• La vie dans les dents creuses (suite)

    La vie dans les dents creuses (suite)Lors de ma première journée de terrain dans les "dents creuses" de communes littorales, j'ai parcouru 11 lieux-dits. Le premier est un lotissement de 3,3 ha et 30 maisons, greffé sur un minuscule noyau de trois maisons anciennes (dont deux ex-cafés) à un carrefour. Ce lotissement dans l'esprit "tablette de chocolat" semble sorti de la fertile imagination d'un géomètre : tout est à angles droits, la voirie est largement dimensionnée (jusqu'à 8 mètres), les trottoirs servent à garer les voitures... on pourrait être dans une banlieue urbaine, alors qu'on est en pleine campagne. La plupart des maisons sont entourées de clôtures étanches, parfois de véritables forteresses de parpaings : aucun enfant ne peut s'échapper, aucun hérisson ne peut pénétrer. Les terrains sont assez grands (de 600 à 1000 m² en moyenne), mais comme les maisons sont implantées en milieu de parcelle, et compte tenu de la place prise par les accès aux garages, il ne reste guère d'espace pour la verdure, qui se réduit à du gazon et quelques buissons pour meubler l'espace - mais dans tout le quartier, il n'y a pas un seul arbre digne de ce nom.

    Les enfants et les jeunes vivent ici un double enfermement : dans un terrain stérile et hermétiquement clos, et dans un lotissement au milieu des champs, à 1,7 km du bourg et sans chemin piétonnier ou cyclable pour y accéder. Au cœur du quartier, il y a bien un rectangle herbeux public de 300 m², mais sans indices d'usage récent - on remarque une cage de buts renversée, tandis que l'autre semble avoir disparu. Passant un peu plus tard en mairie, je rencontre le maire qui, sans que je lui aie rien demandé, exprime sa préoccupation par rapport aux conditions de vie des habitants : "On ne ferait plus ce genre de lotissement aujourd'hui. C'est difficile pour les gens qui ont des enfants, ils passent beaucoup de temps en voiture car on ne peut pas marcher le long de la route départementale qui mène au bourg. Nous aimerions créer une voie pour les piétons et les vélos, mais c'est compliqué parce que tous les terrains sont privés et il faut faire des acquisitions". Dans ces conditions, quel intérêt général peut-il y avoir à "boucher les dents creuses" en admettant des constructions supplémentaires ?

    A suivre.

     


  • Commentaires

    1
    katell
    Mercredi 15 Janvier à 10:44

    Le seul intérêt des propriétaires fonciers a prévalu à cette modification de la loi littoral ;-)

    2
    Apus
    Mercredi 15 Janvier à 11:29
    Argh! Ça brise le moral de rappeler de telles erreurs.
    MAIS, soyons force de proposition. Si cette urbanisation est si défectueuse, il n’y a que 2 solutions: tout geler en attendant que le temps la fasse disparaître ou bien proposer un projet de transformation bénéfique aux intérêts collectif et individuels.
    Cette deuxième solution pourrait être passionnante si on accepte de se défaire de certains tabous idéologiques pour porter une ambition intelligente et profitable à tous.
      • Mercredi 15 Janvier à 11:45

        Oui, il y a des cas où ce serait possible (j'en ai vu), mais là on a affaire à un objet fini dans tous les sens du terme, pas moyen de changer quoi que ce soit sauf à démolir. Par ailleurs il faudrait que les élus aient envie de s'investir pour rendre de tels lieux plus accueillants, or ils ont souvent d'autres priorités (leur bourg par exemple) avant de répondre à une demande sociale nulle ou faible (les adultes sont souvent très contents d'être enfermés "chez eux" derrière leurs murailles de parpaings, quant aux enfants et aux jeunes, on ne leur demande par leur avis). Je pense ramener de mes visites des exemples de lieux améliorables, dans un esprit de recherche d'intérêt général allant au-delà de la distribution de droits à construire, on en reparlera.

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