• Une carte participative pour implanter 100 bancs dans 100 lieuxPour célébrer le 100è anniversaire de l'indépendance de la Finlande, la ville d'Espoo a décidé d'implanter cent bancs publics dans cent lieux différents de la commune, et de leur faire raconter des histoires par l'intermédiaire de codes QR implantés sur chaque dossier. Les habitants ont été invités à proposer les lieux qu'ils considéraient comme idéaux pour l'implantation de ces bancs, en utilisant le service de cartographie participative "Maptionnaire", développé par des Finlandais et présenté dans ce blog il y a deux ans. Soit dit en passant, ce service semble vraiment formidable, mais il est payant, et pour ma part je n'ai encore jamais trouvé le moyen de le vendre du fait de son coût, mais rien ne vous empêche d'essayer si vous connaissez des collectivités capables d'investir dans cet outil.  Bref, Maptionnaire a collecté 650 réponses portant sur 350 lieux, parmi lesquels 100 ont finalement été retenus.

    En attendant que les bancs soient posés, une autre enquête Maptionnaire a été lancée afin de collecter des histoires vécues portant sur chacun de ces bancs et de les rendre accessibles au moyen d'un code QR. Plusieurs histoires pouvaient être enregistrées pour chaque banc, et ce sont au total 1100 histoires qui ont été enregistrées... jusqu'à présent, car le dispositif permet d'ajouter des histoires en permanence toujours via le code QR.

    Cette opération présente au moins trois intérêts dans notre perspective :

    - On peut supposer que les bancs seront à la fois bien placés et utilisés par le public, ce qui n'est pas toujours le cas quand le choix des emplacements est laissé à la seule appréciation des employés municipaux.

    - C'est un nouvel exemple, très concret, d'utilisation de la carte participative appliquée à la mise en valeur des espaces publics.

    - On peut aussi être séduit par la possibilité d'enrichir en permanence le stock d'histoires associées à chaque banc, et donc par l'aspect évolutif de cette réalisation. Les attardés réfractaires à l'usage du smartphone (je sais de quoi je parle !) ne sont évidemment pas concernés, mais il leur reste toujours la possibilité de venir sur ces bancs avec un bon bouquin, car après tout il y a aussi de belles histoires dans les livres.

    L'opération est racontée ici dans une petite vidéo en anglais - et pas en finnois, rassurez-vous. Et vous avez ici une petite vidéo publicitaire pour Maptionnaire ; un bon concept, encore faut-il que les collectivités aient à la fois la volonté et la capacité d'intégrer pleinement cet outil dans leurs processus de décision.


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  • "How to turn a place around" : revoici le rond-point !J'ai reçu hier la nouvelle version de "How to turn a place around", le manuel de réhabilitation des espaces publics édité par l'association américaine PPS (Project for Public Spaces). Cet ouvrage est dédié à notre cher William H. Whyte et s'achève sur une citation de lui. Nous y reviendrons, bien sûr, mais je rappelle que W.H. Whyte a défini il y a une cinquantaine d'années les ingrédients d'un espace public réussi. Il déclarait ainsi que "si vous voulez qu'un espace marche bien, mettez-y de quoi manger", et soulignait l'importance d'offrir des toilettes, le lien fonctionnel avec la proposition précédente étant assez évident. Or, voici que nos porteurs de chasubles réfléchissantes nous apportent une illustration éclatante de ces principes fondateurs, par leur capacité à transformer un rond-point routier en un lieu d'intenses interactions sociales.

    Même si "How to turn a place around" n'a pas du tout le même sens que "How to turn around a place" (la première phrase signifie "comment transformer un lieu" en retournant sa situation, ou si vous préférez "en le mettant cul-par-dessus-tête"), l'image du rond-point n'est pas loin. En l'occurrence, notre propos au sujet du rond-point est de savoir "How to turn around a place around which you turn", vous suivez ? On imagine le parti qu'un Raymond Devos aurait pu tirer de cette figure, mais Ouest-France du 12 décembre (voir ci-contre) nous ramène à des considérations plus pratiques, car nous y apprenons que grâce à l'inventivité desdits porteurs de chasubles, un anonyme rond-point des Herbiers (Vendée) est devenu un des meilleurs sociotopes du moment.

