• La capacité d'accueil (suite)

    La capacité d'accueil (suite)(Suite de la traduction de "The Social Life of Small Urban Spaces", de W.H. Whyte)

    La vie sur Seagram Plaza démarre doucement. A 8 h 50, trois personnes viennent s'asseoir, et repartent rapidement. Ensuite, jusque vers 11 h 30, le nombre de personnes assises en même temps fluctue entre deux et cinq. Un afflux soudain à 10 h 35 est causé par 26 élèves qui s'arrêtent pour un temps de repos. Mais c'est vers 11 h 30 que le rythme s'accélère. Peu après midi, le nombre d'assis monte à 18.

    Lorsqu'un espace commence à se remplir, les gens ne s'y répartissent pas de façon égale ; ils vont là où il y a déjà du monde. A Seagram, le bout des marches est souvent l'endroit où l'afflux commence. Et les secteurs densément occupés deviennent de plus en plus denses.

    Vous pouvez voir le même phénomène sur les plages. Lors de vacances en Espagne, j'ai disposé une caméra filmant en accéléré au sommet d'une falaise surplombant une plage. Quand les premières personnes arrivèrent avec leur parasol, la plupart s'installèrent à l'avant et au centre de la plage. Les gens arrivant ensuite ne déviaient pas vers les espaces vides. Au contraire, un peu comme sur un échiquier, ils s'installaient dans les intervalles entre les autres gens. A midi, le modèle était en place : les parasols étaient disposés en trois lignes parallèles, et espacés de façon si régulière qu'ils donnaient l'impression d'avoir été mis par un surveillant de plage. Pendant ce temps, l'arrière et les côtés de la plage restaient quasi vides.

    Même dans les lieux à très forte densité d'occupation, on observe la même tendance au regroupement. Dans une excellente étude pour le Service des Parcs nationaux, Project for Public Spaces a observé les modèles d'occupation des plages au parc Jacob Riis à New-York. Comme on peut le voir sur les films, que l'on soit un jour de pointe ou à n'importe quel autre moment, les gens préfèrent s'agglutiner à l'avant de la plage plutôt que dans les espaces relativement peu utilisés en arrière. Le niveau de revenus n'a pas grand-chose à voir avec ce phénomène : à l'autre bout de Long Island, aux Hamptons (1), il y a bien davantage de surface de plage par personne, mais là aussi, les modèles d'occupation sont à peu près les mêmes.

    Pour en revenir à la corniche de Seagram, à mesure que le temps du déjeuner avance, on voit se former un groupe sur les marches ; le nombre total de gens tourne entre 18 et 21. Il reste à ce niveau durant toute la période du déjeuner.  C'est un nombre extraordinairement uniforme compte tenu de la rotation très élevée. Pendant deux heures, il se passe à peine une minute sans que quelqu'un se lève ou s'asseye : et pourtant, le nombre total des assis ne fluctue que légèrement. Lorsqu'il atteint 21, presque immédiatement quelqu'un se lève et part. Lorsqu'il tombe à 18, quelqu'un vient s'asseoir. C'est comme si un facteur d'auto-régulation était à l’œuvre.

    A suivre.

    Photo : occupation de l'espace dans le parc des Tuileries à Paris.

    (1) Lieu considéré comme plutôt huppé, voir ici si vous voulez en savoir plus.

     


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