• C'est ici : https://sociotopes.home.blog/

    Vous y êtes les bienvenus, j'espère que cette nouvelle formule vous plaira. N'hésitez pas à me faire part de votre point de vue et d'éventuelles suggestions. Les articles seront désormais publiés sur cette nouvelle plate-forme, qui s'enrichira aussi d'anciens articles du présent blog. Ceux-ci seront progressivement retirés, et le blog d'origine disparaîtra alors. N'hésitez pas à diffuser cette nouvelle adresse et, si le sujet vous intéresse particulièrement, à vous abonner à l'infolettre. Merci !


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  • La capacité d'accueil (suite)(Suite de la traduction de "The Social Life of Small Urban Spaces", de W.H. Whyte)

    En résumé, la capacité se régule d'elle-même. C'est là un point qu'il faut rappeler sans relâche. Beaucoup de planificateurs s'inquiètent de la capacité d'accueil et craignent que si l'on propose davantage d'aménités ou de lieux pour s'asseoir, il en résulte une sur-utilisation et des problèmes de congestion. Mais c'est l'inverse qui devrait plutôt inquiéter. C'est la sous-utilisation, et non la sur-utilisation, qui est le problème majeur. La capacité d'accueil de la plupart des espaces ouverts urbains est largement supérieure à l'usage qui en est fait, et les enseignements des exceptions sont encourageantes. Les espaces qui attirent le plus de gens sont non seulement les plus efficients en matière d'utilisation de l'espace, mais aussi les plus plaisants. Ce sont les gens eux-mêmes qui déterminent le niveau de congestion, et ils le font très bien.

    Légende du graphique ci-contre : Les deux lieux que les les gens citent comme les plus agréables et les moins bondés de New-York - Paley Park et Greenacre Park - sont de loin les plus intensément utilisés au mètre carré. Cela est immensément encourageant, car on mesure ici à quel point la capacité d'accueil d'un lieu peut être élevée, pour peu qu'ils soient bien conçus.


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  • Chantier en cours (suite)Le passage de ce blog vers Wordpress est en bonne voie, et plus rapide que prévu (mais il faudra des mois pour remettre les anciens articles, ce qui sera aussi l'occasion de faire le ménage, de rétablir des liens périmés, etc). D'ici quelques jours, chers lecteurs, vous devriez donc avoir à votre disposition un blog plus attrayant, plus clair, mieux adapté aux différents supports (tablette, smartphone...), sans publicité, et doté de diverses fonctions que je ne maîtrise pas encore, mais ça va venir. J'espère être en mesure de vous y donner accès dans la semaine !


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  • Voyage au pays des dents creusesJe viens d'achever mes visites de 44 lieux-dits répartis dans 14 communes littorales, afin d'évaluer les incidences environnementales d'éventuelles constructions additionnelles dans les fameuses "dents creuses", qu'une modification à la loi littoral permet désormais de "boucher". Comme indiqué précédemment, j'ai choisi d'ajouter aux critères habituels d'évaluation environnementale :

    - le thème des conditions de vie pour des populations spécifiques - c'est à dire, pour l'essentiel, les enfants, les jeunes, les personnes âgées et les personnes ayant des difficultés à se déplacer.

    - le thème des conditions d'accès aux espaces verts et espaces naturels (j'attends d'ailleurs avec intérêt l'avis de la MRAE (mission régionale d'autorité environnementale) là-dessus car, comme nous l'avons vu antérieurement, l'idée de permettre l'accès du public aux espaces naturels n'a pas l'air de leur plaire).

    A l'usage, et ayant fini de remplir ma "grille d'analyse multicritères", je trouve ces critères bien utiles pour sélectionner les sites acceptables ou non dans la perspective d'ouvertures à l'urbanisation, car les autres critères sont en général peu sélectifs. La sensibilité écologique ou paysagère est en général faible dans des agglomérats urbanisés souvent très artificialisés par des lotissements sans âme ou du mitage, il y a de l'assainissement collectif le plus souvent, peu de problèmes d'exposition à des pollutions ou des risques... En revanche, les conditions d'accès aux espaces verts (plus précisément à des espaces verts ou naturels publics à distance de marche) sont extrêmement variables. Certains lieux-dits (11) offrent des conditions satisfaisantes voire excellentes, qui peuvent permettre de compenser plus ou moins, dans la perspective d’une évaluation globale de la qualité de vie, des problèmes d'éloignement aux équipements et services. A l'inverse, d'autres (13) n'ont à proposer en matière de "vie au vert" que l'isolement au milieu des champs, imposant l'usage de la voiture pour aller se bouger et prendre l'air. Dans ce genre de cas, on peut fortement douter qu'il y ait un intérêt général à urbaniser.

    Toute évaluation environnementale doit proposer des mesures destinées à "éviter, réduire ou compenser" les incidences négatives d'un projet sur l'environnement, et là aussi il y a de la matière. On peut en effet subordonner l'ouverture à l'urbanisation à la réalisation d'espaces communs (verts ou non), à des acquisitions d'espaces naturels pour les rendre accessibles aux habitants, à la réalisation de chemins piétonniers ou cyclables, etc. De tels projets engagent la collectivité, et peuvent inciter des élus à y réfléchir à deux fois avant de distribuer des droits à construire. J'ai de nombreuses propositions en ce sens, on va bien voir si ça passe.

