• Forme urbaine et territoire social : des espaces pas si "communs"

    Forme urbaine et territoire social : des espaces pas si "communs"Sous le titre "Uncommon Ground: Urban Form and Social Territory" (téléchargeable ici en anglais) l'urbaniste suédoise Eva Minoura a publié en 2016 une thèse de doctorat consacrée au fonctionnement des espaces dits "communs" dans les quartiers d'habitat collectif. Nous avons déjà parlé de ses travaux à propos des pieds d'immeubles, voici un résumé de son travail, traduit, un peu réécrit et "déjargonné" en espérant que soit raisonnablement compréhensible :

    Dans tout design urbain, il y a une négociation implicite entre les intérêts publics et privés. Cette négociation est lisible dans les façades, les clôtures et même dans des limites plus subtiles qui séparent tel ou tel élément.  La façon dont les espaces sont encadrés, dont les interfaces sont matérialisées, produit une variété complexe de situations spatiales. Dans la ville, l'interaction entre l'espace ouvert, les bâtiments et les limites produit un patchwork de sous-espaces, que l'on peut considérer comme des territoires urbains potentiels. La plupart d'entre nous connaissent les résultats de la production territoriale et sont capables de reconnaître que les clôtures, le mobilier ou les plantations expriment des revendications de l'espace par un individu ou un groupe. Cependant, la raison de concevoir ce processus comme une production territoriale n'est pas forcément évidente. Les conséquences de la production territoriale sur la perception et le comportement sont plutôt sous-analysées, notamment en ville.

    La thèse se penche spécifiquement sur les réponses territoriales à la forme urbaine que sont les cours et jardins communs dans les ensembles de logements collectifs, ces espaces représentant des "arènes sociales" potentielles.Se basant sur la théorie de la territorialité et des communs pour conduire des études morphologiques utilisant des techniques d'analyse spatiale, la thèse propose que les utilisations territoriales de l'espace sont en partie liées aux caractéristiques de la forme urbaine. Elle explore les fondements spatiaux des revendications sur l'espace, en examinant les perspectives historiques, sociologiques et architecturales et les implications sur les pratiques actuelles de la planification. Des parallèles sont établis avec le rôle de l'exclusion et de la rivalité dans la production de biens sous l'angle de la théorie des communs.

    A partir du moment où l'on reconnaît que même des territoires comme les cours fonctionnent différemment selon les caractéristiques de la forme urbaine, il devient possible de concevoir des espaces ouverts présentant une plus grande utilité sociale. En particulier, le professionnel impliqué dans la production des environnements urbains, que ce soit en planification, en conception ou en construction, a besoin de savoir que  la délimitation spatiale favorise le sentiment d'appartenance, tandis que l'espace et la taille déterminent la fréquence d'utilisation. A une époque où l'on met l'accent sur le "durable" en matière d'urbanisme, le fait de tenir compte de la durabilité sociale dans l'usage des sols amène à reconnaître ce qui incite les habitants à utiliser ces espaces et à en prendre soin. De plus, l'importance de la lisibilité des interfaces entre public et privé a également des implications sur la manière de concevoir l'espace public. Ce qui semble avoir été insuffisamment problématisé dans le passé, ce sont ces terrains non exclusifs qui donnent l'impression d'être des parcs, mais qui ne fonctionnent pas comme tels sur le plan territorial. La thèse montre comment une base théorique peut soutenir des interventions de conception, et même de la densification, pour résoudre de telles situations d' «instabilité territoriale».

    Commentaire : ce résumé ne suffit pas à répondre à la question soulevée dans l'article suivant et dans mon échange avec Alexander  Ståhle. En combinant ce texte avec d'autres du même auteur, et sans avoir lu la thèse elle-même, on peut comprendre que des limites public / privé absentes, mal posées ou mal configurées peuvent engendrer des situations d'ambiguïté et d'inconfort, tant pour les habitants que pour des personnes extérieures, expliquant que ces espaces soient finalement sous-utilisés. Cette approche ne me semble cependant pas totalement convaincante, surtout lorsque l'on constate la facilité avec laquelle enfants et jeunes savent tirer parti des "espaces ambigus" aux statuts et contours mal définis. Il y a là pour le moins matière à réfléchir et à discuter.


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