• La vie sociale des petits espaces urbains (7) : la vie des Plazas

    La vie sociale des petits espaces urbains (7) : la vie des PlazasLes gens s’assoient aussi en plein milieu du flux. Sur Seagram Plaza, les flux principaux de piétons sont sur des diagonales reliant l'entrée de l'immeuble aux extrémités des marches.  Ce sont des axes de déplacement naturels et il y a beaucoup d'activité à leur emplacement. Ce sont aussi des lieux favoris pour s'asseoir et pique-niquer. Il peut parfois y avoir tant de monde que les piétons sont obligés de les contourner précautionneusement en faisant attention aux marches. Mais ceux-ci se plaignent rarement. Tandis que certains contournent le bouchon, d'autres se fraient un passage à travers.

    Les modèles de comportement des personnes debout sont similaires. Quand des gens s'arrêtent pour se parler sur la plaza, il le font généralement au beau milieu du flux. Ils montrent aussi une inclination à se tenir près d'objets tels qu'un mât ou une statue. Ils aiment des endroits bien définis, tels que des marches ou le bord d'un bassin. Ce qu'ils choisissent rarement, c'est le cœur même d'un vaste espace.

    A tout cela, il y a diverses explications. La préférence pour se mettre près d'objets peut relever d'un instinct primitif : vous avez une vue sur les gens qui arrivent, mais vous protégez vos arrières. Mais cela n'explique pas pourquoi les hommes aiment se tenir sur le bord du trottoir, regardant vers celui-ci mais avec le dos exposé aux dangers de la rue.

    Les mouvements des pieds ont leur logique, eux aussi. Ils sont comme un langage silencieux. Souvent, dans un attroupement, les gens ne se parlent pas. Les hommes restent muets, observant ce qui se passe. Puis, doucement et de manière rythmée, l'un d'eux commence à se balancer alternativement sur la pointe des pieds et sur les talons. Il s'arrête. Un autre commence le même manège. Quelquefois il y a des gestes réciproques : un homme fait un demi-tour vers la droite puis, à intervalles rythmés, un autre lui répond avec un demi-tour vers la gauche. Il doit y avoir une sorte de communication là-dedans, mais je n'ai jamais réussi à casser le code.

    Quoi que cela signifie, les mouvements des gens sont un des plus grands spectacles sur une plaza. Vous n'en voyez rien sur les photos d'architecture, sur lesquelles toute vie est généralement absente et qui ne sont pas prises du point de vue des gens. Cette approche est trompeuse. Au niveau de l'oeil, la scène est vivante, avec du mouvement et des couleurs - des gens marchant vite ou lentement, avalant les escaliers, tissant des trajectoires, accélérant ou ralentissant pour s'accorder au flux... Il y a là une beauté qu'il est agréable de regarder, et on sent que les acteurs de la scène ont conscience d'eux-mêmes. Vous vous en rendez compte aussi à la manière dont ils se disposent sur les marches et les corniches. Ils le font avec une grâce dont ils doivent eux-mêmes être conscients. Avec son gris-brun monochrome, Seagram est le meilleur des environnements - en particulier sous la pluie, quand des parapluies mettent des taches de couleur là où il faut, comme les taches rouges dans les tableaux de Corot.

    Photo : heure creuse (milieu de matinée) à Seagram Plaza.


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