    Enfin, le "voyage au pays des dents creuses" est l'occasion de voir des situations étonnamment variées, allant de jolis villages pleins de verdure et de vie sociale jusqu'à de tristes lotissements posés au milieu des champs, en passant par des rangées de maisons le long d'une route départementale ou, une de mes heureuses surprises, ce petit quartier doté de jeux de boules qui semblent attirer tous les papis des alentours 365 jours par an. L'impression globale est tout de même assez déprimante, car des quantités de hameaux ou villages de caractère sont aujourd'hui tartinés de lotissements périphériques qui donnent l'impression d'être dans n'importe quelle banlieue, alors qu'une urbanisation dans un "esprit de village" autour d'espaces partagés aurait pu avoir davantage d'agrément. C'est la différence entre le travail de l'urbaniste et celui du découpeur de parcelles.

    Photo : panneau à l'entrée d'un des villages étudiés. En effet, les enfants peuvent y cavaler librement et sans risques, ils peuvent même partir sur des chemins qui mènent vers des bois et jusqu'à la mer toute proche. Mais de telles conditions ne sont pas si fréquentes.

     


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  • Comme annoncé lors du neuvième anniversaire de ce blog, je suis en train de préparer un futur déménagement de celui-ci vers un autre hébergeur (Wordpress), et le chantier promet d'être long. Lorsque la formule sera au point, les nouveaux articles seront proposés sur cette plate-forme. Je vous tiendrai au courant. Merci à Cécile Ferrand pour son assistance technique.


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  • La capacité d'accueil (suite)(Suite de la traduction de "The Social Life of Small Urban Spaces", de W.H. Whyte)

    Les lieux les plus intensément utilisés que nous ayons trouvés sont des bancs sur des îlots d'avenue au centre d'Upper Broadway. Au plan environnemental, ces endroits sont abominables. Il y a un maximum de bruits de trafic et de fumées d'échappement venant des voies adjacentes ; le bruit du métro remonte du sol ; les bancs sont décrépits et souvent pleins de drogués ou d'épaves. Mais pour les personnes âgées du secteur, ces endroits sont précieux. Au cœur de l'après-midi, chacun de ces bancs de 5,40 m reçoit entre sept et neuf personnes en même temps. Rapporté à un linéaire de 100 pieds (30 mètres), c'est une densité très élevée, entre 39 et 50. Il est intéressant de remarquer que les plus fortes densités apparaissent aux principaux carrefours, là où il y a le plus de bruit et de pollution, mais aussi le plus de spectacle à observer.

    Notre graphique d'observation à Seagram offre plusieurs autres points intéressants. L'un d'eux est l'uniformité avec laquelle le nombre total d'assis se répartit sur la corniche. A un instant donné il y a peu d'uniformité, mais à la fin de la journée, il apparaît que les données cumulées pour chacun des 11 carrés de la corniche sont similaires. Il y a une seule exception : le carré à côté des marches. Il comporte deux corniches, et attire deux fois plus de personnes.

    La comptabilisation du temps passé par les gens est aussi révélatrice. Du fait de la rotation élevée, on est tenté de penser que ceux qui arrivent et repartent vite représentent l'essentiel du temps passé sur la corniche. Mais les apparences sont trompeuses. Le jour où nous avons enregistré nos observations à Seagram, 226 personnes sont venues s'asseoir. Et, comme on peut s'y attendre, le nombre de ceux qui restaient quelques minutes était plus élevé que le nombre de ceux restant plus longtemps. Pourtant, si vous prenez en compte le temps total passé assis, vous vous apercevez que ceux qui sont restés plus longtemps comptent pour bien plus que les autres dans ce total. Celui-ci - 3277 minutes - est représenté aux trois-quarts par des personnes restées 11 minutes ou plus, et pour la moitié par des personnes restées 21 minutes ou plus. Une étude de la corniche sud a donné des résultats similaires : les trois-quarts du temps passé à l'heure du déjeuner se rapportaient à des personnes restant 15 minutes ou plus. Il y a là une leçon pour les designers : concevez les aménagements pour la personne qui va rester un bon moment.

    Photo : bancs à New-York (Brooklyn).


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  • (Suite de la traduction de "The Social Life of Small Urban Spaces", de W.H. Whyte)

    On pourrait penser que c'est une affaire de bon espacement. C'est vrai jusqu'à un certain point, mais cela n'explique pas tout. Notez qu'à aucun moment durant les périodes de pointe, les gens ne sont espacés de façon régulière sur les corniches, à la manière d'étourneaux sur un fil téléphonique, et que les gens qui s'en vont ne le font pas parce qu'ils se sentiraient personnellement à l'étroit. Dans certains endroits, il y a des groupes de gens assis très près les uns des autres; ailleurs, ils ont beaucoup d'espace autour d'eux. Cela s'observe même aux trois moments de pointe - 12h50, 13h25 et 13h50. Il reste suffisamment d'espace pour accueillir largement une demi-douzaine de personnes supplémentaires ; mais elles ne viennent pas. C'est comme si les gens avaient une sorte de sens instinctif de ce qui convient globalement à un espace donné, et coopéraient pour le maintenir ainsi, partant obligeamment, ou s'asseyant, ou ne s'asseyant pas, pour maintenir la densité dans ces limites. Le hasard peut aussi intervenir, par exemple quand quatre amis se pressent dans un espace quitté par trois personnes seules. Mais, dans la durée, le hasard tend à devenir la norme.

