• Concertation et espaces publics : comment aller vers les gens ?

    Concertation et espaces publics : comment aller vers les gens ?La concertation, que ce soit sur les espaces publics ou sur l'urbanisme, ça ne se passe jamais comme il faudrait. C'est bien connu, il n'y a pas moyen de faire sortir les gens de chez eux, le civisme n'est plus ce qu'il était, ne viennent qu'une poignée de participants bien amortis - les associatifs locaux, les péremptoires "monsieur-je-sais-tout" ("J'ai toujours dit qu'il fallait..."), un ou deux opposants au maire qui ont des comptes à régler... Mais presque pas de femmes ni d'actifs, pas de jeunes, pas de pauvres, pas de "minorités visibles". Les dés sont pipés, le débat est verrouillé, d'ailleurs un des péremptoires intervient à l'avant-dernière minute pour déplorer que "les vraies questions n'aient pas été posées ce soir". Quant aux "experts en concertation" du bureau d'études, virtuoses de "l'atelier Post-It",  ils sont tout juste bons à distribuer les petits carrés  ("un vert pour ce qui va bien, un rouge pour ce qui ne va pas") puis à pondre un vague compte-rendu listant ce qui a été écrit sur les Post-It. C'est grosso modo ce que l'on trouve, en des termes plus universitaires, dans un article de la revue en ligne Métropolitiques, qui relate une concertation calamiteuse dans la bonne moyenne. L'auteur, Frédéric Gilli, invite à "faire les efforts nécessaires pour aller explicitement chercher les publics les plus éloignés de la scène démocratique". Excellente idée, mais on fait comment ? Donner des liens vers des initiatives qui marchent, c'est bien, mais ne pourrait-on pas proposer des méthodes efficaces ? Voici quelques suggestions qui auraient à mon avis leur place dans une boîte à outils.

    1) Commencer par les enfants dans le cadre scolaire : la diversité des conditions et des existences est là, et transparaît quasi instantanément lors d'entretiens individuels. De plus, les enfants peuvent mobiliser leur famille (frères et sœurs plus âgés, parents) pour d'autres initiatives, parce qu'ils parleront chez eux de ce qu'ils auront fait en classe.

    2) Continuer avec les ados : un  public a priori difficile à mobiliser, et pourtant on peut y arriver. Dans une commune rurale du Morbihan, les 31 ados qui sont récemment venus un samedi matin travailler en mairie sur leurs sociotopes et sur l'aménagement du bourg, au lieu de faire la grasse matinée, ont  été mobilisés par des collègues qui sont allées les rencontrer aux arrêts des cars de transport scolaire.

    3) Poursuivre avec les adultes : dans la même commune de 2500 habitants où les enfants et les ados avaient été mobilisés, ce sont 70 personnes qui sont venues cogiter sur l'aménagement du bourg... personne n'en espérait autant.

    4) Revenir vers les participants pour les tenir informés des suites données à leurs contributions : "Voici ce que vous nous avez dit et appris", "voici ce qui en est intégré dans le diagnostic", "voici les propositions qui peuvent être retenues, et pourquoi certaines ne sont pas retenues". Ce retour est essentiel pour que les participants se sentent considérés, et pas seulement pris comme une matière première pour des statistiques.

    5) Former les gens pour leur donner des bases de connaissances qu'ils n'ont pas forcément, et les aider à intervenir de façon plus efficace dans des réunions. On peut même leur apprendre à porter un regard critique sur des plans d'aménagement, par exemple pour ne pas se faire avoir par des concepteurs qui dessinent de la verdure partout alors qu'il n'y en aura presque pas à l'arrivée. Cette éducation au sens critique, qui n'a évidemment rien à voir avec le fait de râler par principe contre les "incompétents", est appréciée des destinataires, comme je m'en suis rendu compte récemment.


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