• Formes urbaines et territoires sociauxIl a plusieurs fois été fait allusion ici aux travaux de l'urbaniste suédoise Eva Minoura, qui a réalisé des recherches d'un grand intérêt sur les espaces urbains ambigus, les "entre-deux" qui s'intercalent entre l'espace privé et l'espace public, les espaces dits "communs" aux fonctions imprécises, les innombrables délaissés produits par les urbanistes et les architectes... Nous nous sommes ainsi intéressés, grâce à elle, aux pieds d'immeubles, qui sont souvent des espaces à l'abandon et perdus pour tout le monde. Nous nous sommes aussi interrogés sur l'absence de limites entre espace public et espace privé, et sur ses incidences quant à l'utilisation de ces espaces.

    Eva Minoura a soutenu en 2016 une volumineuse thèse de doctorat (385 pages) intitulée "Uncommon ground : urban form and social territory" (téléchargeable ici), qui apporte un précieux éclairage sur ces questions trop négligées. L'auteur attire l'attention sur le fait qu'à une époque où les aménageurs sont censés économiser l'espace, il ne peuvent plus se permettre de produire de l'espace inapte à tout usage par les habitants et en particulier à la fonction de "scène sociale" ("social arena").

    A partir d'un gros travail d'analyse de cas concrets, dans 28 quartiers de Stockholm et de Malmö, reposant sur un outil SIG et sur des enquêtes auprès des habitants, elle est parvenue à déterminer des ensembles de conditions qui dissuadent ou au contraire favorisent l'usage des espaces périphériques aux bâtiments par les gens qui y vivent. Ces conditions sont étroitement liées à la forme urbaine, c'est à dire à la manière dont les bâtiments et équipements sont implantés, ainsi qu'à la façon dont sont traitées les limites et la visibilité entre les différents espaces. Ainsi, des espaces communs ont toutes les chances de ne pas fonctionner s'ils sont de petites dimensions, sous le regard des habitants mais aussi sous celui des passants. Les notions de territoire et d'appropriation sont omniprésentes à l'arrière-plan de ces recherches : pour qu'un espace commun soit pratiqué et respecté (voire entretenu) par les habitants d'un quartier, il importe que ceux-ci l'identifient comme étant le leur et faisant partie de leur territoire, ce qui ne pourra pas fonctionner si l'espace a un statut ambigu ou est exposé à des regards extérieurs.

    Si vous manquez de temps pour lire cette somme en anglais, mais si le sujet vous intéresse, je vous encourage vivement à la feuilleter en regardant les illustrations, particulièrement éloquentes et qui vous rappelleront des situations que vous connaissez, parce que vous les avez autour de chez vous. Le travail de Mme Minoura nous conduit nécessairement à porter un regard neuf et curieux sur des espaces auxquels nous ne prêtons ordinairement aucune attention. Il nous signale que ces espaces si "communs" (="common") deviennent singuliers et objets d'intérêt ("uncommun") pour peu que nous sachions les voir et les interroger.


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  • L'Unicef, l'égalité filles-garçons et les espaces publicsNous sommes à l'époque où les cartes de vœux de l'Unicef arrivent dans les bureaux de poste. C'est l'occasion de rappeler que cet organisme, en plus de ses activités humanitaires, réalise aussi des enquêtes et des études. Il diffuse depuis hier les résultats d'une consultation nationale des 6-18 ans sur le thème "Quel genre de vie ? Filles et garçons : inégalités, harcèlements, relations", et à laquelle 26 458 réponses ont été obtenues.

    De ces données, l'Unicef tire quatre recommandations qui visent à "construire l'égalité dès l'enfance" et dont deux, qui concernent les espaces publics, nous intéressent particulièrement au titre de ce blog :

    - Recommandation 1 : Accès aux loisirs, faire de la place pour les activités "filles"

    Deux jeunes sur trois pratiquant une activité de loisir subventionnée sont des garçons. A partir de l’entrée au collège, l’accès aux équipements de loisirs se restreint pour les filles et elles deviennent rapidement invisibles dans l’espace public.

    L’espace particulier des loisirs fixe donc des autorisations et des interdits (ce que je peux faire, pratiquer et ne pas pratiquer) à l’adolescence. Or, le premier apprentissage de l’espace du dehors chez les jeunes femmes se fait notamment en lien avec l’accès aux loisirs. Il faut renforcer, diversifier et donner de la place aux activités des filles.