    Jugez plutôt : "Le campement a des airs de guinguette (...). A l'entrée, un feu brûle dans un bidon, alimenté par un important stock de bois amassé derrière la cahute. Et à l'intérieur de celle-ci, un banc construit sur place, une table, une chaise de camping et de nombreuses victuailles. Ici, on prend son café, on mange des viennoiseries, on se réchauffe, avant de retourner à la barrière de péage. Midi et soir, le barbecue est sorti pour faire griller la viande (...). Dernière installation en date, des toilettes sèches à l'arrière du campement. "Ça commence à faire un moment qu'on est là. Jusque là, on allait dans les buissons. Pour les hommes, c'est simple, mais les femmes commençaient à râler (...). Il n'aura fallu que trois planches en bois, un seau et de la sciure". L'article nous apprend également que des liens se sont créés, que des couples se sont formés, et qu'il est même prévu d'organiser un mariage sur place.

    C'est tout à la fois "L'an 01" imaginé par Gébé en 1973, le principe "Lighter / quicker / cheaper" en action, la frugalité heureuse, la décroissance en marche grâce aux palettes et aux toilettes sèches... Il ne reste plus aux porteurs de chasubles qu'à valoriser leur savoir-faire pour promouvoir les techniques de Placemaking dans leurs communes, avec l'aide des bonnes recettes de "How to turn a place around".

     


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  • Skateparks & Co., la suiteMon article de ce matin, ainsi que l'article de Ouest-France qu'il commentait, ont suscité dans la journée d'intéressants échanges entre des professionnelles de l'aménagement concernées par le projet de skatepark dont il était question. Je vous en livre l'essentiel ici :

    1) "Ma question est simple : que demandent les filles ? Je reconnais que la fréquentation de tels équipements est plus forte par les garçons que par les filles, mais je me demande ce que voudraient celles-ci du point de vue des équipements. Mon sentiment personnel est que (les filles) recherchent des lieux pour se retrouver, discuter et potentiellement entrer en contact avec la gent masculine. Peut-être faudrait-il à proximité directe de ces équipements une sorte de petit kiosque avec des tables et des chaises ? "

    2) (la même intervenante, après avoir lu mon article) : "proposer des équipements "genrés", n'est-ce pas la pire réponse ? Par ailleurs je ne suis pas tout à fait d'accord avec les remarques du géographe relatives aux effets des stades de foot… On sent à travers ses propos tout son désamour pour ce sport. En ce qui concerne les enfants, je constate un réel bénéfice à laisser mon second fils gambader sur le stade et surtout, une grande différence les jours de pluie où l’entrainement est annulé. Après l’entrainement, j’ai un petit garçon serein et heureux alors que s’il ne court pas, il saute partout dans le salon et attaque ses frères avec les coussins du canapé… L’effet sport bénéfique et défouloir existe bel et bien et le fait de focaliser sur les débordements de certaines équipes sportives me semble  réducteur.

    (...) Le foot féminin progresse largement (il était temps) : partout dans les petites communes, des équipes féminines apparaissent et pour la première fois en 2018, un ballon d’or a été attribué à une femme ! Quant aux sports de glisse, c’est vrai on y voit encore beaucoup d’hommes, mais le pilote de BMX le mieux payé au monde est quand même une femme… Et la France brille plus par ses féminines que par les masculins en compétitions…  Alors même si les propos du géographe sont intéressants et à prendre en compte, nous ne devons pas culpabiliser de proposer de tels équipements sur une commune. Il faut en revanche proposer des alternatives" (suivent diverses propositions concrètes concernant la commune en question). 

    3) Les street parks sont beaucoup plus accessibles que les skateparks, donc ils sont adaptés au plus grand nombre. Quand j'étais ado je rêvais de faire du skate. Je n'en ai jamais fait car c'était considéré comme un sport de garçons. Une fille ne pouvait pas faire de skate ! Je ne pense pas que ce soit le skatepark le problème. Je pense que plein de filles veulent en faire, mais le problème est que c'est acté comme sport masculin et donc les filles s'auto-censurent. Le top serait de faire ce street park accompagné de cours exclusivement féminins pour inciter les filles à y aller.

