• Les espaces publics et les jeunes

    Les espaces publics et les jeunesLa semaine dernière, lors d'une formation d'élus à l'urbanisme, le thème des espaces verts arrive sur le tapis, et j'ai à peine affiché à l'écran une photo de square de quartier avec une famille jouant paisiblement aux boules que j'entends ce commentaire :"Ah ouais, les espaces verts... ben si c'est pour avoir des jeunes qui font du boucan à 2 heures du matin, non merci".

    Ce propos tombe à pic, car voici qu'aujourd'hui, PPS (Project for Public Spaces) nous propose un intéressant entretien sur les jeunes et les espaces verts. Je l'ai traduit sans plus attendre pour vous l'offrir, chers lecteurs, car c'est là un sujet à la fois important et peu fréquemment abordé. Le texte est un peu long (c'est ça le problème avec les intellectuels, alors que l'élu sus-mentionné avait le mérite d'être concis) mais je vous le livre quasiment tel quel :

     Entretien avec Setha Low (professeur d'anthropologie culturelle)

    Il est facile de se sentir importun dans un endroit qui n'a pas été conçu en pensant à vous. Dans de nombreux espaces publics où l'on continue d'attirer des familles, de créer des espaces de jeux pour les jeunes enfants et d'améliorer l'accès des personnes âgées, une question se pose : Où les jeunes entrent-ils en scène?

     Les espaces publics sont des «tiers lieux» vitaux pour les jeunes ; des endroits pour exercer une indépendance retrouvée et explorer le monde en dehors de la maison, du travail ou de l'école. Ainsi, lorsque ces lieux deviennent peu accueillants ou même ouvertement hostiles aux activités des jeunes, ils peuvent très vite devenir un symbole d'exclusion. Dans ce contexte, PPS a interviewé Setha Low, anthropologue culturelle, professeur au Graduate Center de la City University de New York, et auteur de nombreux ouvrages (...). Alors que ses recherches examinent de près la politique et la diversité de l'utilisation des espaces publics, nous lui avons récemment parlé de ce que signifie être jeune dans les espaces publics d'aujourd'hui.

     

    Q : En plus de la présence des jeunes, quels sont les indicateurs qui révèlent qu'un espace public est favorable aux jeunes? Est-ce que des choses comme les médias sociaux, l'accès à Internet et le Wi-Fi public améliorent ou entravent l'inclusion ?

    R : Le plus important pour les jeunes dans les espaces publics, ce sont la flexibilité du lieu et l'impression d'être bienvenu. Mais de nos jours, la plupart de nos espaces privatisés ont beaucoup de règles, de police et de surveillance - les choses mêmes que les jeunes cherchent à éviter. Ils cherchent un endroit où ils peuvent sortir et faire ce qu'ils veulent, sans avoir à se soucier d'être surveillés. Les jeunes ont souvent dit qu'il y a deux choses différentes qui fonctionnent pour eux : d'abord, des possibilités d'activités qui les intéressent, comme le basketball ; et aussi la présence d'endroits pour s'asseoir et regarder d'autres jeunes. Donc, un endroit doit permettre non seulement de faire des choses, mais aussi offrir des façons de se regarder profiter de l'espace. De plus, certains des jeunes que j'ai interviewés ont dit vouloir des endroits où ils pourraient être séparés et indépendants. Des endroits pas secrets, mais où ils peuvent se retirer et avoir un peu d'intimité. Mais, d'abord, il s'agit d'enlever ce qui signale aux jeunes qu'ils ne sont pas souhaités.

     

    Q: Vous avez parlé de menaces spécifiques à l'espace public, à savoir le manque de représentation; la privatisation; injustice sociale; et la sécurisation. Certaines d'entre elles sont-elles particulièrement préoccupantes pour les jeunes?

     

     R : Cela concerne autant les jeunes que les autres. A mon avis, la privatisation et la sécurisation sont très en haut de la liste de ce qui pousse les jeunes à éviter des espaces. Quand il s'agit de représentation, c'est plus compliqué. Ce que l'on entend par "représentation", c'est le fait d'avoir quelque chose qui accueille et attire les gens, donc cela diffère selon la culture, le genre et l'âge. Les jeunes sont les premiers à être chassés d'un espace en raison d'un manque de reconnaissance de leurs différences et de leurs besoins (...).