     

     

    - Recommandation 4 : Construire un espace public partagé : mixité des publics, mixité des usages

    Même si chaque parcours individuel ne peut s’uniformiser, l’expérience vécue du territoire urbain se révèle différente entre le groupe des filles et celui des garçons. Il existe, et la consultation le montre, une forme de retrait des femmes dans la ville qui commence très tôt, renforcée par la crainte de l’extérieur plus forte chez les filles. Une majorité d’adolescentes anticipe la violence du dehors, cherchant à éviter les commentaires et évaluations sur leur corps dont elles redoutent les dérapages.

    Ces différences n’ouvrent pas toujours sur une réflexion politique et technique qui permettrait l’amélioration de l’usage de l’espace public par les filles. L’aménagement du territoire sous l’angle du genre doit donc intégrer l’autolimitation par les femmes elles-mêmes à user librement de la ville, impact majeur de la mixité. Or, les politiques urbaines prennent très peu en compte la dimension sexuée de l’usage de l’espace public. Les politiques d’aménagement s’articulent autour de « l’habitant » : la neutralité des discours recouvre souvent une conception de l’espace répondant aux préoccupations de l’usager, homme actif. Elle répond à ses besoins de déplacement domicile/travail et à sa demande de loisirs masculins (stades de foot, boulodrome, skate park, équipements sportifs en accès libre...). Travailler les effets induits de l’aménagement sous l’angle du genre permet d’imaginer des espaces alternatifs. Prescrire un usage (jouer au foot, faire du skate, jouer aux boules) c’est prescrire un public et proscrire tous les autres usages et publics. Pour partager un espace, il faut se trouver ensemble dans un même lieu (et en même temps) afin d’engager une discussion sur l’usage. La mixité est donc le premier élément d’un espace public à partager. Les réponses passent par du mobilier mobile, des matières  favorisant diverses pratiques, une réflexion sur l’emprise des bancs, la place de la végétalisation, la place des piéton·ne·s, la place de l’éphémère et de la création citoyenne.

     

    Quelques observations maintenant :

    1) Ceci rejoint un article récent dans lequel on signale que l'association de femmes à la conception d'un espace public avait débouché, à l'encontre de la proposition initiale du concepteur, sur la "non affectation" de l'espace à des activités pré-déterminées.

    2) Le skate est mentionné ici, comme dans d'autres études, comme une activité de garçons. Pourtant, on voit aussi des filles faire du skate, et dans l'enquête que je viens de faire auprès de 87 élèves d'une commune rurale, il y a à peu près autant de filles que de garçons à réclamer un skate park ou autre équipement du même genre. Alors qu'en est-il réellement ? J'aimerais bien le savoir, et je pourrais avoir une réponse en observant ce qui se passe sur un skate park récemment aménagé dans ma commune.

    3) Comment peut-on appliquer ces idées  dans une petite commune, comme celle où je travaille actuellement et où l'expérience que les filles ont des espaces extérieurs est particulièrement pauvre par rapport aux garçons ? Il faut sans doute améliorer la sécurité générale de la voirie pour les enfants, peut-être aussi intervenir sur le fonctionnement des cours d'école (ce sujet sera abordé avec les enseignants) et, sûrement, sur ce fameux "skate park" tellement réclamé, qui pourrait bien faire l'objet d'une concertation avec les jeunes dans les mois à venir. Nous aurons donc à coup sûr à reparler de skate ici !

    Illustration de Lisa Mandel pour l'Unicef.


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  • Le calme, valeur-reine des sociotopes ?Ces deux dernières années, j'ai eu à conduire des enquêtes auprès des usagers de trois espaces différents (un massif boisé, la trame verte d'un bourg et un bout de nature coincé derrière une zone industrielle) et dans tous les cas, c'était la valeur "calme" qui l'emportait lorsque les gens devaient indiquer ce qu'ils aimaient à cet endroit. Cela n'a d'ailleurs rien d'étonnant, les études de sociotopes ou autres réalisées où que ce soit font souvent remonter la même observation. Nous avons d'ailleurs souligné ici le fait que l'on peut parfaitement se sentir au calme dans un environnement urbain intensément fréquenté, ce qui élargit le champ du "calme" très au-delà d'espaces de nature vides et silencieux.

