• Sociotopes norvégiensEn cette fin juin 2018, alors que le sud de la Scandinavie souffre de la sécheresse, le nord de la Norvège bat ses records de pluviométrie et de faible ensoleillement. Le froid est aussi de la partie, avec des températures maximales allant de 6 à 10 degrés. Voilà des conditions idéales pour faire des observations sur les usages des espaces extérieurs par les habitants, même si la tâche promet d'être un peu plus ingrate qu'en Grèce deux mois auparavant.

    Première escale à Tromsø, une ville dynamique de 80 000 habitants, que pour des raisons mystérieuses la littérature touristique qualifie de "Paris du Nord" - peut-être parce que c'est la seule ville ressemblant vraiment à une ville dans le nord de la Norvège. Au bout de quatre jours, pas moyen d'y repérer un quelconque lieu d'interactions sociales en plein-air, Sociotopes norvégienssauf peut-être la place du marché, où une Française frigorifiée tente de vendre des pulls aux touristes, ainsi que les quais du port, où les badauds sont essentiellement des touristes. Pour voir du monde, il faut paradoxalement s'écarter un peu de la ville et se rendre par exemple autour du lac de Prestvannet, un vaste espace naturel regorgeant de vie sauvage et entouré d'un dense réseau de sentiers et pistes cyclables. Là, les autochtones se sentent manifestement très bien, quel que soit le temps, pour se balader, courir ou faire du vélo, ce qui nous permet de proposer une hypothèse : si les sociotopes des Grecs servent bien davantage à la conversation qu'au sport, ce serait plutôt l'inverse chez les Norvégiens, tout au moins ceux du nord.

    Escales suivantes dans l'île de Senja, où des villages de pêcheurs s'égrènent le long de la côte là où les montagnes laissent un peu de place pour construire - en fait de villages, d'ailleurs, il s'agit essentiellement de traînées d'urbanisation très lâches. Certains de ces "villages" sont extrêmement isolés et ne sont accessibles par la route que depuis les années 1990. Les seuls espaces de rencontre, à part le parking de l'unique magasin, sont des terrains de jeux pour enfants, au demeurant peu fréquentés. Même dans l'île de Husøy, dont la configuration exiguë impose une urbanisation assez compacte, on ne voit rien qui ressemblerait à une placette où les gens pourraient se retrouver et il n'y a que deux bancs, vides en cette soirée où le soleil daigne se montrer après une longue absence. Pour les jeunes, il existe un terrain de jeux peu entretenu où jouent quatre petites filles, et pour les adultes, même pas de café mais une salle commune dans le bâtiment de la supérette, à l'aspect peu avenant. Interrogée sur les pratiques sociales locales, une habitante de Senja nous confirme que les adultes ne sont pas spécialement portés à se rencontrer, préférant les conversations par téléphone.

    Pour autant, une journée de grand beau temps va nous montrer qu'il peut exister des sociotopes animés, à la fois intergénérationnels et interculturels, dans un lieu inattendu sous ces latitudes : la plage ! A suivre.

    Photo du haut : place donnant sur le port à Tromsø. Photo du bas : les deux bancs publics de Husøy.


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  • Lecture : "La fraîcheur de l'herbe"Le dernier livre de l'historien Alain Corbin, La Fraîcheur de l'herbe (Fayard Histoire, 238 pages, 19 €), n'est sûrement pas la plus fracassante de ses œuvres au plan de la recherche historique, et il n'a pas la même ambition que Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot, déjà évoqué ici. Plus que d'un travail d'historien à proprement parler, il s'agit d'une déambulation érudite à travers les arts et la littérature, sur le thème de notre rapport à l'herbe "de l'Antiquité à nos jours".

    Regrettant que ce rapport se soit beaucoup distendu, et en particulier que les enfants aient de moins en moins l'occasion de pratiquer l'herbe - pour s'y balader pieds nus ou y jouer, par exemple , l'auteur met en évidence le rôle central de l'herbe dans notre imaginaire, nos représentations et nos pratiques de l'espace. Il souligne également, un peu comme Bachelard l'avait fait avec l'eau, la diversité des symboles attachés à l'herbe selon qu'elle est folle ou domestiquée, associée à la vie, à la mort, à la paresse ou, bien sûr, à l'érotisme. Et là, notre éminent historien se révèle particulièrement inspiré, consacrant au sujet deux chapitres éloquemment intitulés Deux pieds de marbre blanc brillent sur l'herbe verte et L'herbe, lieu d'une "grande fornication".  On y trouvera, comme dans tout le reste de l'ouvrage, de bien jolies citations, et on ne pourrait que conseiller aux laborieux chargés d'études en biodiversité d'en émailler de temps à autre leurs rapports, histoire de les rendre un peu moins indigestes.

