variés dans les différents quartiers. Leur participation est liée à des projets d'aménagement concrets. Les outils et méthodes de participation sont continuellement testés. L'objectif est de diffuser la participation des enfants dans des projets d'urbanisme qui n'en tiennent pas compte pour le moment.

     

    Ville de Trelleborg (28 000 habitants)

     

    Objet : conception d'une gare combinée à un centre d'échanges.

     

    La municipalité implique les enfants dans la conception de la nouvelle gare et d'un centre d'échanges. C'est un projet où beaucoup d'opinions différentes existent, car il aura une grande influence sur le centre-ville. Le projet vise à impliquer les enfants de la première à la douzième année (7 à 19 ans) dans la conception d'un environnement attrayant et sécurisé. Tout le monde travaille sur la question de savoir comment le chemin vers l'école et vers d'autres institutions importantes du quartier devrait être conçu pour être fonctionnel pour les enfants.

     

    Les questions posées aux enfants diffèrent selon l'âge. Pour les plus âgés, les questions sur le système de bus ainsi que les lieux où ils peuvent rencontrer leurs amis pour «traîner» sont d'une plus grande importance. Pour les plus jeunes, âgés d'environ cinq à six ans, le processus de participation a commencé avec la tâche de créer un livre dans lequel ils ont inscrit pendant leurs vacances d'été ce qu'ils aiment faire dans leur quartier. Où vivent-ils et quels moyens utilisent-ils pour se rendre dans les lieux ? Le livre est utilisé comme matériel de travail pour les ateliers en cours. Dans l'un de ces ateliers, la gare maritime a été visitée et des questions sur son fonctionnement ont été posées. De retour à l'école, les enfants ont réfléchi aux magasins qu'ils avaient longés et aux raisons pour lesquelles ils se trouvaient là. Une tâche pour eux était alors de travailler sur la question de savoir à quoi une gare doit ressembler, afin qu'ils puissent se repérer commodément. «Imaginez que vous deviez aller chercher votre grand-mère à la gare par vous-même, à quoi doivent ressembler les panneaux indicateurs et où doivent-ils être placés pour que vous puissiez les comprendre ?»

     

    Les enfants sont rejoints par les écoles locales, les centres d'activités pour les loisirs, le conseil des jeunes de la municipalité sous forme d'ateliers, de séminaires et de visites d'étude. Pour les enfants plus âgés et les jeunes adultes âgés de 16 à 24 ans, une page Web est utilisée pour les impliquer dans le processus de planification.

     

    En juin 2012, les résultats des projets seront présentés par les enfants lors d'une grande exposition à la gare centrale.

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    Image : "De meilleures bases pour la planification urbaine grâce aux connaissances et à l'expérience des enfants. Moins de contentieux, et des procédures plus rapides". Lieu : Göteborg. Source : Trafikverket.


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  • "La ville à taille humaine", de Jan GehlIl est grand temps de présenter le livre de Jan Gehl, évoqué ici il y a quelques jours et traduit "même en français" (par l'éditeur québécois Ecosociété). La traduction du titre original, "Cities for People", n'est peut-être pas très heureuse, parce qu'elle semble renvoyer à nos débats sur les questions de hauteur et de densité d'immeubles alors que ce n'est pas là le thème central.

    Citons ici la présentation que fait de ce livre Sybille Vincendon dans Libération : "Jan Gehl aménage les rues et les places des villes à partir d’un élément de base : nous. Notre taille, notre vitesse de déplacement à pied, notre regard, notre propension à nous sentir bien en compagnie de nos congénères, pourvu qu’ils soient à juste distance, forment ses matériaux de base pour concevoir l’espace public. Il regarde comment les gens vivent et s’arrangent pour que les lieux qu’il dessine leur correspondent. En général, les aménageurs font le contraire : aux habitants de s’adapter. Cette pensée de «la ville à échelle humaine», qui a contribué à faire de Copenhague un modèle urbain, est presque inconnue en France. Elle est modeste, efficace et à écouter d’urgence."

    Abondamment illustré d'exemples pris dans le monde entier, ce livre constitue la somme de toute une vie d'observation et d'expérimentation, il fourmille d'exemples captivants, et il mériterait d'être lu par toutes les personnes qui cherchent à s'intéresser un tant soit peu aux affaires locales. Après l'avoir lu, vous ne verrez plus jamais de la même manière les rues et les espaces publics autour de chez vous !

    274 pages, 500 illustrations, 34 €.