    Il se trouve que les amateurs de calme ont droit à la sollicitude de l'Union européenne, puisqu'il existe une directive 2002/42 qui demande aux Etats membres d'identifier et de préserver des "zones calmes", pour le bien-être des populations. Cette directive est transcrite en droit français par l'article L 572-6 du code de l'environnement, qui institue les Plans de prévention du bruit dans l'environnement (PPBE) et demande à ceux-ci de "protéger les zones calmes", lesquelles sont définies comme "des espaces extérieurs remarquables par leur faible exposition au bruit". Voilà une idée belle et généreuse, trop sans doute car on peut immédiatement se demander ce qui va bien pouvoir la faire dérailler. C'est là qu'entre en scène notre génie national, qui se caractérise par une passion pour le coupage de cheveux en quatre et une aversion viscérale pour le sens pratique.

    Le problème avec le calme, c'est que c'est subjectif. Une étude britannique (1) souligne d'ailleurs que la sensation de calme n'a pas forcément de rapport avec le niveau de bruit ambiant. Donc, lorsque le droit français définit les zones calmes comme exposées à moins de 55 dB, on voit déjà arriver l'objection : "Oui, mais ça dépend du contexte, il faut faire des études". Quant à savoir quels genres d'espaces peuvent être inclus dans ces zones, faut-il par exemple qu'il y ait des espaces publics, faut-il se focaliser sur des parcs, des quartiers urbains, des ensembles naturels ? Et les effets pervers, vous y avez pensé ? Si l'environnement calme fait monter le prix des logements, la création de zones de calme en ville ne va-t-elle pas accélérer la gentrification ? Les documents que j'ai lus sur la question débordent de ce genre de considérations, au demeurant tout à fait justifiées (voir à cet égard les excellents travaux réalisés par l'agence d'urbanisme de Rennes, notamment ce rapport), mais qui débouchent souvent sur la conclusion que c'est bien compliqué et qu'il est urgent d'attendre.

    Le gros rapport intitulé "Zones de calme et aménagement" (IAURIF 2006, 163 p.) s'achève ainsi sur cette lumineuse conclusion : "Loin d’être exempte de sujets de débats, la problématique des « zones de calme » mérite donc d’être mise en avant au titre d’une nouvelle approche de l’environnement sonore, quand bien même elle n’en reste pas moins transversale à plusieurs domaines. Enfin, il est souhaitable sinon indispensable que la réflexion portée sur les « zones de calme » s’accompagne d’une sensibilisation et d’une implication de la population et des acteurs professionnels en termes d’information, d’éducation voire de citoyenneté." Tout ça pour ça : un jargon filandreux pour suggérer qu'il faut faire de la "sensibilisation". Dans un autre genre, le "Guide national pour la définition et la création de zones calmes" (MEEDDAT, non daté, 23 p.) se présente à première vue comme un document pratique, mais ses auteurs arrivent à faire tellement foisonner le sujet que le rapport s'achève par une rafale d'interrogations ("Quid des espaces denses, quid de l'affluence, quid des dynamiques territoriales, quid des critères de protection, quid de la démocratie participative...") qui restent sans réponses et plongent le lecteur dans la perplexité.

    Comment s'étonner alors que, par exemple, le PPBE de Strasbourg évacue la question en dix lignes, avouant que "Dans le cadre de ce PPBE, la collectivité n'a pas exploré le champ des "zones calmes", privilégiant son action (sic) sur la résorption des points noirs bruits dédiés (sic) à l'enfance et aux logements du parc social d’une part, et d'autre part sur les aménagements de voirie". A la différence d'autres pays qui ont adopté des démarches plus simples et pragmatiques (la Belgique par exemple), la France semble prendre beaucoup de retard dans ce domaine par sa capacité à créer des usines à gaz inopérantes. A cet égard, on constatera une collusion de fait entre des penseurs de haut vol et des élus pas très enclins à se lier les mains par des documents qui les empêcheraient par exemple d'ouvrir de nouvelles routes. On en suivra donc avec d'autant plus d'intérêt les initiatives des quelques collectivités qui ont mis en place des zones calmes, par exemple le département des Hauts-de-Seine qui a choisi de privilégier ses parcs publics ("trop restrictif", pourra-t-on évidemment objecter, mais au moins c'est clair et ça a le mérite d'exister).

