• Espaces verts et santé mentale : à propos d'un tweet

    Espaces verts et santé mentale : à propos d'un tweetNotre vénéré maître ès-sociotopes Alexander Ståhle re-tweete aujourd'hui un tweet émanant du Forum économique mondial et intitulé "Growing up near green spaces is good for your mental health as an adult". Je me demande aussitôt ce que je peux en tirer pour ce blog, sachant qu'il y a aujourd'hui pléthore d'études sur les bienfaits des espaces verts et qu'il n'est pas forcément utile d'en saturer nos lecteurs. Je prends donc le temps de remonter à la source de cette information, qui est en l'occurrence un rapport de chercheurs de l'université d'Aarhus (Danemark) publié en février 2019. Et ceci me permet de constater que l'affaire est un peu plus compliquée qu'il n'y paraît.

    En collectant des informations portant sur un million de Danois nés entre 1985 et 2003, et en les reliant à des données satellitaires représentant la densité de végétation autour du domicile de toutes ces personnes durant leur enfance, les chercheurs ont entrepris de voir s'il existait des corrélations entre le degré de "verdure" de l'environnement et le risque de développer à l'âge adulte une des 16 pathologies mentales prises en compte. Le sujet est évidemment complexe, car il est par exemple apparu difficile de distinguer entre les types d'espaces "verts" et de savoir, par exemple, si des parcs ou des landes étaient plus favorables à la santé mentale que des champs ou des forêts.

    Il est apparu qu'aucune corrélation n'est possible pour certaines maladies mais que pour d'autres, "une plus grande exposition aux espaces verts durant l'enfance réduisait de 15 à 55% le risque de pathologies mentales à l'âge adulte, en fonction du type de pathologie". Il est ainsi mentionné "une forte association entre le manque d'espaces verts et l'alcoolisme", ce qui ne manque pas de surprendre quiconque a connu les ravages de l'alcoolisme dans les vertes campagnes bretonnes, lesquels ont fait les beaux jours de maints établissements psychiatriques. On nous indique par ailleurs que "les enfants grandissant dans un environnement urbain avec des arbres, des plantes et de l'herbe sont apparus moins exposés à développer plus tard des maladies mentales que ceux vivant dans des environnements ruraux ou urbains moins verts". Cette phrase (qui n'est pas extraite du rapport, mais de la présentation qu'en fait le World Economic Forum) est intéressante, car elle suggère qu'il puisse exister des environnements ruraux difficiles à vivre et, pourquoi pas, traumatisants pour les enfants, un thème que nous avons abordé plusieurs fois ici. Au passage, ce constat contraste avec la photo qui illustre l'article, dans laquelle on voit un paysage supposé bucolique de ferme danoise isolée au milieu des champs. Sous le soleil, ça peut encore aller, mais en hiver, on doit se sentir mieux à Copenhague dans la "jungle urbaine" évoquée par l'article, dont la présentation pourrait donner l'impression qu'il vaut mieux vivre à la campagne qu'en ville. En réalité, le rapport des universitaires plaide en faveur de la "ville dense et verte" bien plus qu'en faveur de la vie à la campagne, et appelle les planificateurs à soigner l'offre d'espaces verts et de lieux de rencontre dans tous les projets urbains.

    Illustration :  "Cette figure montre le lien entre le risque relatif de développer une pathologie mentale de toute nature et l'exposition aux espaces verts durant l'enfance, considérée au travers du degré d'urbanisation. Les données ont été analysées pour chacune des cinq catégories d'urbanisation (Capital center n = 56 650, Capital suburb n = 124,193, Provincial city n = 90,648, Provincial town n = 265,570, and Rural n = 376,525). L'index de végétation normalisé (NDVI) a été recalculé en déciles et des modèles figurés en noir ont été introduits dans chaque classe d'urbanisation pour déterminer l'association entre les espaces verts et les maladies mentales. Un modèle additionnel, en gris, a été introduit pour chaque classe d'urbanisation dans le but d'un ajustement au statut socio-économique des parents."


  • Commentaires

    1
    Apus
    Mardi 26 Mars à 12:26
    Vu la masse de données méfions nous de d’interprétations de résultats peu probants...
    2
    Bruno B
    Mardi 2 Avril à 09:49

    Hello Jean-Pierre

    Ce thème m'intéresse bien. Un peu technique mais la relation aux arbres n'est pas loin derrière...

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