• La vie sociale des petits espaces urbains (6) : la vie des Plazas

    La vie sociale des petits espaces urbains (6) : la vie des PlazasCe qui attire le plus les gens, semble-t-il, ce sont les autres gens. Si je veux marteler ce point, c'est parce que beaucoup d'espaces urbains sont conçus comme si l'inverse était vrai, c'est à dire comme si les gens préféraient les espaces où ils peuvent se tenir loin les uns des autres. Il est un fait que les propos des gens suivent souvent ce dernier schéma ; c'est pourquoi leurs réponses aux questionnaires peuvent être fort trompeuses. Combien de gens reconnaîtraient qu'ils aiment s'asseoir au milieu d'une foule ? Ils déclarent plutôt qu'ils préfèrent se mettre à l'écart, et ils emploient des termes tels que "s'évader", "oasis", "isolement". Et pourtant, ce que les gens font révèle des priorités bien différentes.

    Ceci nous apparut pour la première fois en étudiant des conversations de rue. Quand des gens s'arrêtent pour engager une conversation, nous nous sommes demandé à quelle distance ils s'écartaient du flux principal des piétons. Nous étions spécialement intéressés de savoir quelle part de l'espace tampon s'étendant jusqu'au pied des bâtiments serait utilisée. Nous avons donc implanté des caméras filmant en accéléré au-dessus des coins de rues, et entrepris de localiser toutes les conversations de plus d’une minute.

    Les gens ne s'écartaient pas du flux principal. Ils y restaient ou y entraient, et c'est là, en plein milieu du flux, qu'avait lieu l'essentiel des conversations. La même gravitation s'appliquait aux conversations en déplacement : il y a beaucoup de mouvement en apparence, mais quand vous observez attentivement, vous remarquez que les gens restent habituellement au centre du flux.

    Nous n'avons jamais réussi à comprendre pourquoi les gens se comportent ainsi. On peut comprendre que les conversations prennent naissance dans le flux principal : elles sont incidentes à tout déplacement à pied, et c'est là où il y a le plus de monde que la probabilité d’une rencontre est la plus élevée. Ce qui est moins explicable, c'est l'inclination des gens à rester au milieu du flot, bloquant le passage et heurtés par les piétons (1). Il semble que ce ne soit pas une affaire d'inertie, mais de choix - instinctif, peut-être, mais pas du tout illogique. Au cœur d'une foule, vous avez un choix maximal entre partir ou rester - un peu comme dans une cocktail-party, qui est elle-même une conversation mouvante devenant de plus en plus dense.

    (à suivre)

    Photo : W.H. Whyte.

    (1) (NDT) On peut observer exactement le même comportement dans les allées des hypermarchés de province, en particulier le samedi après-midi où l'on socialise beaucoup entre les rayons... et sur la trajectoire de votre chariot. Voir également ici dans ce blog.


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