• Quand les hirondelles mènent aux jeunes...

    Quand les hirondelles mènent aux jeunes...L'autre jour, je racontais comment la recherche d'une colonie d'hirondelles de rivage m'a conduit à... une exposition sur les jeunes. Quatre jours plus tard, me voici dans un friche industrielle et portuaire d'une commune littorale proche de Lorient, au milieu d'anciens dépôts sabliers dont il s'agit d'évaluer l'intérêt écologique et social. Coup double dès l'arrivée : une belle colonie d'hirondelles de rivage est installée dans une petite falaise sableuse, et juste derrière le promontoire s'élève une colonne de fumée prometteuse de riches observations sociotopiques. Un groupe de cinq jeunes de 14/15 ans, bien dissimulé dans un creux de terrain, est en train de faire griller des saucisses. Ils sont tous venus à vélo depuis les quartiers environnants pour profiter du soleil dans leur coin favori, et comme ils sont d'humeur causante, la conversation s'engage facilement et mon questionnaire est vite rempli. On est typiquement là dans un espace de liberté : pas de statut foncier bien déterminé, accès ouvert, proximité de la ville tout en étant à l'abri des regards, possibilité de nombreuses activités informelles (dévaler les pentes sableuses à VTT... ou avec des motos de cross), pas de risques de déranger le voisinage...) Mes ados sont du genre "gentils" : "on fait attention à ne pas déranger, on reste à l'écart de la colonie d'hirondelles, on ramasse nos déchets... et même ceux des autres". Il va falloir que le plan de gestion du site compose avec ces usages informels... Pas simple, mais ce n'est pas le propos pour le moment.

    Je décline l'offre d'une saucisse, sympathique mais pas vraiment ce qu'il me faut par cette chaleur, pour me rendre un peu plus loin, le long d'un chantier naval actuellement fermé. Là encore, un groupe de cinq jeunes, mais plus âgés (dans les 18 ans), tous venus à moto et assis à l'ombre d'un bâtiment. L'ambiance est un peu plus dure et les attitudes sont plus méfiantes, mais une certaine confiance finit par s'installer. J'apprends que c'est ici le lieu favori de ce groupe, parce qu'il s'y trouve une section de voie quasi inutilisée sur laquelle il est possible de faire pas mal de choses plus ou moins légales à moto, ce qui offre de temps à autre de franches parties de rigolade avec les "schmitz" (les keufs, quoi, dans le langage des vieux) : "Quand ils arrivent, on a nos coins pour se cacher, et on attend jusqu'à ce qu'ils soient partis". Les propositions pour le site se mettent à fuser, pas toujours très adaptées au futur plan de gestion ("Un champ de cannabis !", "Des putes, ouaah, nous on veut des putes !), mais aussi beaucoup plus réalistes ("aménager un accès à la plage pour pouvoir aller se baigner, nettoyer la plage, installer un coin pour les grillades dans le genre buses en ciment"). De quoi alimenter le diagnostic d'usage social, donc, mais aussi un aperçu des difficultés de "normer" l'usage d'une friche péri-urbaine qui, d'espace de liberté, peut vite dégénérer vers une zone de non-droit.

     


  • Commentaires

    1
    Mardi 8 Mai à 17:12

    Intéressant cette approche croisée des sociotopes et de la jeunesse. Ça m'évoque beaucoup Riad Sattouf ! Il y aurait un atlas à faire sur les sociotopes des jeunes !

    Merci pour ces pépites.

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