    Quel que soit le mécanisme, il semble qu'il y ait une norme qui influence les choix des gens, tout autant que la capacité physique immédiate du lieu. C'est ainsi que se détermine la capacité effective ; elle n'est pas statique, et elle ne peut pas non plus s'exprimer seulement par des chiffres. Il y a également des aspects qualitatifs à prendre en compte - si les gens se sentent bien, s'ils partent vite ou s'ils s'attardent...-, et ils peuvent différer beaucoup en fonction des individus.

    On pourrait même voir là une sorte de musique. Remarquez sur le graphique la montée en rythme des tirets juste avant 14 h. C'est un motif récurrent. Sur le terrain aussi, le rythme s'accélère : c'est le retour à la dernière minute des gens qui ont déjeuné tard. Puisque le graphique de l'occupation de Seagram Plaza ressemble tant à un rouleau de piano à musique, je me suis demandé quels genres de sons on aurait si l'on pouvait jouer tous les tirets et les points. Un ami compositeur en fut fasciné : "dans la bonne échelle tonale, disait-il, le graphique pourrait être orchestré et il deviendrait une musique". J'espère qu'un jour, il deviendra : "Une journée dans la vie de la corniche nord de Seagram Plaza, Adagio".

    La capacité d'accueil (suite)


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  • La capacité d'accueil (suite)(Suite de la traduction de "The Social Life of Small Urban Spaces", de W.H. Whyte)

    La vie sur Seagram Plaza démarre doucement. A 8 h 50, trois personnes viennent s'asseoir, et repartent rapidement. Ensuite, jusque vers 11 h 30, le nombre de personnes assises en même temps fluctue entre deux et cinq. Un afflux soudain à 10 h 35 est causé par 26 élèves qui s'arrêtent pour un temps de repos. Mais c'est vers 11 h 30 que le rythme s'accélère. Peu après midi, le nombre d'assis monte à 18.

    Lorsqu'un espace commence à se remplir, les gens ne s'y répartissent pas de façon égale ; ils vont là où il y a déjà du monde. A Seagram, le bout des marches est souvent l'endroit où l'afflux commence. Et les secteurs densément occupés deviennent de plus en plus denses.

    Vous pouvez voir le même phénomène sur les plages. Lors de vacances en Espagne, j'ai disposé une caméra filmant en accéléré au sommet d'une falaise surplombant une plage. Quand les premières personnes arrivèrent avec leur parasol, la plupart s'installèrent à l'avant et au centre de la plage. Les gens arrivant ensuite ne déviaient pas vers les espaces vides. Au contraire, un peu comme sur un échiquier, ils s'installaient dans les intervalles entre les autres gens. A midi, le modèle était en place : les parasols étaient disposés en trois lignes parallèles, et espacés de façon si régulière qu'ils donnaient l'impression d'avoir été mis par un surveillant de plage. Pendant ce temps, l'arrière et les côtés de la plage restaient quasi vides.

    Même dans les lieux à très forte densité d'occupation, on observe la même tendance au regroupement. Dans une excellente étude pour le Service des Parcs nationaux, Project for Public Spaces a observé les modèles d'occupation des plages au parc Jacob Riis à New-York. Comme on peut le voir sur les films, que l'on soit un jour de pointe ou à n'importe quel autre moment, les gens préfèrent s'agglutiner à l'avant de la plage plutôt que dans les espaces relativement peu utilisés en arrière. Le niveau de revenus n'a pas grand-chose à voir avec ce phénomène : à l'autre bout de Long Island, aux Hamptons (1), il y a bien davantage de surface de plage par personne, mais là aussi, les modèles d'occupation sont à peu près les mêmes.

    Pour en revenir à la corniche de Seagram, à mesure que le temps du déjeuner avance, on voit se former un groupe sur les marches ; le nombre total de gens tourne entre 18 et 21. Il reste à ce niveau durant toute la période du déjeuner.  C'est un nombre extraordinairement uniforme compte tenu de la rotation très élevée. Pendant deux heures, il se passe à peine une minute sans que quelqu'un se lève ou s'asseye : et pourtant, le nombre total des assis ne fluctue que légèrement. Lorsqu'il atteint 21, presque immédiatement quelqu'un se lève et part. Lorsqu'il tombe à 18, quelqu'un vient s'asseoir. C'est comme si un facteur d'auto-régulation était à l’œuvre.

    A suivre.

    Photo : occupation de l'espace dans le parc des Tuileries à Paris.

    (1) Lieu considéré comme plutôt huppé, voir ici si vous voulez en savoir plus.

     


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