    4) Je suis tout à fait d'accord avec (3)  sur le fait que l'idéal serait Street Park + cours pour tous ou intervention pour expliquer que les filles aussi y ont leur place ! Le problème n'est pas que ce type d'équipement soit pour les garçons, c'est qu'on laisse croire aux filles que ce ne soit pas pour elles ! Et elles-mêmes sont intègrent ce discours et se limitent. Cela dit, il existe des ouvertures, par exemple sur le patin avec le patinage de loisir, artistique ou le roller derby qui sont plus "féminins".  Peut être penser à des espaces pour les pratiquer ? Ou plus largement un espace libre pour que les enfants pratiquent d'autres types de jeux : balle au prisonnier, élastique, corde à sauter... Qui peuvent traditionnellement être plus pratiqués par les filles. Mais effectivement, des espaces pour discuter avec des bancs, des tables, des mobiliers moins formels, exposés au soleil et ombragés (des balancelles, j'adorais les balancelles gamine) bénéficieraient pas mal aux filles (et au garçons. Et aux rencontres !) Avec des toilettes et un point d'eau, si vous voulez des filles, des toilettes, c'est important. Enfin je pense que beaucoup vient aussi de la manière dont c'est vendu par la ville : parler des filles dans le projet, car souvent quand on parle d'"enfants", on entend "garçons", finalement... Et éviter les discours du genre "surtout les garçons, ils ont besoin de bouger" . Si on inclut bien les filles dans la démarche, dans les actes et dans le discours, je suis persuadée que ça renforcera leur légitimité au moment d'utiliser les équipements !

     

    Bien, alors voici où nous en sommes à la fin de cette journée :

    1) Yves Raibaud a tort de démolir le foot et ferait mieux de promouvoir le foot féminin (entre parenthèses, je n'aurais jamais imaginé que je défendrais le foot une seule fois dans ma vie... ce jour est arrivé !)

    2) Ses propositions sont un peu courtes : la parité (qui existe déjà dans les conseils municipaux) n'est sûrement pas la panacée et les "budgets genrés" ne suffisent pas.

    3) Plutôt que de chercher à faire des "aménagements genrés", mieux vaut aider les filles à investir des activités et des lieux jusqu'ici considérés comme réservés aux garçons. L'exemple du foot montre l'efficacité pratique des actions de formation. Mais ces lieux d'activités sportives doivent absolument être dotés d'aménagements de confort et d'espaces de sociabilité. Pour être parfaitement clair, je rappelle que si des garçons peuvent pisser en public contre la haie du terrain de foot, c'est plus compliqué pour les filles.  Il faut aussi que les éducateurs (enseignants et encadrants d'activités extra-scolaires) veillent à l'égalité d'accès aux activités et de partage de l'espace.

    4) Dans cette commune de N. où nous travaillons, et même si cela ne plaît pas à notre géographe, nous appuierons le projet d'équipement quelle que soit sa nature exacte, mais nous veillerons aussi à ce que soient prévues des mesures d'accompagnement pour inciter les filles à en profiter au maximum.

    Illustration extraite de la BD "Cédric / Comme sur des roulettes", dessin : Cauvin.


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  • Les skateparks, les city-stades et les fillesVoilà un sujet que nous avons déjà abordé récemment, nous y revenons avec un article publié aujourd'hui par Ouest-France sous le titre "MJC, skateparks... Les villes sont-elles machos ?". Cet article est un entretien avec le géographe bordelais Yves Raibaud, dont nous avons déjà parlé. Celui-ci constate que "environ 75% des budgets loisirs des communes profitent aux garçons", par le fait que dans leur apprentissage de la spatialité, les garçons sont amenés à consommer beaucoup d'espace tandis que les filles se partagent ce que ceux-ci veulent bien leur laisser. S'agissant des stades de foot, "on a construit ces structures pour canaliser la violence des hommes, ils sont censés en sortir apaisés, laisser traverser les vieilles dames et rentrer tranquillement à la maison. En réalité, ce n'est pas le cas. Ces lieux construisent ce qu'on prétend combattre : ils génèrent une excitation collective, de l'agressivité, tournées autour de la compétition entre les hommes". En ce qui concerne les skateparks et city-stades, "ces équipements sont implicitement dédiés aux garçons, qui les occupent quasiment à 100 %. Les filles évitent ces lieux de compétition masculine (...). Cette compétition soude la loyauté du groupe autour des leaders dominants, au prix de l'exclusion de ceux qui ne sont pas dans la virilité affichée. Pourtant, on continue, dans l'aveuglement général, à construire des city-stades et des skateparks".