    Ce livre fait suite à "How to study public life", par Jan Gehl & Birgitte Svarre (Island Press, 2013), non traduit en français, qui présente un caractère plus méthodologique et s'inscrit dans la lignée des travaux de W.H. Whyte et des méthodes promues par Project for Public Spaces.


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  • L'Etat, la trame verte et les sociotopes (suite)La "trame verte et bleue" française, instituée en 2009 par la loi "Grenelle 2", est bien dans notre grande tradition culturelle dualiste qui érige des frontières étanches entre le monde naturel et la sphère humaine. A moins que je ne sache pas lire l'article L 371-1 du code de l'environnement, le législateur n'a pas pensé que cette trame pouvait non seulement préserver la biodiversité, mais aussi fournir des services aux populations - en facilitant par exemple l'accès à la nature. Aujourd'hui, les services de l'Etat mettent un soin particulier à faire respecter la doctrine officielle, notamment à l'égard des documents d'urbanisme qui prendraient la liberté de faire un pas de côté.

    En 2013, dans ce blog, j'ai déjà eu l'occasion d'épingler un avis de l'Etat sur le projet de SCOT du Trégor, déplorant que les fonctions sociales de la trame verte et bleue prennent trop de place par rapport à ses fonctions écologiques, et s'irritant de ce que "le SCOT prescrit de réaliser les aménagements opportuns pour favoriser l'accès des habitants à la structure verte et bleue du Trégor". Ces dernières semaines, je viens d'avoir connaissance de deux autres avis de l'Etat (l'un sur un PLU, l'autre sur un SCOT) allant dans le même sens.

    Dans le premier cas, il s'agit d'une commune rurale de Normandie possédant sur son territoire une des plus grandes forêts domaniales de France (5100 ha). Le PLU identifie bien entendu celle-ci au titre de la trame verte et bleue, mais il prévoit aussi d'améliorer le confort et la sécurité d'un chemin pédestre qui relie le bourg à la forêt. L'Etat ne voit rien de positif à dire là-dessus, car le bien-être des populations ne fait pas partie de sa "check-list", mais il déplore qu'il ne soit pas "réalisé d'analyse des incidences négatives liées à la fréquentation du public". La demande n'est pas illégitime, mais on voit clairement où sont les priorités.

    Dans le second cas, il s'agit d'un territoire rural en Bretagne, où le projet de SCOT invite à relier chaque bourg à la trame verte et bleue par un chemin piétonnier et propose d'améliorer l'accès à de grands ensembles naturels, aujourd'hui inaccessibles parce que privés (et pas parce qu'ils présenteraient une sensibilité particulière). Avis de l'Etat : "L'approche relative aux continuités écologiques apparaît très liée au projet de renforcement de l'économie touristique notamment basé sur un objectif de mise en œuvre d'un programme d'ouverture au public des grands ensembles naturels. Cette approche très opérationnelle [sic !] ne peut pas être suffisante. Pour être favorable à la biodiversité, la mise en place de ces liaisons doit obligatoirement [re-sic !] être accompagnée de mesures de gestion du milieu et obligatoirement [!] être réalisée par des personnes qualifiées en écologie capables d'étudier la compatibilité entre fréquentation du public et fonctionnalité écologique", etc. Là encore, pas un mot sur le bien-être des habitants, mais une approche bien bureaucratique histoire de décourager les élus.

    Lors de la conférence d'Alexander Ståhle sur les sociotopes, à Lorient en 2009, la première question qui lui fut posée portait sur les dangers écologiques d'ouvrir des espaces naturels au public. Sa réponse fut qu'il ne connaissait pas un seul cas où il n'avait pas été possible de prévenir tout risque par des mesures élémentaires. Lors de notre voyage d'étude en Suède en 2011, toujours sur les sociotopes, la même question fut posée au responsable d'une association nationale de protection de la nature. Sa réponse fut que son association souhaitait que le maximum de gens puissent accéder au maximum d'espaces naturels, "parce que le jour où un espace est menacé, il n'y aura personne pour le défendre s'il n'y a personne à le fréquenter". Clair, net, et convaincant.


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  • Quand un architecte épouse une psychologue......il commence à s'intéresser aux gens dans la ville, et change définitivement ses pratiques professionnelles après avoir été formé dans l'esprit "moderniste". C'est un des messages portés par Jan Gehl, architecte danois qui a consacré sa vie à promouvoir "l'urbanisme à l'échelle humaine". Vous pouvez le voir et l'entendre ici dans une petite conférence simple, claire et bien illustrée. C'est en anglais (avec des sous-titres anglais approximatifs), mais c'est simple à comprendre et l'accent danois nous aide, qui l'eût cru ? C'est aussi plein d'humour, d'ailleurs Gehl indique à un moment que son livre "Pour des villes à échelle humaine" a été traduit "dans plein de langages bizarres, même le français".

