• Les espaces publics à l'heure du "Trumpocène"

    Les espaces publics à l'heure du "Trumpocène"Il a récemment été suggéré que nous serions déjà passés de l'Anthropocène au Trumpocène, nouvelle ère géologique caractérisée par le pouvoir d'un seul homme d'influer sur le fonctionnement écologique de la planète entière. Quoi qu'il en soit, nos amis américains de PPS (Project for Public Spaces) ont décidé de s'engager encore un peu plus dans le débat politique, avec un bon texte que vient de publier leur fondateur Fred Kent, un des meilleurs connaisseurs des espaces publics au monde. Il m'a paru intéressant de vous le livrer traduit :

    Chers Placemakers,

    Les événements, les marches et les soulèvements pacifiques que nous avons vécus ces dernières semaines nous ont amenés à réfléchir à la valeur et à la fonction de l'espace public. Il est clair que l'espace public est, plus que jamais, un pré-requis pour la Les espaces publics à l'heure du "Trumpocène"démocratie.

    La taille et le nombre de nos espaces publics, leur répartition à travers une ville ou le pays, et notre capacité à y exercer nos droits, sont sûrement des critères importants pour mesurer à quel point notre espace est "public". Essayer d'améliorer un espace public peut être une bonne cause, mais il y a toujours un risque que cet espace devienne moins public, moins accueillant à tout le monde, moins ouvert aux usages "non conformes", que ce soit une manifestation, une marche ou quelque chose de subversif mais apolitique, comme dormir sur un banc ou se baigner dans une fontaine.

    Bryant Park, par exemple, peut être un bon endroit pour jouer au ping-pong, mais c'est toujours à Washington Square Park que les New-Yorkais se rassemblent. Pershing Square est censé être le cœur de Los Angeles, mais une des plus grandes "marches des femmes" du pays n'a pas pu s'y déployer correctement, parce qu'il est dessiné comme une forteresse. A l'inverse, des endroits qui n'ont jamais été des espaces publics, comme des terrains d'aéroports ou Zucotti Park durant Occupy Wall Street, peuvent subitement devenir des espaces publics parce que les citoyens ont décidé de les faire leurs. En réalité, l'espace public n'est pas là où le secteur public veut qu'il soit, mais là ou le public le requiert.

    Le "vrai" placemaking n'est pas qu'une histoire de créer des lieux pour y passer un bout de temps : il s'agit de créer des communautés capables de s'auto-organiser, c'est à dire de conduire leur destin, d'exprimer la révolte, la solidarité ou la célébration, d'échanger et de développer des idées neuves, et oui, de se baigner dans une fontaine. Quand des communautés se réunissent pour modeler leurs espaces publics, ces "communs" peuvent devenir un socle pour toutes formes de vie démocratique.

    Pour les Américains, le placemaking est une forme de démocratie directe et locale, particulièrement nécessaire à une époque où notre démocratie représentative est plus divisée, distante et chaotique que jamais. Pour nous tous, en ces temps d'angoisse, le placemaking peut être un moyen de "peacemaking" (faire la paix) entre nos communautés.

    L'espace public est peut-être une condition de la démocratie, mais sa seule présence ne suffit pas. Seul le peuple peut garantir sa "publicité" ainsi que la vitalité de notre démocratie.

    Photo du haut : Flickr common project. Photo du bas : Occupy Wall Street, en 2012.

    Traduction JP Ferrand.


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