• L'improvisation dans les espaces publics

    L'improvisation dans les espaces publicsPPS (Project for Public Spaces) continue son tour d'horizon des critères de qualité des espaces publics. Cette fois, après les marques d'affection et le confort, il s'agit de l'improvisation. Comme d'habitude, le patron Fred Kent nous offre une petite vidéo pour illustrer son propos, et vous noterez qu'à la fin on y voit des personnes juchées sur les colonnes de Buren place du Palais Royal, ce qui permet déjà de saisir un peu mieux ce qu'il y a derrière ce terme d'"improvisation".

    Traduction / résumé du texte de l'article :

    Quand on arrive dans un espace public, la première chose instinctive est d'y trouver une place pour soi - ou de s'en faire une. Les meilleurs espaces publics répondent à ce besoin humain de l'improvisation.

    Les gens veulent personnaliser leur expérience et se sentir chez eux dans les espaces publics. La composante la plus importante d'un espace public est la façon dont les gens l'utilisent - ce n'est pas le dessin de l'espace, ce sont les activités émergentes, les mouvements et les interactions qu'il facilite. Un espace public qui suscite l'improvisation est riche en "possibilités" [affordances]. Par exemple, une chaise déplaçable offre bien plus de possibilités qu'un banc. Si vous pouvez assurément vous assoir sur un banc, beaucoup sont conçus pour empêcher toute autre activité. Les chaises, à l'inverse, font plus que vous inviter à vous assoir : elles peuvent aussi faire une table de fortune, un espace de travail, un repose-pieds, elles peuvent aussi être redisposées pour produire immédiatement de meilleures conditions sociales.

    Les cinq indicateurs de l'improvisation :

    1) Les ajustements : C'est peut-être à cause d'un besoin de personnalisation de l'expérience que les chaises déplaçables sont la meilleure solution pour s'asseoir dans les espaces publics. En plus d'être moins coûteuses que les bancs, elles permettent aux gens de poser leurs pieds et de les disposer à leur gré. W.H. Whyte était un adepte de ces chaises, notant que les gens les déplacent légèrement avant de s'assoir, signalant poliment une "distance sociale" vis-à-vis des inconnus.

    2) La triangulation :  Elle se réfère à la manière dont les usages peuvent être localisés et conçus de manière à générer des usages supplémentaires. Ainsi, un endroit pour s'assoir est utile, mais il génère davantage d'usages lorsqu'il est face à un endroit qui vaut d'être vu, et davantage encore lorsqu'on peut trouver à boire et à manger à proximité. Aucun de ces usages ne fonctionne correctement tout seul. La présence de personnes apportant de l'animation (musique, danse...) fait passer la triangulation à la vitesse supérieure et facilite des interactions imprévisibles - des gens qui se mettent à chanter, des enfants à danser...

    3) Les activités informelles : L'improvisation n'est pas réservée aux artistes. Quand des affaires domestiques (jeux, tables de jeu, tapis de yoga, nappes de pique-nique...) commencent à apparaître dans un espace public, c'est un bon indice que les gens l'adaptent à leurs propres besoins. Ils montrent un sens de la propriété partagée et de leur attachement au lieu. Trop souvent, de telles activités sont interdites ou découragées. Le fait de pratiquer des activités non prévues par les projets officiels et les gestionnaires est une bonne manière de transformer un lieu vide en un espace multi-usages.

    4) Se percher : Quand les gens ne trouvent pas un endroit correct pour s'assoir, ils en sont souvent réduits à "se percher", improvisant leur propre siège sur des bittes d'amarrage, des présentoirs à journaux, des bouches d'incendie, des clôtures, ou même sur leurs propres valises ! C'est un signe que quelque chose manque. Quand l'improvisation ajoute quelque chose à ce qui était officiellement prévu, un espace public est sur la bonne voie. Mais quand les usagers doivent improviser pour répondre à des besoins humains de base, quelque chose ne va pas.

    5)  Les lignes de désir : Pour dessiner convenablement des cheminements, l'idéal serait d'attendre la première chute de neige pour voir par où les gens ont envie de passer. Les cheminements créés par l'usager sont appelés lignes de désir.  C'est une autre illustration de l'improvisation comme signal de quelque chose qui manque. Le plus souvent, la réponse officielle est de bloquer ces passages qui détériorent la précieuse pelouse.

     

    Les espaces publics ont besoin de refléter la personnalité et les caprices de leurs utilisateurs. Sans l'improvisation, ils seraient des lieux stériles et silencieux, incapables d'exprimer leur potentiel. C'est l'improvisation qui rend les espaces publics musicaux, volubiles et fantastiquement vivants.


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