    Un des intérêts de ce travail est de rappeler que le débat entre les tenants de l'herbe haute et fleurie et ceux du gazon tondu bien ras ne date pas d'aujourd'hui, d'autant qu'il renvoie à l'éternel conflit entre les valeurs d'ordre et de liberté.

    Une citation pour finir : "...la déconnexion essentielle - qui, certes, n'est pas générale - entre l'enfant et le monde de l'herbe. Ce seul fait bouleverse l'histoire de l'émotion, perturbe le dessin de la nostalgie. En un mot, un clivage générationnel s'est établi, puis creusé.  La dislocation de l'ancien socle agricole a rendu rares les expériences sensuelles qui se déroulaient sur le pré. Elle a fait oublier la gamme des gestes permis par l'herbe, tels que les roulades d'enfants sur les prairies en pente ou les embrassements amoureux au sein des hautes herbes".

    Photo : parc Montsouris, Paris, 23 juin 2018


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  • Espaces publics urbains et nouvelles pratiques sportivesL’exemple de la Grèce nous a suggéré que si l'on veut bien vieillir, il n'est pas forcément nécessaire de faire du sport dès lors que l'on a une vie sociale riche. Mais pour les gens qui tiennent absolument à faire du sport, les espaces publics urbains offrent une vaste gamme de possibilités, même s'ils ne sont pas conçus pour cela.

    Un article récemment publié sur le site de la Caisse des Dépôts attire l'attention sur le développement de nouvelles activités sportives en ville et signale que "les rues, les places, les parcs, les squares, les quais, les esplanades sont particulièrement révélateurs des recompositions des pratiques sportives", le plus souvent individuelles et échappant à toute forme d'organisation. Particulièrement intéressants pour nous sont les phénomènes de détournement de certains espaces, qui témoignent à la fois de besoins du public et de qualités spécifiques de certains lieux, mais qui posent aussi divers problèmes aux municipalités : sécurité, maintenance, cohabitation avec les usagers normaux de l'espace... L'article indique aussi que la "gentrification" des villes accroît la demande d'un public jeune et branché, prompt à s'adonner à de nouvelles modes ou à tirer parti de nouveaux lieux, même les plus improbables. D'où des risques de conflits avec les autorités, dont témoignent par exemple, pour prendre un exemple récent, les polémiques autour du "street fishing" à Paris. L'idée d'offrir à ces pratiques des lieux spécifiques n'est pas forcément une solution : cela peut coûter cher à la collectivité et il n'est pas garanti que les aménagements soient utilisés longtemps, lorsque l'on est en présence de modes et qu'une partie du plaisir vient justement du détournement.


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  • L’exemple de la Grèce nous a suggéré que si l'on veut bien vieillir, il n'est pas forcément nécessaire de faire du sport dès lors que l'on a une vie sociale riche. Mais pour les gens qui tiennent absolument à faire du sport, les espaces publics urbains offrent une vaste gamme de possibilités, même s'ils ne sont pas conçus pour cela.

    Un article récemment publié sur le site de la Caisse des Dépôts attire l'attention sur le développement de nouvelles activités sportives en ville et signale que "les rues, les places, les parcs, les squares, les quais, les esplanades sont particulièrement révélateurs des recompositions des pratiques sportives", le plus souvent individuelles et échappant à toute forme d'organisation. Particulièrement intéressants pour nous sont les phénomènes de détournement de certains espaces, qui témoignent à la fois de besoins du public et de qualités spécifiques de certains lieux, mais qui posent aussi divers problèmes aux municipalités : sécurité, maintenance, cohabitation avec les usagers normaux de l'espace... L'article indique aussi que la "gentrification" des villes accroît la demande d'un public jeune et branché, prompt à s'adonner à de nouvelles modes ou à tirer parti de nouveaux lieux, même les plus improbables. D'où des risques de conflits avec les autorités, dont témoignent par exemple, pour prendre un exemple récent, les polémiques autour du "street fishing" à Paris. L'idée d'offrir à ces pratiques des lieux spécifiques n'est pas forcément une solution : cela peut coûter cher à la collectivité et il n'est pas garanti que les aménagements soient utilisés longtemps, lorsque l'on est en présence de modes et qu'une partie du plaisir vient justement du détournement.


