• Le vent

    Le ventCe que les gens recherchent, ce sont les "pièges à soleil" (suntraps). Et l'absence de vent et de courants d'air est aussi essentielle que le soleil pour ce genre de lieux. A cet égard, les petits parcs fonctionnent bien, surtout ceux qui sont clos sur trois côtés. Physiquement et psychologiquement, ils donnent une impression de confort, et c'est une des raisons pour lesquelles ils sont si attractifs. A New York, le parc de Greenacre a des chauffages radiants, mais ils ne sont utilisés que par temps extrêmement froid. Avec du soleil et la protection contre le vent, le parc reste tout à fait habitable même par temps frisquet.

    Les espaces autour des bâtiments récents sont une autre affaire. En hiver, beaucoup sont froids et ventés, et même par un temps convenable, peu de gens s'attardent dans ce genre de lieux. Il y a eu là des erreurs qui relèvent de l'omission. Il est devenu courant de tester des maquettes de bâtiments en soufflerie, mais les gens ne sont guère pris en compte. Les tests pour le World Trade Center ont permis de déterminer les contraintes sur les tours, et la structure métallique nécessaire pour y répondre. Mais apparemment, on ne s'est pas beaucoup occupé de savoir ce que les tours elles-mêmes allaient générer comme vent, ni quels en seraient les effets pour les gens en bas.

    Ces effets sont pourtant parfaitement mesurables. Il est maintenant bien établi que des tours isolées et très hautes génèrent de violents courants d'air sur leurs côtés. Cela n'a aucunement freiné la construction de telles tours, et il en résulte, comme on pouvait s'y attendre, que certains espaces environnants sont souvent inhabitables. Sur la plaza d’une banque de Seattle, les rafales sont parfois si fortes qu'il faut y tendre des cordes pour permettre aux passants de s'y accrocher. Chicago a les endroits les plus ventés, non pas à cause du vent local (qui n'est pas tellement plus fort que dans d'autres villes) mais parce que les rafales sur les côtés des tours Sears et Hancock sont violentes, à tel point qu'elles découragent les gens d'utiliser les plazas quand bien même ils auraient des raisons de le faire.

    James Marston Fitch, qui a fait plus que tout autre architecte pour pousser la profession à prendre en compte les facteurs environnementaux, relève que le problème est conceptuel, et non pas technique : "Les effets adverses sont tout simplement ignorés, et l'espace extérieur est conçu comme pour un climat idéal, qui serait toujours ensoleillé et tiède. Ainsi, les espaces échouent dans leur prétention principale, qui est d'éliminer les différences brutales entre les espaces architecturaux et urbanistiques, et d'étendre le temps durant lequel la vie urbaine peut s'écouler librement entre ceux-ci".

    Au plan technique, comme Fitch le souligne, on peut allonger considérablement la période effective d'utilisation des espaces extérieurs. En se posant les bonnes questions lors d'études d'ensoleillement et de vent, ainsi que par l'expérimentation, nous pouvons trouver de meilleures manières d'accumuler le soleil, de doubler sa luminosité ou de la réduire, de bloquer les courants d'air en hiver ou de les favoriser en été. Nous pouvons apprendre beaucoup des niches et recoins que les gens recherchent souvent. La plupart des nouveaux espaces urbains sont soit complètement en plein-air, soit fermés. On pourrait faire davantage pour développer les espaces intermédiaires. En mettant en place des toitures de verre ou de petits pavillons, on pourrait créer des espaces semi-ouverts qui seraient utilisables dans presque toutes les conditions. Ils seraient particulièrement appropriés dans des villes pluvieuses comme Seattle ou Portland.

    Prochain épisode : les arbres.

    Photo : abris individuels contre le vent au bord de la Baltique sur l'île de Poel (Allemagne).


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :