• La nourriture (suite)

    La nourriture (suite)(Suite de la traduction de "The social life of small urban spaces", par W.H. Whyte, publié en 1980)

    Sur la nourriture, la ville de New-York n'est pas aussi rigoriste que d'autres. Beaucoup de villes ont des réglementations qui interdisent non seulement la vente à l'air libre, mais aussi la consommation sur place. Si vous interrogez les officiels à ce sujet, ils vous racontent des choses horribles sur ce qui risquerait d'arriver si les règles étaient allégées - les dangers d'une nourriture malsaine, les épouvantables problèmes de déchets, etc. En partie à cause de ces restrictions, la plupart des plazas (*) construites depuis une décennie ne proposent rien pour permettre de consommer à l'extérieur. Les rares à offrir quelque chose ont dû faire œuvre de pionniers. Ainsi, la First National Bank de Chicago s'est aperçue que même pour offrir une commodité aussi élémentaire qu'un vendeur de pop-corn, il fallait une dérogation spéciale de la Ville.

    La nourriture attire des gens qui attirent davantage de gens. Nous avons eu une excellente occasion d'observer cet effet par des expérimentations semi-contrôlées que nous avons faites sur une nouvelle plaza. Au départ, il n'y avait pas de nourriture. Peu de gens utilisaient le lieu. Sur nos conseils, le gestionnaire a installé un marchand ambulant. Ce fut un succès immédiat - par contre, un marchand de fleurs fut un échec. Davantage de gens arrivèrent. Un ambulant s'installa sur le trottoir, puis un autre. Les affaires continuèrent à prospérer pour les trois vendeurs. Ensuite, le gestionnaire obtint que le restaurant de l'immeuble puisse ouvrir un petit café en extérieur. Les gens continuèrent d'affluer, bien au-delà des seuls utilisateurs du café.

    Dans ce domaine, l'effet de levier optique est spectaculaire. Pour les accessoires de base, on a juste besoin de quelques piles de chaises pliantes et de tables. Répandez-les dans l'espace, ajoutez des parasols de couleur, faites venir des serveuses, et l'impact visuel peut être étonnant. Si les affaires du café marchent bien, ce qui est généralement le cas, tout est pour le mieux. Et ce qui est vraiment surprenant, c'est que de telles initiatives ne soient pas plus nombreuses.

    L'équipement le plus basique, c'est un snack-bar. Paley Park et Greenacre Park ont tous les deux des comptoirs en plein-air offrant des bons produits à prix modérés, et ils font de bonnes affaires. Ils proposent des quantités de tables et les gens peuvent venir avec leur propre nourriture, même du vin s'ils veulent. Depuis la rue, on a parfois l'impression qu'il y a une grosse fête, et quand  la file des gens autour du snack-bar devient longue, cela incite des passants à s'y joindre. La nourriture, répétons-le, attire les gens, et ils attirent à leur tour d'autres gens.

    (*) Pour les personnes qui prendraient ce blog en cours de route, je rappelle que les plazas sont, dans les grandes villes américaines, des places généralement privées mais ouvertes au public, associées à des immeubles de grande hauteur et imposées au titre de la réglementation d'urbanisme.

    Photo : café en plein-air à Bryant Park, New-York.


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