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  • "Fake wiews" : les espaces publics du rêve à la réalitéSous le titre "Fake views : le contraste entre les images de synthèse et la réalité", la revue suédoise en ligne "Architeckturupproret" a publié le 6 juin un article édifiant qui commence comme suit : "Un soleil radieux, des enfants qui jouent, une verdure omniprésente, des nouveaux quartiers urbains avec une faune plus riche que l'arche de Noé : nous avons tous vu ces images de synthèse qui promettent un environnement idyllique mais qui aboutissent à un cauchemar visuel. Voici quelques exemples de ces dernières années".

    Nous aussi, nous avons tous vu de telles images, et il est intéressant de constater que lorsqu'il s'agit de faire la promotion de n'importe quel ensemble immobilier ou projet urbain, les communicants au service de l'aménageur (et bien souvent les architectes eux-mêmes) déploient un réel talent pour produire des simulations visuelles pleines de verdure, d'enfants, de promeneurs et de cyclistes, comme si ces représentations étaient supposées séduire et faire vendre. Et "Fake wiews" : les espaces publics du rêve à la réaliténous aussi, nous pouvons constater une fois le projet réalisé que les parkings ont bien souvent remplacé la verdure et qu'on ne voit pas d'enfants jouer ni de cyclistes en balade. Les aménageurs pourraient au moins avoir l'honnêteté, comme les fabricants de plats préparés, d'adjoindre à l'image la mention "suggestion de présentation", car chacun sait que l'aspect de l'assiette ressemble rarement à la photo de l'emballage.

    Je ne sais pas pourquoi cet article, que vous pouvez consulter ici pour les illustrations, m'évoque la chanson "Foule sentimentale" d'Alain Souchon ("...pour demain nos enfants pâles, un mieux, un rêve, un cheval"). Mais pour en arriver à des considérations plus techniques, il serait intéressant de se demander si de telles dérives résultent nécessairement d'une tromperie volontaire sur la marchandise, ou si ce n'est pas (aussi) une affaire de ratés ou de maillons faibles dans la chaîne de production urbanistique. Cette longue chaîne, qui va du plan d'urbanisme jusqu'au projet réalisé dans son environnement fini, implique une multitude d'étapes et d'acteurs, et à chaque étape il peut exister des risques de dérapages entre les belles idées initiales et la réalité finale. L'idée à première vue déprimante  selon laquelle "le ratage est inéluctable" me semble en réalité très productive si elle oblige à se demander à quelles étapes et pour quelles raisons il risque d'y avoir des dérapages. C'est un exercice auquel j'ai essayé de me livrer la semaine dernière lors de deux exposés publics sur "la boîte à outils du PLU" (image ci-contre en bas), en montrant avec des exemples comment des orientations d'aménagement et de programmation (OAP) peuvent être tenues en échec, soit par mauvaise volonté ou défaut d'exigence, soit parce qu'elles portent en elles-mêmes les germes de leur échec, particulièrement en ce qui concerne les espaces verts et les cheminements pour piétons et cyclistes.

    Photo : auteur indéterminé, extraite de l'article. Image du bas : document JP Ferrand.