     Les jeunes sont souvent confrontés à des interactions irrespectueuses avec les autorités et à un manque de justice, on le voit dans l'absence de procédure rationnelle pour déterminer comment utiliser un espace. Prenez un terrain de jeu, par exemple. Un jour, vous découvrez que la ville a décidé de faire payer 15 $ pour utiliser un terrain de foot que vous utilisiez gratuitement par le passé. Après quoi les adultes se mettent à payer et à l'utiliser. Dans un district de San Francisco, des jeunes ont été exclus des terrains de foot qu'ils utilisaient depuis toujours parce que les personnes plus âgées avaient payé pour les utiliser. Les jeunes ont porté l'affaire à l'Hôtel de Ville et ils ont eu gain de cause.

     

     Q : En ce qui concerne la création de lieux, telle qu'elle est pratiquée de nos jours, considérez-vous que les outils et les stratégies utilisés favorisent ou entravent l'inclusion ?

     

    R : Je pense que l'un des problèmes avec la création de lieux est que certains reposent beaucoup sur des stratégies commerciales : il s'agit d'augmenter l'offre de magasins et de restaurants pour apporter de l'animation. C'est précisément ce qui pourrait gentrifier une zone et décourager les jeunes d'utiliser ces espaces.

     

    Q : Vous avez mentionné «la discussion, la coopération et, parfois, le conflit» comme des morceaux de vie civique qui se jouent dans les espaces publics. Comment ces trois pièces se jouent-elles spécifiquement pour les jeunes ?

     

     R : Tout d'abord, les gens s'inquiètent s'il y a un conflit, même si cela peut être très bénéfique. Avoir des divergences d'opinions et les résoudre a un impact positif sur la solidarité sociale. Nous considérons habituellement que la création de lieux est une coopération, mais il peut y avoir création de lieux dans le conflit. Mais permettons-nous jamais qu'il y ait un conflit ? Dès que cela se produit, les gens veulent exclure les jeunes. Il y a des conflits inhérents à l'utilisation de l'espace, et nous pourrions utiliser cela de façon plus positive qu'en chassant les jeunes. Un petit conflit n'est pas une mauvaise chose.

     

     Q : Quels liens la question de la jeunesse dans les espaces publics entretient-elle avec le thème plus large de la justice sociale dans les espaces publics?

     

    R : Un espace public viable doit accueillir de la jeunesse. Beaucoup de nos stratégies de Placemaking tendent à chasser les jeunes qui utilisent déjà un espace, par exemple en ajoutant plus de choses à acheter, en proposant des activités familiales, en attirant les gens aisés et en essayant de rendre l'endroit «plus sûr». Nous considérons les personnes âgées et les jeunes enfants comme des populations vulnérables, et pourtant nous prêtons peu d'attention à notre jeunesse.

     

    Q : Comment la création de lieux (...) peut-elle être conçue pour répondre aux menaces qui pèsent sur l'espace public telles que vous les identifiez?

     

     R : (...) Supposons que vous travaillez sur un espace et que les gens réclament davantage de policiers. Nous devons nous assurer qu'il y a des jeunes autour de la table, leur permettre de parler et de dire «ça ne va pas améliorer les choses pour nous, nous nous en éloignerons». Quand ils sont laissés de côté, ils se sentent très à l'écart. Être sensible à ce risque est indispensable - tout en étant conscient que certains types de solutions de Placemaking ne fonctionnent pas pour les jeunes. Il ne s'agit pas de tout changer, mais nous devons voir qu'ils ont des besoins spécifiques et qu'ils ont une perception différente du processus. Par exemple, nous devons rassembler différents groupes d'âge sans faire de police. Quand vous entendez des personnes plus âgées qui s'inquiètent de voir des jeunes dans les espaces publics, qu'est-ce que vous faites de cela en tant que Placemaker ? Cela nous rappelle ce que c'est que l'exclusion.

     

    Q: Quelles sont les compétences que notre société devrait offrir aux jeunes pour améliorer les espaces publics? Comment les jeunes peuvent-ils mieux faire face aux obstacles politiques et bureaucratiques auxquels ils sont confrontés dans l'amélioration des espaces publics?

     

    R : Ils font partie des concepteurs, des constructeurs, des penseurs et nous les mettons au centre. Les jeunes dans la plupart des pays où je travaille sont ceux qui construisent eux-mêmes les espaces publics.


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