    (1) Chilterns tranquillity study report on the participatory appraisal consultations in the Chilterns area of outstanding beauty, Countryside Agency, 2005.


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  • Concertation et espaces publics : comment aller vers les gens ?La concertation, que ce soit sur les espaces publics ou sur l'urbanisme, ça ne se passe jamais comme il faudrait. C'est bien connu, il n'y a pas moyen de faire sortir les gens de chez eux, le civisme n'est plus ce qu'il était, ne viennent qu'une poignée de participants bien amortis - les associatifs locaux, les péremptoires "monsieur-je-sais-tout" ("J'ai toujours dit qu'il fallait..."), un ou deux opposants au maire qui ont des comptes à régler... Mais presque pas de femmes ni d'actifs, pas de jeunes, pas de pauvres, pas de "minorités visibles". Les dés sont pipés, le débat est verrouillé, d'ailleurs un des péremptoires intervient à l'avant-dernière minute pour déplorer que "les vraies questions n'aient pas été posées ce soir". Quant aux "experts en concertation" du bureau d'études, virtuoses de "l'atelier Post-It",  ils sont tout juste bons à distribuer les petits carrés  ("un vert pour ce qui va bien, un rouge pour ce qui ne va pas") puis à pondre un vague compte-rendu listant ce qui a été écrit sur les Post-It. C'est grosso modo ce que l'on trouve, en des termes plus universitaires, dans un article de la revue en ligne Métropolitiques, qui relate une concertation calamiteuse dans la bonne moyenne. L'auteur, Frédéric Gilli, invite à "faire les efforts nécessaires pour aller explicitement chercher les publics les plus éloignés de la scène démocratique". Excellente idée, mais on fait comment ? Donner des liens vers des initiatives qui marchent, c'est bien, mais ne pourrait-on pas proposer des méthodes efficaces ? Voici quelques suggestions qui auraient à mon avis leur place dans une boîte à outils.

    1) Commencer par les enfants dans le cadre scolaire : la diversité des conditions et des existences est là, et transparaît quasi instantanément lors d'entretiens individuels. De plus, les enfants peuvent mobiliser leur famille (frères et sœurs plus âgés, parents) pour d'autres initiatives, parce qu'ils parleront chez eux de ce qu'ils auront fait en classe.

    2) Continuer avec les ados : un  public a priori difficile à mobiliser, et pourtant on peut y arriver. Dans une commune rurale du Morbihan, les 31 ados qui sont récemment venus un samedi matin travailler en mairie sur leurs sociotopes et sur l'aménagement du bourg, au lieu de faire la grasse matinée, ont  été mobilisés par des collègues qui sont allées les rencontrer aux arrêts des cars de transport scolaire.

    3) Poursuivre avec les adultes : dans la même commune de 2500 habitants où les enfants et les ados avaient été mobilisés, ce sont 70 personnes qui sont venues cogiter sur l'aménagement du bourg... personne n'en espérait autant.

    4) Revenir vers les participants pour les tenir informés des suites données à leurs contributions : "Voici ce que vous nous avez dit et appris", "voici ce qui en est intégré dans le diagnostic", "voici les propositions qui peuvent être retenues, et pourquoi certaines ne sont pas retenues". Ce retour est essentiel pour que les participants se sentent considérés, et pas seulement pris comme une matière première pour des statistiques.

    5) Former les gens pour leur donner des bases de connaissances qu'ils n'ont pas forcément, et les aider à intervenir de façon plus efficace dans des réunions. On peut même leur apprendre à porter un regard critique sur des plans d'aménagement, par exemple pour ne pas se faire avoir par des concepteurs qui dessinent de la verdure partout alors qu'il n'y en aura presque pas à l'arrivée. Cette éducation au sens critique, qui n'a évidemment rien à voir avec le fait de râler par principe contre les "incompétents", est appréciée des destinataires, comme je m'en suis rendu compte récemment.


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  • Sociotopes et Plan local d'urbanismeIl n'est pas très fréquent que les sociotopes (ou les usages des espaces extérieurs par les habitants, si vous préférez) soient étudiés dans le cadre des Plans locaux d'urbanisme. C'est bien dommage, car cela pourrait éviter quelques erreurs fâcheuses, comme urbaniser un espace vert qui sert déjà aux habitants d'un quartier et qui pourrait même servir à ceux du nouveau quartier.