     


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  • Forme urbaine et territoire social : des espaces pas si "communs"Sous le titre "Uncommon Ground: Urban Form and Social Territory" (téléchargeable ici en anglais) l'urbaniste suédoise Eva Minoura a publié en 2016 une thèse de doctorat consacrée au fonctionnement des espaces dits "communs" dans les quartiers d'habitat collectif. Nous avons déjà parlé de ses travaux à propos des pieds d'immeubles, voici un résumé de son travail, traduit, un peu réécrit et "déjargonné" en espérant que soit raisonnablement compréhensible :

    Dans tout design urbain, il y a une négociation implicite entre les intérêts publics et privés. Cette négociation est lisible dans les façades, les clôtures et même dans des limites plus subtiles qui séparent tel ou tel élément.  La façon dont les espaces sont encadrés, dont les interfaces sont matérialisées, produit une variété complexe de situations spatiales. Dans la ville, l'interaction entre l'espace ouvert, les bâtiments et les limites produit un patchwork de sous-espaces, que l'on peut considérer comme des territoires urbains potentiels. La plupart d'entre nous connaissent les résultats de la production territoriale et sont capables de reconnaître que les clôtures, le mobilier ou les plantations expriment des revendications de l'espace par un individu ou un groupe. Cependant, la raison de concevoir ce processus comme une production territoriale n'est pas forcément évidente. Les conséquences de la production territoriale sur la perception et le comportement sont plutôt sous-analysées, notamment en ville.

    La thèse se penche spécifiquement sur les réponses territoriales à la forme urbaine que sont les cours et jardins communs dans les ensembles de logements collectifs, ces espaces représentant des "arènes sociales" potentielles.Se basant sur la théorie de la territorialité et des communs pour conduire des études morphologiques utilisant des techniques d'analyse spatiale, la thèse propose que les utilisations territoriales de l'espace sont en partie liées aux caractéristiques de la forme urbaine. Elle explore les fondements spatiaux des revendications sur l'espace, en examinant les perspectives historiques, sociologiques et architecturales et les implications sur les pratiques actuelles de la planification. Des parallèles sont établis avec le rôle de l'exclusion et de la rivalité dans la production de biens sous l'angle de la théorie des communs.

    A partir du moment où l'on reconnaît que même des territoires comme les cours fonctionnent différemment selon les caractéristiques de la forme urbaine, il devient possible de concevoir des espaces ouverts présentant une plus grande utilité sociale. En particulier, le professionnel impliqué dans la production des environnements urbains, que ce soit en planification, en conception ou en construction, a besoin de savoir que  la délimitation spatiale favorise le sentiment d'appartenance, tandis que l'espace et la taille déterminent la fréquence d'utilisation. A une époque où l'on met l'accent sur le "durable" en matière d'urbanisme, le fait de tenir compte de la durabilité sociale dans l'usage des sols amène à reconnaître ce qui incite les habitants à utiliser ces espaces et à en prendre soin. De plus, l'importance de la lisibilité des interfaces entre public et privé a également des implications sur la manière de concevoir l'espace public. Ce qui semble avoir été insuffisamment problématisé dans le passé, ce sont ces terrains non exclusifs qui donnent l'impression d'être des parcs, mais qui ne fonctionnent pas comme tels sur le plan territorial. La thèse montre comment une base théorique peut soutenir des interventions de conception, et même de la densification, pour résoudre de telles situations d' «instabilité territoriale».

    Commentaire : ce résumé ne suffit pas à répondre à la question soulevée dans l'article suivant et dans mon échange avec Alexander  Ståhle. En combinant ce texte avec d'autres du même auteur, et sans avoir lu la thèse elle-même, on peut comprendre que des limites public / privé absentes, mal posées ou mal configurées peuvent engendrer des situations d'ambiguïté et d'inconfort, tant pour les habitants que pour des personnes extérieures, expliquant que ces espaces soient finalement sous-utilisés. Cette approche ne me semble cependant pas totalement convaincante, surtout lorsque l'on constate la facilité avec laquelle enfants et jeunes savent tirer parti des "espaces ambigus" aux statuts et contours mal définis. Il y a là pour le moins matière à réfléchir et à discuter.


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  • Espaces de transition public / privéLes tweets de "monsieur Sociotopes" Alexander Ståhle sont pour moi une source inépuisable d'idées. Aujourd'hui, son tweet du 14 juin me trouble : commentant la photo ci-contre, il considère que "sans limites claires, l'espace public risque d'être occupé par des intérêts et équipements privés. C'est une menace pour la vie publique dans la cité et ses espaces verts".

