• Le G20 vu des sociotopes

    Le G20 vu des sociotopesLa prochaine fois que vous visiterez une ville, vérifiez qu'elle n'accueille pas le G20 durant votre séjour, ou au moins que votre hôtel n'est pas dans le quartier "alternatif", si vous voulez vous éviter quelques désagréments. Cela dit, de telles circonstances sont l'occasion de faire des observations intéressantes sur les dimensions politiques de l'espace public.

    Le 6 juillet au soir, le touriste qui part d'une pédale alerte faire le tour du splendide parc public de l'Alster, au cœur de Hambourg, remarque quelque chose d'anormal car les accès au parc sont bloqués par la police. S'il n'y avait là que des policiers débonnaires, et perplexes sur la conduite à tenir à l'égard des flots de promeneurs qui veulent accéder au parc, il Le G20 vu des sociotopespourrait encore y avoir moyen de s'arranger. Mais là où les choses se gâtent, c'est qu'il y a aussi partout des files de fourgons de police, des canons à eau, des cortèges de voitures noires aux vitres opaques qui passent à toute allure dans les hurlements de sirènes, des hélicoptères qui tournent dans le ciel et, sur le lac, des Zodiacs avec des types en noir qui n'ont pas l'air d'être là pour faire du canotage. Pendant que le populo piétine en attendant une hypothétique éclaircie, les conversations s'engagent. Il paraît que ce soir-là, Trump se trouve sur la rive ouest du lac, tandis qu'Erdogan serait  à l'hôtel sur la rive opposée. L'affaire semble donc mal engagée, on reviendra plus tard pour voir le soleil se coucher sur Le G20 vu des sociotopesHambourg.

    Le lendemain matin, nouvelle tentative du côté du port. Les autorités ont fait peindre, sur toute une face des chantiers navals, un gigantesque slogan "Keep global trade open !" qui doit faire au moins 50 m de long, pour que M. Trump et ses collègues le voient bien, tandis que de l'autre côté, dans le quartier de Sankt Pauli, des clochards dorment sous les ponts et dans les recoins urbains - la mondialisation heureuse est en marche. La police grouille sur l'eau, sur terre et dans les airs, les visites du port sont retardées car il y a de la manif dans l'air et on attend les instructions. Après une visite maritime du port à conteneurs, spectacle sidérant qui aide à prendre la mesure du "global trade", direction le centre-ville pour une exploration à vélo. Et là il y a du changement par rapport à la veille car on ne voit pratiquement plus de voitures et la ville, bouclée, est de fait livrée aux vélos. Toute règle de circulation semble avoir été abolie car les vertueux Allemands passent au rouge sous le nez des policiers qui ont visiblement d'autres préoccupations. L'après-midi, le musée de peinture offre un refuge provisoire contre le cirque infernal des hélicoptères, des sirènes, des cortèges officiels sillonnant la ville à toute allure. A la sortie, voici que des nuées de cyclistes convergent vers un parc où se tient une manif anti-G20 à vélo, dans une ambiance bon enfant à la limite du folklorique. Enfin, pour se remettre de ces émotions, rien de tel qu'un dîner dans un petit resto de la rue Schulterblatt, laquelle va être l'épicentre des émeutes de la nuit à venir. Pour l'instant, les "black blocks" massés à un bout de la rue commencent à arracher les panneaux de signalisation tandis qu'à l'autre bout, un escadron de policiers casqués se dirige vers eux. Un coup de feu part, et quelque chose me dit que le Schulterblatt 88 n'est pas le meilleur endroit pour passer la soirée.

    Pas de quoi impressionner ce couple de Parisiens croisé dans la journée et qui, habitant du côté de République, en a vu d'autres. Leur point de vue relativise ces péripéties, mais nous retiendrons que les espaces publics habituellement paisibles d'une grande ville peuvent aussi être le lieu d'expression de violences : celle de groupes extrémistes qui recherchent toute occasion d'en découdre, mais aussi celle de l'Etat, dont les déploiements de force peuvent prendre une dimension terrifiante voire provocatrice. C'est aussi la violence du contraste entre le statut des "importants" avec leurs escortes et celui des déclassés urbains, qui étalent leurs matelas de fortune dans les parcs et sous les ponts.


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