• Un sociotope industriel dans la Ruhr

    Un sociotope industriel dans la RuhrLe site de Zollverein, sur le territoire d'Essen, est un gigantesque complexe industriel charbonnier qui compta parmi les plus importants d'Europe et est considéré comme "une des plus belles mines de charbon du monde". Lors de sa fermeture en 1986, le Land de Rhénanie-Westphalie décida de le racheter pour le sauver de la démolition et en faire une vitrine de sa politique de reconversion des anciens sites charbonniers. Aujourd'hui, ce territoire de près d'une centaine d'hectares, entouré par l'urbanisation, est classé au Patrimoine Mondial et accueille une multitude d'activités culturelles et économiques. Un visiteur aurait de quoi passer des journées entières à explorer ces installations "kolossales" et à voir tout ce qui se visite. Notre propos pour aujourd'hui n'est pas de présenter le site mais de nous intéresser aux usages, organisés Un sociotope industriel dans la Ruhrou informels, des espaces extérieurs par le public.

    Les gens qui ont conçu le réaménagement du site, lequel ne pouvait évidemment pas être ouvert dans l'état où il était en 1986, ont eu la grande sagesse d'avoir la main légère et de laisser de vastes espaces extérieurs non aménagés, sans affectation spécifique, ce qui autorise une grande diversité d'usages. Parmi ces espaces, on trouve d'énormes surfaces artificialisées (dalles de béton, pavages, enrobé, cailloux...), ainsi que des territoires en voie de Un sociotope industriel dans la Ruhrrenaturation plus ou moins spontanée, des fourrés et des bois s’installant progressivement sur les anciens terre-pleins qui ont été nettoyés de leurs déchets, mais où divers vestiges ont été conservés. L'ensemble constitue ainsi un formidable terrain d'activités, de jeux et d'aventures pour tous les publics. Si certaines activités sont organisées ou favorisées (aires de jeux pour enfants, escalade, graff, et même patin à glace en hiver), d'autres s'installent spontanément (jeux de boules, de ballon, pratiques sportives diverses, pour ce que j'ai pu en voir lors d’une visite rapide). Le site est bien vivant, malgré son gigantisme et l'aspect éventuellement oppressant des installations industrielles (le bâtiment de la cokerie, par exemple, qui s'étend sur 600 mètres), parce qu'il y a du monde à habiter autour, que l'accessibilité est très bonne pour piétons et cyclistes, et qu'il y a plein de choses à faire et à voir. Et on admire aussi que Zollverein ne soit visiblement pas considéré comme un territoire répulsif symbole de déclin économique ("Quelle horreur, toutes ces ferrailles rouillées et cheminées d'usines..."), mais plutôt comme un lieu de fierté et d'identification.

    Au-delà de Zollverein, on remarque que le territoire d'Essen (et sans doute de toute la Ruhr) est riche en friches industrielles retournant à l'état naturel, avec un degré très variable d'intervention de la puissance publique. Ainsi, dans le quartier urbain d'Altenessen, un vaste terrain vague lié à une ancienne mine de charbon se faufile dans le bâti, son aspect est un peu chaotique et sa propreté laisse à désirer, mais il est intensément fréquenté parce que les habitants y passent pour aller d'un quartier à l'autre à pied ou à vélo. Le spectacle de policiers, émergeant des fourrés en tenant un buste féminin en plastique et quelques vêtements, laisse perplexe quant aux activités qui peuvent s'y dérouler ; mais l'essentiel est que cet espace rustique soit apprécié et pratiqué par les habitants du voisinage. C'est d'ailleurs aussi, tout comme Zollverein, un haut-lieu de biodiversité, mais cela est une autre histoire.

    Photo du bas : Mathias Duschner. Vue prise ici.

     


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