• La vie sociale des petits espaces urbains (5) : la vie des Plazas

    La vie sociale des petits espaces urbains (5) : la vie des PlazasAux heures de pointe, le nombre de personnes sur une plaza peut varier considérablement en fonction de la saison et du temps. Toutefois, la manière dont les gens se répartissent à travers l'espace est assez régulière, certains secteurs étant intensément utilisés d'un jour à l'autre, et d'autres beaucoup moins. Dans notre travail d'observation, nous pouvons sans peine localiser chaque usager sur plan, mais les modèles d'utilisation sont suffisamment réguliers pour que l'on puisse compter les gens dans un secteur seulement, puis multiplier le chiffre par un certain facteur pour trouver, à un pour cent près, le nombre total de gens occupant la plaza.

    Les usages en période calme donnent les meilleurs indices quant aux préférences des gens. Quand un endroit est bondé, une personne s’assoit là où elle peut, et pas forcément là où elle aimerait le faire. Quand le gros du public est parti, les choix deviennent plus significatifs. Certains secteurs se vident, tandis que d'autres restent utilisés. A Seagram, une corniche située en retrait et sous des arbres est modérément mais régulièrement occupée, tandis que d'autres sont vides. Elle donne l'impression d'être l'endroit le moins peuplé, mais sur une base cumulative, c'est la partie la mieux utilisée de la plaza.

    Les hommes montrent une tendance à s'installer aux premiers rangs et, s'il existe une sorte de porte d'entrée, ils en sont les gardiens. Les femmes privilégient plutôt les endroits légèrement en retrait. Sur un banc à deux côtés parallèle à une rue, le côté opposé à la rue montre habituellement une proportion plus élevée de femmes que l'autre côté. Et parmi les hommes, les plus visibles sont les "girl watchers". Ils mettent beaucoup d'application à cette activité, de façon si démonstrative qu'ils suggèrent que leur intérêt véritable n'est pas tant les filles que de montrer qu'ils les regardent. En général, ces "mateurs" sont alignés, en groupes de trois à cinq. Si ce sont des travailleurs du bâtiment, ils tendent à être très démonstratifs, avec force sifflets, rires, salutations directes. C'est la même chose dans le secteur financier de New-York. Dans le centre ("Midtown"), ils sont plus inhibés, la jouent cool, avec des ricanements, comme si les filles n'étaient pas à la hauteur. C'est toujours du machisme, quel que soit le quartier. Mais je n'ai jamais vu un seul "mateur de filles" en draguer une, ni même tenter de le faire.

    Les plazas ne sont d'ailleurs pas des endroit idéaux pour faire connaissance, et même dans les plus sociales, il n'y a pas beaucoup de mélange entre les gens. Quand des gens qui ne se connaissent pas sont proches les uns des autres, la première chose qu'ils échangent est ce que le sociologue Erving Goffman appelait "l'inattention civile". S'il y, mettons, deux blondes époustouflantes assises sur une corniche, les hommes des alentours vont adopter une laborieuse apparence d'indifférence. Toutefois, si vous observez attentivement, vous remarquerez qu'ils jettent des coups d’œil en biais, tout en se passant la main dans les cheveux ou en se tripotant le lobe de l'oreille.

    On trouve des amoureux sur les plazas, mais pas là où vous vous attendriez à les voir. Quand nous avons débuté les entretiens, les gens nous ont dit que nous trouverions les amoureux (tout comme les fumeurs d'herbe) sur les arrières. Mais d'habitude, ce n'est pas là qu'ils se tenaient. Ils étaient dans les endroits les plus en vue. L'embrassade la plus fervente que nous ayons filmée a eu lieu à l'endroit le plus visible, avec un couple totalement indifférent à la foule.

    Certains endroits deviennent des lieux de rendez-vous pour différentes sortes de cercles. A une époque, le mur sud de la plaza Chase était un point de rencontre pour des fans d'appareils photo, du genre qui aiment acheter de nouveaux objectifs et en parler. Des modèles de ce genre peuvent ne pas durer plus d'une saison, ou aussi bien perdurer pendant des années. A une époque, un point particulier devint un lieu de rassemblement pour des jeunes gens à l'air canaille. Depuis, cette population s'est renouvelée, mais il y a toujours des jeunes gens à l'air canaille.

    Photo W.H. Whyte.


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