    Sur la question de savoir "Que faire ?", notre géographe est moins disert, misant sur la parité en politique et les "budgets genrés". Mais tout cela ne nous aide pas à savoir ce qu'il faut faire dans notre commune morbihannaise de N., où les concertations auprès des jeunes ont fait émerger le besoin d'un skatepark (ou équipement apparenté), demande à laquelle les élus s'apprêtent à répondre. Contrairement à ce que j'avais imprudemment laissé entendre dans un récent article, et vérification faite dans les questionnaires, il n'y a pas autant de filles que de garçons à demander un skatepark ou un city stade : elles sont seulement 10,6 %, contre 32,5 % pour les garçons, le rapport est donc du simple au triple. Et parmi les cinq filles demandant ce genre d'équipement, combien en feraient réellement usage ?

    Faut-il alors ne pas créer cet équipement, au motif qu'il risquerait de ne pas profiter aux filles alors que la demande des garçons est forte - en d'autres termes, faudrait-il pénaliser tout le monde, ce qui serait une curieuse application du principe d'égalité ? Faut-il réaliser un équipement "pour les filles", mais lequel ? Un coin confortable d'où elles puissent admirer les mecs en train de s'éclater sur le skatepark ? On retrouverait là les bons vieux stéréotypes. Mais un élément de réponse nous est peut-être fourni sur place. Car la commune a une équipe de foot féminine (voir photo), et pour ce qui est de savoir comment se dépenser et occuper l'espace, ces jeunes personnes peuvent sûrement en remontrer à leurs camarades masculins. Le mouvement international "Futebol da força" insiste d'ailleurs sur la vertu émancipatrice du foot pour les filles. Au-delà de ces initiatives locales, il y a bien sûr un gros travail à faire à l'école pour démolir les stéréotypes de genre. Nous en reparlerons, car dans cette commune de N., après avoir exploité les questionnaires auprès des enfants, nous allons bientôt revenir vers les élèves et leurs enseignants pour leur faire part de nos observations.

     

     


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  • "Le public aime ça, et il est bien le seul"Ce propos attribué à Jean Cocteau, mais qui est peut-être de Mme du Deffand (1696-1780) au sujet d'une pièce de théâtre, exprime à la fois la morgue dont sont capables les intellectuels envers les goûts du vulgaire, mais aussi le droit de tout un chacun de ne pas partager les engouements du plus grand nombre. S'il peut trouver à s'appliquer en matière d'arts, de spectacles ou de littérature, qu'en est-il en matière de parcs et de jardins ?

    Dans une ville bretonne de ma connaissance, un rempart médiéval est longé par un jardin public, qui borde le centre-ville. Depuis plusieurs décennies, ce jardin est la "vitrine" du savoir-faire des jardiniers municipaux : il comporte des parterres floraux savamment organisés et méticuleusement entretenus, dans la grande tradition du jardin à la française. "Le public aime ça, et il est bien le seul"L'effet produit me fait un peu penser au feu d'artifice du 14 Juillet : on en a plein les mirettes, "et au moins, on voit où passent nos impôts locaux". Manifestement, le public aime ça, et on n'a pas de mal à trouver des indices de "fierté du lieu" dans le fait que beaucoup de gens prennent les parterres en photo, ou se photographient devant.  Mais on peut aussi trouver cet aménagement kitsch, anachronique, prétentieux et dispendieux. Pour sortir du débat sans issue sur les goûts et les couleurs, on peut analyser la manière dont ce jardin fonctionne globalement, par différents procédés (grille d'observation, cartographie des trajets et activités des usagers...) auxquels j'ai consacré par mal de temps ces dernières années. Et là, la réalité est moins reluisante car ce jardin se révèle pauvre en valeurs d'usage, avec des circulations internes compliquées par le dessin aberrant des plates-bandes, alors qu'il a un potentiel formidable par sa situation géographique entre le centre-ville, les remparts et la rivière en contrebas.

    J'avais exposé ce constat à l'adjoint à l'environnement de la municipalité précédente, et il m'avait répondu qu'il était bien conscient du problème, mais que comme le jardin était la vitrine du service des espaces verts, il n'y avait rien à faire. La semaine dernière, j'ai à nouveau évoqué le sujet auprès du nouveau maire, qui m'a fait exactement la même réponse, en ajoutant que "les gens aiment ça" et qu'il est donc difficile de changer quoi que ce soit. Voilà qui soulève deux questions à mon avis très intéressantes :

    1) Un maire a-t-il toujours autorité sur les services de la commune, et n'y a-t-il pas des cas où ceux-ci fonctionnent selon leur propre logique, voire selon leurs propres intérêts, devenant alors un groupe de pression d'autant plus efficace que les syndicats s'en mêlent ?