    Vous en avez un exemple sur le document ci-contre, qui superpose les zones à urbaniser du PLU (presque achevé) à la carte des sociotopes. On voit qu'un terrain communal en haut de la carte est destiné à être construit avec de l'habitat collectif, alors que c'est pratiquement le seul espace vert directement accessible aux habitants des lotissements aux alentours. De fait, il est traversé par deux sentiers, on y trouve des cabanes d'enfants, et aussi un châtaignier bien connu des habitants parce qu'il donne des fruits énormes... et très convoités. Une fois que ce constat est posé, que fait-on ? Compenser par la création d'un autre espace vert public dans le voisinage ? Il est grand temps d'y penser, alors que le PLU doit bientôt être arrêté.

    En dessous de ce terrain, on a une autre tache violette figurant une autre extension urbaine, avec 80 logements prévus, mais dans laquelle les orientations d'aménagement ne prévoient qu'un microscopique espace vert (dans les 300 m²). Or, il y a à côté un grand terrain communal de 4400 m² et qui ne sert à peu près à rien, alors qu'il pourrait bénéficier aux habitants du futur quartier. Il aurait pu être intégré au projet global d'aménagement pour être composé avec la partie à urbaniser, ce qui aurait permis d'afficher un bilan nettement plus présentable en terme de surface d'espaces verts par habitant. Il n'est peut-être pas trop tard pour rattraper le coup. Quoi qu'il en soit, on voit ici aussi l'intérêt de réfléchir à ces sujets bien en amont.

    Un rapport provisoire sur les sociotopes du bourg en question (dont le nom n'est pas indiqué pour le moment) est téléchargeable ici :

    Télécharger « NM_sociotopes2.pdf »


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  • Une "vision" d'urbaniste en forme de rhinocérosPour faire écho aux articles précédents sur le thème "mesurer la ville", voici (image ci-contre en haut) le plan récemment imaginé pour la ville nouvelle de Juba, au sud-Soudan. Les urbanistes qui l'ont conçu en lui donnant la forme d'un rhinocéros vont sûrement réussir à épater les gogos, en attendant de recevoir un Grand Prix de Quelque Chose pour leur vision si audacieuse et originale. Ce projet illustre la propension de certains concepteurs à produire de la forme urbaine qui en jette sur des plans ou des photos aériennes, mais qui peut être parfaitement médiocre voire invivable au niveau du sol, ce qui est quand même l'approche qu'en ont le plus souvent les habitants. Un commentateur de cette image rappelle d'ailleurs que Brasilia avait été dessinée en forme d'oiseau (image du bas), ce qui n'empêche pas cette ville d'être ce que l'on peut faire de pire Une "vision" d'urbaniste en forme de rhinocérospour les piétons, et aux antipodes de la "ville à taille humaine" promue par l'urbaniste Jan Gehl.

    De même que les bateaux de pêche juchés sur les giratoires bretons signifient généralement que la pêche a disparu de la localité, on pourrait se dire qu'une ville en forme de rhinocéros n'est pas un très bon signe pour cette espèce. Et justement, la presse nous apprend aujourd'hui que l'éradication totale du rhinocéros devrait survenir d'ici vingt ans. Mais c'est là un tout autre sujet.

    Source : https://twitter.com/onlmaps


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  • Mesurer la ville : disponible en anglais !C'était bien la peine que je traduise il y a quelques jours des éléments du manuel suédois de Spacescape sur le thème "mesurer la ville", car j'apprends qu'il vient tout juste d'être mis en ligne dans une version traduite en anglais, ce qui est tout de même nettement plus pratique.

    Téléchargeable ici ! Peut intéresser bien sûr des professionnels de l'urbanisme au sens large, des étudiants, mais aussi des personnes simplement curieuses de questions urbaines. Au risque de froisser quelques susceptibilités, j'ajouterai que cette méthode est diamétralement opposée aux approches subjectives à l'honneur dans certaines de nos écoles de paysage, lesquelles sont censées former aussi des urbanistes. Elle a à mon sens l'avantage de se présenter comme une "boîte à outils" partageable, ce qui n'est pas le cas d'approches subjectives basées sur la sensibilité personnelle, la vision ou la "patte" d'un individu - même si celles-ci sont assurément utiles.