    Dans une autre conférence (avec des sous-titres anglais plus corrects), Gehl brandit sa bouteille d'eau symbolisant un bâtiment en disant que "si vous pensez que ça, c'est de l'architecture, ce n'est pas de l'architecture mais de la sculpture. En réalité, l'architecture c'est l'interaction entre la vie et la forme ; et, alors qu'il est très simple d'étudier la forme, il est beaucoup plus compliqué d'étudier la vie et l'interaction entre la forme et la vie". C'est ce à quoi Gehl s'est consacré durant les 40 années qui ont suivi sa formation d'architecte.


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  • "Sexualiser le vert"...c'est la traduction mot à mot du titre suédois ("Att köna det gröna") d'un mémoire réalisé en 2016 par Kristina Wiklund (université de Luleå) avec le sous-titre "La méthode des sociotopes comme outil pour analyser les usages des espaces ouverts en fonction du genre". [NB : l'infinitif att köna venant du mot kön = sexe ou genre, il vaudrait peut-être mieux traduire par "genrer le vert", mais c'est moins joli que l'allitération du titre d'origine].

    Résumé de l'étude, avant d'approfondir certains points :

    "Rationnel, objectif et neutre par rapport au genre" : voilà des mots censés décrire comment l'urbanisme a été historiquement perçu. La vérité est que les villes dans lesquelles nous vivons sont presque exclusivement planifiées et construites par des hommes, qui ont tendance à refléter des expressions et des expériences masculines. D'un point de vue "Sexualiser le vert"féminin, cela pourrait signifier que la conception des espaces urbains présente des failles.

    Des recherches et des statistiques montrent que les hommes et les femmes pratiquent différemment l'espace urbain. Comment les besoins spécifiques aux genres peuvent-ils être intégrés dans la planification urbaine ? La réponse n'a rien d'évident. Les besoins peuvent d'ailleurs varier d'un endroit à l'autre, de sorte qu'une stratégie qui fonctionne pour un lieu peut ne pas fonctionner pour un autre.

     

     Le but de l'étude a été d'évaluer quelles méthodes peuvent être utilisées pour cartographier les lieux publics dans une perspective de genre, afin de jeter les bases d'une planification urbaine juste.

     

     La théorie du genre et les différences de genre par rapport aux espaces urbains ont été étudiées. Les règles applicables en matière d'égalité des sexes ainsi que les méthodes de planification utilisables pour l'égalité des sexes sont également présentées.

     

     Une étude de cas a été réalisée à Böleäng, un quartier d'Umeå, où une cartographie des sociotopes dans une perspective de genre a été utilisée. Elle comporte une évaluation par l'expert et une évaluation par l'usager. L'évaluation d'expert contient des observations, une analyse spatiale et une analyse de l'accessibilité. L'évaluation de l'usager se base sur un sondage par Internet, quatre entrevues individuelles, un entretien de groupe et un atelier avec les enfants.

     

     Les résultats de l'étude montrent que la cartographie des sociotopes est une méthode utile pour repérer les différences dans l'utilisation des espaces urbains entre les hommes et les femmes. La flexibilité de la méthode est un atout qui lui permet de s'adapter aux besoins.

     

     L'étude montre en outre que l'utilisation des espaces urbains entre les hommes et les femmes n'est pas si différente lorsqu'il s'agit de parcs et d'espaces verts dans le centre du quartier. Une petite différence dans l'utilisation peut être observée dans des zones naturelles plus éloignées, où les femmes ont, dans une plus large mesure, exprimé des valeurs associées à la vie en plein air et aux activités sociales. La plus grande différence entre les hommes et les femmes est liée au sentiment d'insécurité, qui conduit les femmes à limiter leur utilisation des espaces publics en raison des ténèbres, des faibles flux humains et de la peur des agressions.

     

     

     Illustrations : carte des sociotopes du quartier de Böleäng, ville d'Umeå. En haut, sociotopes des femmes et filles, et valeurs associées. En bas, sociotopes des hommes et garçons. Il semblerait que les hommes tirent davantage parti de l'espace que les femmes... reste à savoir pourquoi.

     

     


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