    2) Si on a l'impression que "les gens aiment ça" alors que manifestement l'espace fonctionne mal et pourrait rendre bien davantage de services au public, tout en coûtant éventuellement bien moins cher, est-il raisonnable de vouloir changer les choses et de chercher à faire le bien des gens malgré eux ? Il faudrait à la fois du courage politique et une solide méthode pour s'engager dans cette voie. On aperçoit bien le risque politique : l'opposition de droite criant au saccage d'un espace prestigieux et patrimonial auquel les habitants sont si attachés, et l'opposition de gauche dénonçant le risque d'atteinte au service public des jardins au nom d’une recherche de sordides économies budgétaires cautionnant la politique gouvernementale d'austérité, etc.

    Quelque chose me dit qu'il ne risque pas d'y avoir de changement d'ici 2020. Mais cela n'interdit pas, dès maintenant, de concevoir pour le long terme un projet séduisant, où même les parterres de bégonias pourraient trouver leur place.

     


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  • Le ventCe que les gens recherchent, ce sont les "pièges à soleil" (suntraps). Et l'absence de vent et de courants d'air est aussi essentielle que le soleil pour ce genre de lieux. A cet égard, les petits parcs fonctionnent bien, surtout ceux qui sont clos sur trois côtés. Physiquement et psychologiquement, ils donnent une impression de confort, et c'est une des raisons pour lesquelles ils sont si attractifs. A New York, le parc de Greenacre a des chauffages radiants, mais ils ne sont utilisés que par temps extrêmement froid. Avec du soleil et la protection contre le vent, le parc reste tout à fait habitable même par temps frisquet.

    Les espaces autour des bâtiments récents sont une autre affaire. En hiver, beaucoup sont froids et ventés, et même par un temps convenable, peu de gens s'attardent dans ce genre de lieux. Il y a eu là des erreurs qui relèvent de l'omission. Il est devenu courant de tester des maquettes de bâtiments en soufflerie, mais les gens ne sont guère pris en compte. Les tests pour le World Trade Center ont permis de déterminer les contraintes sur les tours, et la structure métallique nécessaire pour y répondre. Mais apparemment, on ne s'est pas beaucoup occupé de savoir ce que les tours elles-mêmes allaient générer comme vent, ni quels en seraient les effets pour les gens en bas.

    Ces effets sont pourtant parfaitement mesurables. Il est maintenant bien établi que des tours isolées et très hautes génèrent de violents courants d'air sur leurs côtés. Cela n'a aucunement freiné la construction de telles tours, et il en résulte, comme on pouvait s'y attendre, que certains espaces environnants sont souvent inhabitables. Sur la plaza d’une banque de Seattle, les rafales sont parfois si fortes qu'il faut y tendre des cordes pour permettre aux passants de s'y accrocher. Chicago a les endroits les plus ventés, non pas à cause du vent local (qui n'est pas tellement plus fort que dans d'autres villes) mais parce que les rafales sur les côtés des tours Sears et Hancock sont violentes, à tel point qu'elles découragent les gens d'utiliser les plazas quand bien même ils auraient des raisons de le faire.

    James Marston Fitch, qui a fait plus que tout autre architecte pour pousser la profession à prendre en compte les facteurs environnementaux, relève que le problème est conceptuel, et non pas technique : "Les effets adverses sont tout simplement ignorés, et l'espace extérieur est conçu comme pour un climat idéal, qui serait toujours ensoleillé et tiède. Ainsi, les espaces échouent dans leur prétention principale, qui est d'éliminer les différences brutales entre les espaces architecturaux et urbanistiques, et d'étendre le temps durant lequel la vie urbaine peut s'écouler librement entre ceux-ci".