    A priori je ne vois pas ce qu'il y a de choquant dans la photo. On y voit une sorte d'espace de transition entre l'espace privé à gauche et l'espace public à droite, avec effectivement une présence de matériels privés mais sous une forme qui préserve un usage collectif du lieu. Cette absence de limite entre les domaines privé et public, cette souplesse sont justement ce que l'on apprécie de trouver si souvent en Suède, où barbecues et jeux d'enfants posés dans les espaces publics sont autant d'indices d'utilisation par les habitants. Autant l'absence de limites nettes peut être préjudiciable aux espaces publics en ville, où les pressions des intérêts privés et marchands sont fortes, autant elle peut paraître tolérable voire bénéfique dans le genre d'environnement que l'on voit sur la photo. Cela pose toutefois la question de "l'appropriation" des espaces publics par les habitants, un terme fort ambigu que nous avons eu l'occasion de critiquer ici.

    J'ai demandé à Alexander Ståhle des précisions voire des références documentaires qui lui permettraient d'étayer son jugement, je vous tiendrai informés de sa réponse. Il s'agit là d'un sujet important pour les personnes qui travaillent dans la planification urbaine et les politiques de "trames vertes".

    PS : la réponse est dans la thèse de doctorat de l'urbaniste Eva Minoura, qui fait l'objet de l'article suivant.


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  • Des sociotopes en Norvège ?Bien que proche de la Suède, "berceau des sociotopes" comme nul ne l'ignore, la Norvège ne semble pas s'être signalée par des recherches ou des actions particulières dans le domaine des espaces publics. Il est vrai que dans ce pays froid et pluvieux, où l'autochtone n'a pas la réputation d'être particulièrement bavard, le rapport aux espaces publics peut paraître assez lâche. Voyageant en Norvège du Nord en 1977 et 1978, j'avais été frappé, comme d'autres visiteurs français j'imagine, par la quasi-absence de lieux de rencontre à ciel ouvert, ceux-ci étant souvent réduits, en dehors des rares villes, à un morne kiosque à saucisses posé à un carrefour central. Pas de cafés non plus, ce n'était pas dans une culture marquée par un certain rigorisme protestant. Au surplus, les Norvégiens avaient une propension marquée à Des sociotopes en Norvège ?construire leur maison le plus loin possible de celles des autres, étant manifestement plus soucieux d'avoir leur quai et leur bateau devant leur maison que de pouvoir échanger commodément avec leurs congénères. Cela produisait des formes d'urbanisation extrêmement lâches et étirées le long des routes et de la mer.

    Visitant Bergen en 2007, j'ai été amené à réviser mon point de vue. Bien que cette ville soit l'une des plus arrosées d'Europe (2000 mm par an !), elle possède de superbes espaces publics qui se remplissent à la première éclaircie, ainsi que maintes terrasses de cafés et de restaurants prises d'assaut en fin de semaine. Les choses avaient-elles déjà changé en vingt ans, ou cette ambiance était-elle spécifique à cette ville, réputée particulièrement attrayante et animée ? Il est probable que la Norvège n'échappe pas à la "méridionalisation" des modes de vie, spectaculaire et bien documentée dans les autres pays Des sociotopes en Norvège ?nordiques (Danemark et Suède en particulier) où les terrasses en plein-air connaissent un succès inimaginable il y a quelques décennies. L'urbaniste danois Jan Gehl aime d'ailleurs à rappeler ces braves "réalistes" qui, dans les années 1960, ne voyaient pas l'intérêt de rues piétonnes à Copenhague au motif que la vie à l'extérieur n'était pas dans la culture locale. De même qu'à Oslo, Stockholm ou Helsinki, des quantités de gens pédalent sous la neige, de même on y voit des gens s'enrouler dans des couvertures pour le plaisir d'un café et d'une conversation en plein-air.

    Dans une semaine, je retourne à Tromsö sous le soleil de minuit, 40 ans après ma première visite. Entre temps, la ville est passée de 40 000 à 70 000 habitants et il va être intéressant de voir ce qui a pu changer dans le rapport des habitants aux espaces publics, sachant qu'il y neigeait encore la semaine dernière. Des nouvelles de ces observations durant la seconde quinzaine de juillet.

    Photos : en haut, le port d'Årviksand (138 habitants) en 1978 ; au centre, le port de Bergen en 2007 ; en bas, paysage norvégien sur le plateau du Hardanger entre Bergen et Oslo.


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