    Résumé :

    Ce rapport est un condensé des connaissances et des modèles avec lesquels nous travaillons à Spacescape. Il met l'accent sur l'environnement urbain, incluant  la fois les espaces privés et publics. Dans nos travaux sur l'aménagement urbain, nous avons constaté un grand besoin de méthodes pratiques pour garantir la qualité de la forme urbaine. En proposant des mesures basées sur la recherche ainsi que des lignes directrices pour les espaces urbains, nous espérons contribuer à promouvoir un meilleur aménagement urbain, davantage basé sur la connaissance.

    Beaucoup de cartes sont issues d'un projet de recherche que nous avons mis en place pour la ville de Bergen (Norvège) en 2015. Dans ce projet, nous avons comparé Bergen avec d'autres villes des pays nordiques, en nous basant sur diverses variables qui influencent la manière dont nous utilisons et vivons nos cités.

    Le rapport est divisé en quatre parties : les espaces publics ouverts, les espaces des rues, les espaces privés ouverts, et la forme bâtie. Pour chaque thème, un certain nombre d'outils de mesure, de lignes directrices et de méthodes analytiques sont présentés, certains ayant été développés dans le cadre de recherches et d'autres ayant fait leurs preuves dans la pratique de l'urbanisme. Les outils de mesure sont ensuite mis en œuvre pour analyser certaines villes. Il est proposé des exemples de recommandations portant sur la manière dont l'environnement urbain peut être conçu ("designed").

    Nos méthodes évoluent constamment, en lien étroit avec les recherches urbaines les plus récentes et la pratique de la planification urbaine dans laquelle nous travaillons chaque jour. Nous espérons continuer à développer ces connaissances avec tous ceux qui travaillent dans la planification urbaine, comme avec vous qui lisez ce rapport.

     


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  • Mesurer la ville, et ses espaces publicsLe bureau d'études suédois Spacescape, dirigé par Alexander Stahle, a édité en 2016 un manuel de 98 pages intitulé "Mesurer la ville : un guide pour un urbanisme basé sur la recherche". Le propos de cette publication simple, claire et bien illustrée, est de diffuser des méthodes de travail utiles à la conception des projets urbains. Il comprend quatre parties, consacrées aux espaces publics, à la voirie, aux espaces extérieurs privés et aux constructions. Dans chaque partie sont proposées des méthodes d'analyse et, en conclusion, des lignes directrices que les aménageurs sont invités à suivre.

    Dans la partie consacrée aux espaces publics, l'approche par les sociotopes occupe bien entendu une place centrale. On trouve également des outils et des préconisations concernant la mesure de l'offre d'espaces verts, les distances de marche ou l'orientabilité pour accéder aux espaces verts. Tout cela semble pratique et efficace, sachant que certain outils reposent sur un système d'information géographique (SIG) ainsi que sur des données qu'il est nécessaire de collecter (par exemple la carte des espaces verts publics de plus de 0,2 ou 0,5 ha), si elles ne sont pas déjà disponibles.

    L'idée de construire un projet urbain à partir d'une analyse rationnelle du territoire semble digne d'intérêt, et on pourrait d'ailleurs considérer que cela se fait déjà un peu partout. Mais il ne faut pas confondre la masse de données  qui gonfle le rapport de présentation d'un PLU avec l'analyse du fonctionnement des espaces urbains, et plus précisément de la manière dont les gens les utilisent. J'ai l'impression que ce genre d'approche a toujours du mal à trouver sa place chez nous, exception faite des métropoles dotées d'agences d'urbanisme et outillées pour traiter de tels sujets. Dans les collectivités plus petites, la pratique de l'urbanisme est envahie par des préoccupations bureaucratiques qui ne laissent guère le temps ni les moyens de faire de l'analyse approfondie. Toutefois, si le PLU ne permet pas de faire ce genre de travail, il peut exister d'autres opportunités pour cela, par exemple l'élaboration d'un projet de développement urbain centré sur une ville, un bourg ou un quartier.

    Si ce document vous intéresse, pas de chance, il est en suédois et il n'en existe pas de version en anglais. Mais je vous en ai traduit des éléments, pour la partie allant de l'introduction à la page 29 et incluant le thème des espaces publics. Le fichier étant trop gros (27 Mo) pour être stocké sur ce blog, vous le trouverez ici chez un hébergeur externe.

     

     

     


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