    Au plan technique, comme Fitch le souligne, on peut allonger considérablement la période effective d'utilisation des espaces extérieurs. En se posant les bonnes questions lors d'études d'ensoleillement et de vent, ainsi que par l'expérimentation, nous pouvons trouver de meilleures manières d'accumuler le soleil, de doubler sa luminosité ou de la réduire, de bloquer les courants d'air en hiver ou de les favoriser en été. Nous pouvons apprendre beaucoup des niches et recoins que les gens recherchent souvent. La plupart des nouveaux espaces urbains sont soit complètement en plein-air, soit fermés. On pourrait faire davantage pour développer les espaces intermédiaires. En mettant en place des toitures de verre ou de petits pavillons, on pourrait créer des espaces semi-ouverts qui seraient utilisables dans presque toutes les conditions. Ils seraient particulièrement appropriés dans des villes pluvieuses comme Seattle ou Portland.

    Prochain épisode : les arbres.

    Photo : abris individuels contre le vent au bord de la Baltique sur l'île de Poel (Allemagne).


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  • Le soleil (suite)(Je saute une partie de texte qui concerne, à New-York, la possibilité pour la collectivité d'acheter des droits à construire en hauteur, de manière à préserver l'éclairement d'espaces publics : le sujet nous concerne relativement peu).

    La chaleur est tout aussi importante que le soleil. Les journées qui amènent les pics de fréquentation sur les plazas (1) ne sont pas ces jours de soleil éclatant avec des températures dans les 20°, aussi agréables que soient ces conditions pour marcher. Ce sont les jours de chaleur lourde - avec un ciel ensoleillé ou couvert, le genre de temps qui ferait a priori rester les gens à l'abri en profitant de l'air conditionné - qui voient culminer l'affluence à l'extérieur. Les gens aiment vraiment la chaleur. En été, ils s’assoient aussi bien en plein soleil qu'à l'ombre. C'est seulement par temps de canicule, 30° ou davantage, que les endroits ensoleillés sont évités.

    La chaleur relative est aussi une notion importante. Un des jours d'affluence maximale, c'est la première journée chaude du printemps, même si une température semblable serait plus tard considérée comme trop fraîche pour s'assoir en plein-air. De la même manière, la première journée chaude après une période fraîche ou pluvieuse sera un jour de pointe.

    Un temps frais peut être aussi très bien pour s'assoir. C'est dans ces conditions qu'un espace ouvert aux rayons du soleil peut faire la différence entre s'assoir confortablement et ne pas s'assoir du tout. Les gens recherchent alors activement le soleil et, dans les lieux propices, ils vont être étonnamment nombreux à s'assoir même si le temps est vraiment frais. Plus la latitude est élevée, plus les gens se comporteront ainsi.

    (1) Pour les personnes qui prendraient ce blog en cours de route, les "plazas" sont, aux Etats-Unis, des places généralement à statut privé mais d'usage public qui sont réalisées à l'occasion de la construction de gratte-ciel. Elles sont souvent imposées par les règles d'urbanisme.

    Prochain épisode : le vent !


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  • Les enfants et l'urbanisme : travaux pratiquesNous avons exposé ici  (et surtout ici) l'initiative conduite dans la petite commune morbihannaise de Le Saint (600 habitants), afin d'associer les enfants au diagnostic et au projet d'aménagement du bourg. Certaines propositions des enfants ont été intégrées dans le projet qui vient d'être présenté aux élus, notamment des dispositifs de sécurisation de parcours et de traversées de voies, ainsi que l'amélioration des conditions d'accès au terrain de jeux. Cet automne, les élèves de l'école communale ont même mis la main à la pâte, en matérialisant au pochoir leur tracé d'accès à la cantine ainsi qu'un espace actuellement en parking et partiellement reconverti en espace piétonnier, avec un coin qui sera affecté au stationnement des chevaux. Le travail sur les sociotopes des enfants ainsi que l'étude spécialement réalisée sur leurs pratiques des espaces extérieurs auront ainsi participé à améliorer l'attractivité du bourg, sachant que le projet comporte des volets plus "lourds" concernant la mise en valeur du potentiel foncier pour la création de nouveaux logements, ainsi que l'implantation de nouveaux commerces.

    Les enfants et l'urbanisme : travaux pratiquesMerci encore à la municipalité et au directeur de l'école Jacques Prévert, Cédric Le Page, pour leur forte implication dans ce projet, qui a par ailleurs suscité l'intérêt de nombreux habitants.

    Le rapport de l'étude sur les enfants et les espaces extérieurs :

    Télécharger « LS_enfants_rapport.pdf »

    Photos : Magali Touati et Cédric Le Page.


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